| 3 | L'Odyssée de Céleste Plus touche-à-tout que Kid Koala, alias Eric San, il n’y a pas. Compositeur, DJ, producteur de théâtre, il est aussi l’auteur-illustrateur de plusieurs romans graphiques et ajoute ici une nouvelle corde à son art : la réalisation. Pour cette première incursion derrière la caméra, il choisit de porter à l’écran Space Cadet, sa BD publiée en 2011. Et propose un fort joli conte sans dialogues autour de Céleste et un robot avec qui elle vit seule depuis le décès de sa mère. |
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| 4 | Une jeunesse indienne-Homebound Présenté dans la sélection Un certain regard lors du dernier Festival de Cannes, le deuxième long métrage de Neeraj Ghawan démontre un incroyable talent à émouvoir les spectateurs tout en abordant la réalité sociale de son pays, avec des personnages singuliers parfaitement campés. A se sentir à ce point transporté du début à la fin par le destin de ces deux amis d’enfance qui croient voir dans le concours de police d’Etat le moyen d’échapper au carcan des castes, on comprend pourquoi Martin Scorsese en personne a voulu produire le film. |
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| 3 | Plus forts que le diable C’est un retour qu’on n’attendait plus tant après des débuts prometteurs en 1997 avec Le Ciel est à nous, Graham Guit n’avait jamais confirmé les espoirs placés en lui avant de sembler raccrocher définitivement en 2008 avec le transparent Hello Goodbye. Mais un retour en fanfare ! Comme si Guit signait ici un nouveau premier film, poussant tous les curseurs au maximum en termes de farce burlesque virant au jeu de massacre qui assume à 1000% son côté Z. |
Thierry Chèze |
| 2 | Les Saisons Le moins que l’on puisse dire de ce documentaire de Maureen Fazendeiro (scénariste sur le Grand Tour de Miguel Gomes, 2024), c’est qu’il prend son temps. La caméra s’attarde au milieu des troupeaux de chèvres, se perd dans la végétation, dans les profondeurs des dolmens, capture les effets du vent et du soleil sur la pierre et les herbages, s'épanouit dans la distance, le silence, la pesanteur. Vestiges épistolaires, images d’archives et récits oraux viennent agrémenter un portrait organique, vaporeux et volontairement disloqué. |
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Ceux qui comptent On était intrigué d’assister à la première rencontre à l’écran de Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin. Et ce sous l’égide de Jean-Baptiste Leonetti qui, après le dystopique Carré blanc et le thriller Hors de portée avec Michael Douglas s’aventure pour la première fois sur le terrain de la comédie émouvante et sociétale. Mais Ceux qui comptent rappelle que ce genre-là nécessite une mécanique de précision ici aux abonnés absents. Leonetti raconte sur fond de galère financière galopante la rencontre de deux solitudes. |
Thierry Chèze |
| 1 | Les Fractures invisibles Clignez des yeux, et vous risquerez de perdre le fil de l’intrigue. Avec ses dizaines de rebondissements rocambolesques à la minute, Les Fractures invisibles réussit l’impossible : regrouper pas moins de cinq genres cinématographiques. Jean-Michel Loutoby s’essaye au coming of age, au drame familial, à la tragédie sociale, au film de procès et même à l’enquête policière. Le point de départ de ce scénario bric-à-brac ? Dylan, jeune martiniquais et étudiant en médecine qui désire changer de voie au grand désarroi de son papa chirurgien. |
Lucie Chiquer |
| 3 | Love on trial Aux rêves capitalistes d’une pop mondialisée capable de toucher des milliards (de personnes, de dollars), Love on trial répond par la spécificité culturelle. S’il existe bel et bien une scène J-Pop (pop japonaise) qui s’exporte à l’international, elle répond à des règles nationales, dont une, choquante pour l’occidental non-averti : le contrôle par les agents de la vie intime des artistes. Kôji Fukada (Au revoir l’été) illustre cette atteinte à la vie privée en partant d’affaires survenues au Japon ces dernières années. |
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Anemone-Les Racines du mensonge Quand Daniel Day-Lewis a annoncé son départ à la retraite en 2017 (au moment de Phantom Thread), les cinéphiles ont réussi à garder leur sang-froid : ils savaient tous qu’il finirait par changer d’avis. Il nous avait déjà fait le coup dans les années 2000, abandonnant un temps l’art dramatique au profit de la cordonnerie. C’est cette fois-ci son propre fils, le réalisateur débutant Ronan Day-Lewis, qui l’a convaincu de revenir aux affaires. Et il est d’ailleurs question dans Anemone d’une affaire de famille et d’un père s’étant retiré du monde. |
Frédéric Foubert |
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Les Filles du ciel “Vivre sans tendresse, on ne le pourrait pas”, chantait le poète. En voici un joli échantillon, signé Bérangère McNeese, qui fusionne, dans ce premier long-métrage, ses deux courts précédents (Le Sommeil des Amazones et Matriochkas). C’est aussi de la douceur que son héroïne (Héloïse Volle), 14 ans, placée en foyer d’accueil, glane où elle peut. Dans les bras prédateurs de son éducateur, d’abord. |
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Un jour avec mon père Pendant que les enfants jouent dehors, papa cherche sa montre. D’inspiration autobiographique, Un jour avec mon père condense en « une journée particulière » (celle des premières élections présidentielles du Nigéria en 1993 depuis le coup d’État de 1983) le rapport complexe empreint de mystère qu’entretiennent deux frères avec leur père. Pourtant très court, le film fait preuve d’une densité plutôt rare, aidée par un montage gracieux et d’une réflexion tortueuse sur le passage et les dilatations du temps. |
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L'Ultime héritier Glen Powell se lassera-t-il un jour des retours dans le passé ? Point ici, de tornades meurtrières (Twisters), de loopings aériens (Top Gun : Maverick) ni de missions suicides ultra-médiatisées (The Running Man), mais la réécriture moderne d’une satire anglaise signée Robert Hamer, Noblesse oblige (1949). |
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| 1 | Dernière soirée Ce premier long cherche à explorer les dérives adolescentes à travers une dystopie qui aligne les clichés… Des adolescents se retrouvent à une fête: le populaire qui fait partie de l’équipe sportive, la fille à papa richissime, l’artiste incompris et l’intello introvertie… Bien sûr au milieu de tout ça, il y a les gobelets rouges, la drogue et le mascara coulant. C’est le temps des seize printemps et celui des découvertes. Bien des cinéastes mettent en scène cette étape si particulière de l’existence, entre l’âge adulte et l’enfance, pour en capturer la singularité, l’étrangeté aussi. |
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Projet dernière chance Le dispositif est connu. Un type se réveille dans un vaisseau, la mémoire en morceaux. Il est seul. Et progressivement, il comprend : il a une mission. Sauver la terre voire - et pourquoi pas ? - l’univers. Dans Projet Dernière chance, c’est donc Ryan Gosling qui flotte à des années-lumière. Rassurez-vous, il reste solidement arrimé à ce qu’Hollywood fait de mieux : du grand spectacle malin, calibré et tout de suite très séduisant. Dès l’ouverture, le film impose son high concept : Gosling est un prof de sciences amnésique. Il est embarqué pour une mission suicide. |
Pierre Lunn |
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Reminders of him Tiens, un nouveau Maika Monroe qui n’est pas un film d’horreur. Ni un thriller. Reminders of him est adapté d’un livre de la reine des romances best-sellers Colleen Hoover – c’est la troisième adaptation à arriver au ciné en trois ans, après Jamais plus – It ends with us et Regretting you. L’actrice bien-aimée d’It Follows et de Longlegs y joue Kenna, une jeune femme sortant de prison. Sept ans plus tôt, elle a été jugée coupable de la mort de son petit ami dans un accident de la route. |
Frédéric Foubert |
| 2 | Silentium Pour son troisième long, le tunisien Nidhal Chatta signe un huis-clos angoissant mais manquant de subtilité... Chaque étage de cette bâtisse face à la mer abrite la violence. Derrière les portes, les femmes, le visage tuméfié ou le corps abîmé par le désir des hommes, supportent un chaos quotidien. Fatma est battue par son mari tandis que Mona, mère célibataire, se prostitue pour subvenir à ses besoins. Les cloisons trop fines de ce vieil immeuble laissent tout entendre, chacun et chacune partagent le malheur de l’autre. |
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| 3 | Scènes de nuit Pour son premier long, co-signé avec Marcio Reolon, Filipe Matzembacher signe une rêverie charnelle à la Almodovar. Ce thriller brésilien nocturne sens dessus dessous mêle états d’âme et extrême sensualité. Du rouge pour la passion, du bleu pour la mort et du jaune pour la chaleur. Matias est un jeune acteur en vogue, bientôt tête d’affiche d’une série. Rafael est un politicien en lice pour devenir maire. Leur histoire ne devait durer qu’une nuit, pourtant l’appel de leurs corps les poussera à se revoir chaque jour. |
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| 2 | Précieuse(s) Dans leur économie généralement minimalisée, les documentaires ont souvent tendance à vouloir en faire trop. C’est le cas de Précieuse(s), qui cherche à la fois à raconter la trajectoire intime de Cécile, une professeure de lettres au lycée, sa remise en question de la pièce en un acte Les Précieuses ridicules de Molière, ainsi que son geste de transmission envers sa classe de théâtre, qu’elle essaie de sensibiliser à la fois à la littérature et une critique féministe de cette dernière. Il y a trop à voir mais jamais assez de temps pour s’attarder sur tout cela. |
Lucie Chiquer |
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La Guerre des prix La grande distribution est un monde secret dont on ne connaît que la partie immergée : ses grands patrons qui jurent dans les médias qu’ils font tout pour traiter au mieux clients et fournisseurs. Et que satisfaire les premiers par des prix bas ne revient pas à tordre le bras aux seconds. Anthony Dechaux met ici à bas cette image d’Epinal dans un premier long qui raconte toute la brutalité des échanges entre une centrale d’achats toute puissante et ces petits producteurs fondant leur économie sur le bio et les circuits cours. |
Thierry Chèze |
| 2 | La Gifle Une belle idée n’accouche pas forcément d’un très bon film. La Gifle en apporte une nouvelle preuve. On y suit Marielle, adolescente pour le moins taiseuse, qui entend et voit tout ce que ses parents font, le jour comme la nuit, après avoir reçu une claque assénée par l’une de ses camarades. A travers elle, on sent le désir de Frédéric Hambalek de surprendre les spectateurs, quitte à pousser le bouchon un peu loin et à créer artificiellement du malaise. |
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| 2 | David Enorme carton aux Etats-Unis (meilleur démarrage de tous les temps pour un film d’animation pour finir sa carrière à 89 millions de dollars de recettes), David ambitionne de dépoussiérer la Bible en racontant l’histoire du célèbre berger qui terrassa le géant Goliath uniquement muni d'une fronde et de quelques pierres avant d’accéder au trône d’Israël. Nouvelle preuve de l’intérêt sans cesse grandissant des films d’inspiration chrétiennes de l’autre côté de l’Atlantique, David est bien plus intéressant comme symbole que comme objet artistique. |
Thierry Chèze |
| 1 | Las corrientes Recevoir un prix qui honore sa carrière, ça se fête. Certains choisiront un restaurant en famille, d’autres une soirée entre amis. Lina, styliste argentine tout juste primée, enjambe la rambarde d’un pont et se jette dans un fleuve. Une pulsion morbide qui précède son retour à Buenos Aires, l’air de rien. Ou presque. La jeune femme développe une phobie de l’eau qui l’oblige à user de stratagèmes plus ou moins extrêmes pour se laver. Mais très vite, Las Corrientes se perd dans un maelstrom d’images symboliques pensées pour leur esthétisme. |
Lucie Chiquer |
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La Danse des renards Au jeu duquel des deux s’imposera comme l’enfant sauvage favori du coming of age français, les frères Kircher se renvoient la balle. En 2023, Le Règne animal nous montrait l’ainé de la fratrie, Paul, en proie à une violente métamorphose, seule manière d'expier sa douleur face aux maux d'une société gangrénée jusqu’à l’os. Un traumatisme corporel dont hérite le cadet, Samuel, dans La Danse des renards. Mais là où le premier nouait un pacte avec sa bestialité, le second prend au contraire ses distances. |
Lucie Chiquer |
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Police Flash 80 Avec Police Flash 80, Jean-Baptiste Saurel embrase les eighties comme on craque une allumette : un geste simple, mais qui déclenche aussitôt une flambée de nostalgie, de satire et de pur plaisir de mise en scène. On suit Yvon Kastendeuch, flic colossal et un peu benêt, propulsé à la tête d’une brigade expérimentale et qui va devoir venger son collègue et mentor mort dans d’étranges circonstances. Veste en jean, tricot de peau et regard ahuri… François Damiens transforme son personnage en une sorte de Superdupont qui aurait pris ses certitudes au pied de la lettre. |
Gael Golhen |
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Les Rayons et les ombres Avant d’emprunter son titre à un recueil de poèmes de Victor Hugo, il semble que ce film se soit un temps intitulé Corinne Luchaire, du nom de la starlette qui lui offre ses rayons d’innocence désespérée. L’actrice émergente de 39-40 est jouée par une actrice émergente de 25-26, Nastya Golubeva, qui, du fait du changement de titre, n’a plus à définir le film mais juste à le voler, ce qu’elle fait une facilité déconcertante. Mais ici, il y a aussi des « ombres, » qui ne sont pas celles de l’armée melvillienne bien connue mais celles de son envers maudit, la Collaboration. |
Guillaume Bonnet |
| 3 | Victor comme tout le monde Ecrit par la regrettée Sophie Fillières et mis en scène par Pascal Bonitzer ce Victor comme tout le monde est une promenade estivale et parisienne, légère en apparence portant en elle une puissance poétique souterraine. Et de fait le Victor du titre, c’est Hugo, LE poète majuscule français. Le protagoniste en velib’ c’est Fabrice Luchini dissimulé en Robert Zucchini, comédien de théâtre qui chaque soir monte sur scène pour déclamer et décortiquer la prose de l’auteur des Châtiments. Sur et en dehors de scène l’acteur donne (beaucoup) et reçoit. |
Thomas Baurez |
| 3 | Prénoms Une caméra subjective dévoile un bouquet de fleurs en amorce. Sonnerie. Une porte s’ouvre. Sourire. « Bienvenue ». La séquence est simple, joyeuse. Elle se répétera tout au long du film. Aller vers les autres pour saisir quelque chose d’eux demande de la politesse, quand bien même les personnes rencontrées seraient des amis. Nurith Aviv, cinéaste et cheffe-opératrice (« la première du cinéma européen » disent les anthologies) questionne par les sons et les images les secrets du langage depuis près d’une quarantaine d’années. |
Thomas Baurez |
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Les K d'or Après avoir empli les salles en solo et en compagnie de ses complices du Trio, Jérémy Ferrari se lance dans le cinéma avec une comédie d’aventure surprenante d’efficacité. À la fois réalisateur et rôle principal, il incarne Noé, fils caché de Khadafi selon sa mère, qui tente de retrouver l’or du dictateur libyen. Pour arriver à son objectif, il fait équipe avec Soulika (Laura Felpin), une fichée S qui n’a pas la lumière à tous les étages, et Ryan (Éric Judor), malvoyant et puceau de 52 ans qui a prévu de participer au marathon des sables. |
François Léger |
| 1 | Encontro Rompu à l’art du documentaire (Quand la vigne dort…), François Manceaux, Français installé à Lisbonne, a attendu 2019 pour s’atteler à son premier long métrage de fiction qui sort enfin sur les écrans français, trois ans après la fin du tournage. Mais il peine à convaincre avec son voyage initiatique d’un réalisateur quinqua belge qui quitte son pays direction le Portugal. Son but ? Retrouver l’actrice portugaise dont il est follement tombé amoureux sept ans auparavant, avec l’aide providentielle d’une belle inconnue qui dissimule son identité réelle. |
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Planètes Il n’existe pas grand-chose de comparable à la proposition de Momoko Seto avec son premier long-métrage, Planètes. Présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes, puis en sélection officielle à celui d’Annecy, ce film d’animation original et expérimental fait son bout de chemin. Tout comme Dendelion, Baraban, Léonto et Taraxa, les quatre akènes de pissenlits - ces gaines surmonté d’un tutu blanc - qu’on suit durant 1h15, après avoir été propulsés dans l’espace suite à une catastrophe nucléaire dévastatrice. |
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| 2 | Orphelin Onze ans après le retentissement mondial du Fils de Saul, huit ans après le rejet quasi-général de Sunset, Laszlo Nemes revient avec son troisième long. La forme a changé, pas le fond : il s’agit à nouveau de faire le portrait d’un personnage balloté par les vents contraires de l’histoire, dans une Europe hantée par ses fantômes. |
Frédéric Foubert |






