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Hamnet Hamnet s’ouvre en majesté par un plan en pleine nature où on découvre, blottie au pied d’un arbre, son héroïne Agnès qui, ayant perdu sa mère très jeune, trouve depuis du réconfort dans cette immensité- là, au milieu de la faune et la flore, et dont le don de prédire l'avenir lui vaut d’être considérée comme une sorcière. Ce moment suspendu raconte tout à la fois cette femme et ce que vont être les deux heures à venir. |
Thierry Chèze |
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Sans pitié Découvert en compétition à Angoulême, le premier long de Julien Hosmalin qui suit le retour - à la mort de sa mère qui tenait un stand de tir dans une fête foraine – de Dario, un jeune homme dont le grand frère n’a jamais compris le pourquoi de cet éloignement de plus de 20 ans. Sans pitié va révéler au fil de 90 minutes tenues et serrées, le pourquoi et le comment de ce départ précipité. Et du silence dans lequel Dario continue de se murer dans un premier temps, avant qu’il recroise l’un des responsables de la tragédie qui l’a poussé à fuir aussi soudainement. |
Thierry Chèze |
| 3 | Palestine 36 1936, la Palestine sous mandat britannique voit l’arrivée massive de juifs quittant une Europe sous tension. Face à cette immigration un partage des terres est organisé à la hâte par l’occupant anglais. Une grande partie de la population arabe voit d’un mauvais œil cette nouvelle main-d’œuvre. Une grève générale que les autorités tentent de mater est alors décrétée. Si une entente avec cinq partis palestiniens aboutit bientôt à un retour à la normale, les tensions restent vives et dans le maquis des rebelles s’organisent. |
Thomas Baurez |
| 2 | Laguna Au Mexique le cinéaste lituanien Sharunas Bartas (Few of us) entreprend un voyage initiatique en souvenir de sa fille, l’actrice Ina Marija Bartaité morte accidentellement à l’âge de 24 ans. Il est ici accompagné d’Una, son autre fille. La caméra cherche à saisir la pureté et la beauté d’un monde en éveil. Le père et sa fille rendus à la vie sauvage, cherchent à se consoler. Une intimité dont on se demande si elle avait besoin d’être documentée. Mais que pourrait faire d’autre un cinéaste sinon immortaliser des instants promis à l’effacement ? |
Thomas Baurez |
| 3 | Jusqu'à l'aube Misa et Takatoshi ont mal à l’âme. La première s’emporte pour un rien, submergée par les fluctuations hormonales d’un syndrome prémenstruel impossible à vivre – également connu sous l’acronyme de SPM et encore trop tabou. Le second, victime de crises de panique chroniques, va partout à pied, incapable de monter dans les transports. Si semblables et pourtant si différents, leurs chemins se croisent et se décroisent à la faveur des astres étudiés par l’entreprise scientifique qui les emploie. |
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Furcy, né libre Onze après son premier long, Qu’Allah bénisse la France, Abd Al Malik est de retour derrière la caméra avec cette libre adaptation de L’Affaire de l’esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui. Un esclave réunionnais qui, après avoir découvert à la mort de sa mère en 1817 des documents censés faire de lui un homme libre, entamera à son propriétaire un procès qui s’étalera sur… 26 ans ! Abd Al Malik trouve la bonne focale pour cette histoire. En se concentrant sur ses années- là, sans chercher à raconter sa vie à Z. |
Thierry Chèze |
| 2 | Forêt rouge La Z.A.D de Notre-Dame-des-Landes désigne cet écosystème, rescapé d’un projet d’aéroport, autant qu’un no man’s land utopique résistant aux assauts capitalistes et étatiques dénoncés par les militants. C’est dans ce coin de verdure, niché au cœur de la Loire-Atlantique, qu’a atterri la caméra de Laurie Lassalle après avoir filmé les Gilets jaunes – et l’idylle qu’elle avait vécue avec un de ses membres - en 2018 dans Boum Boum. |
Lucie Chiquer |
| 3 | Eleonora Duse Surnommée la Sarah Bernhardt italienne, Eleonora Duse (1858 – 1924) a connu les fastes d’une gloire théâtrale avant de voir son étoile pâlir au moment où le fascisme naissant lui fit les yeux doux. La comédienne à l’intensité maladive n’était pas portée par des convictions politiques mais un égo lui imposant d’aller dans le sens du vent (mauvais). Pietro Marcello (Martin Eden) s’intéresse ici à la dernière partie de sa vie alors que le feu de la Première Guerre Mondiale détourne tous les regards de la scène. |
Thomas Baurez |
| 1 | Les Courageux Ce premier long met en scène une mère borderline, jouant avec la vérité pour protéger ses enfants de la violence de celle- ci. Une femme (Ophelia Kolb) qui a eu à maille avec la justice et ne parvient pas depuis à ressortir la tête hors de l’eau financièrement. Mais pour susciter tension et empathie, un tel récit doit reposer sur un scénario au cordeau. Tout le contraire hélas de ce à quoi on assiste ici avec des rebondissements bateaux et mal amenés qui empêchent de croire à ce qu’on voit et ce qu’on entend (les mots glissés dans la bouche des enfants qui sonnent terriblement faux). |
Thierry Chèze |
| 3 | L'Affaire Bojarski On le surnommait le « Cézanne de la fausse monnaie ». Des années 50 aux années 60, Jan Bojarski, ingénieur polonais venu se réfugier en France pendant la guerre, a contrefait un nombre hallucinant de billets qui s’arrachent encore en ventes aux enchères. Jean- Paul Salomé (La Daronne) s’empare de cette figure sous l’angle pertinent du vertige de la création. |
Thierry Chèze |
| 2 | Abel Ça commence par un long plan séquence sur un plateau désert du Kazakhstan où des paysans font leurs petites affaires sur le capot d’une voiture. La caméra élargit le cadre par d’incessants va-et-vient qui laissent découvrir un espace autant qu’il le cloisonne. Nous sommes en 1993, les fermes collectives héritées de l’époque soviétique sont remises en cause obligeant à un certain individualisme. Abel, un éleveur cherche juste sa place. A l’aide d’une mise en scène implacable bien que redondante, ce film parvient à saisir les turpitudes d’un homme pris au piège. |
Thomas Baurez |
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Greenland Migration Alors que Donald Trump réfléchit à la façon d’ « acquérir » le Groenland au point d’en faire une « priorité de sécurité nationale », ce Greenland Migration tombe à pic. C’est en effet dans un bunker en plein cœur de l’archipel Arctique que débute la chose. On y voit une poignée d’humains confinée après la collision d’une comète avec la Terre déclenchant une série ininterrompue de catastrophes naturelles. |
Thomas Baurez |
| 3 | Animus femina « Au départ, je pensais qu’il fallait un chef op animalier (…) mais j’ai vite compris que ce n’était pas le même métier : affût, matériel de cosmonautes, esthétique Walt Disney ou Géo... Or c’est le mystère qui nous tient en éveil : un œil, une patte, un flou suffisent à faire surgir une présence. », explique l’anthropologue et réalisatrice Eliane de Latour en guise d’intention de son nouveau documentaire Animus Femina. Et de fait, l’idée ici n’est pas d’humaniser les animaux (cf. Disney) mais de rétablir un lien perdu avec eux. Ce lien quatre femmes l’incarnent ici. |
Thomas Baurez |
| 3 | Mr Nobody against Putin C’est un document tout autant qu’un documentaire. Un témoignage rarissime car nécessitant de prendre des risques insensés. Ceux qu’a pris en son âme et conscience le Mr Nobody qui donne son titre à ce documentaire : Pavel Talankin, enseignant, vidéaste et coordinateur d’événements scolaires dans la petite ville russe de Karabash. Ce Mr Nobody against Putin est son carnet de bord en temps de guerre, celle que la Russie a déclaré à l’Ukraine avec son invasion à grand échelle. |
Thierry Chèze |
| 2 | L'Académie des secrets Ce documentaire s’intéresse à Jean- Louis Schefer, historien d’art et philosophe, auteur d’une œuvre majeure sur la peinture et le cinéma (décédé en 2022 à 83 ans alors que ce film était encore en production). Et plus précisément à l’Académie des secrets qu’il avait créé avec des règles pour le moins singulières : personne ne savait qui en faisait partie et il ne prévenait jamais ceux qu’il en excluait. Ce qui explique qu’elle ne s’est jamais réunie ! La présentation par l’intéressé de ce système qu’il avait inventé semble promettre un documentaire épousant sa malice. |
Thierry Chèze |
| 3 | Tout va bien Dès les premières minutes du film, les profondeurs marines engloutissent l’image. Si Tout va bien nous plonge dans le grand bain sans détour, c’est sans aucun doute car l’eau marque la première étape de l’immigration. Mais la dangereuse traversée en mer vécue par ces mineurs livrés à eux-mêmes, que l’ex-journaliste Thomas Ellis prend pour sujet, ne sera jamais évoquée frontalement. Seulement par vagues, grâce à un travail du son étourdissant qui en fait un traumatisme de fond. |
Lucie Chiquer |
| 2 | Rien n'est oublié Il existe des milliers de façons de faire du documentaire. Andrea Ceriana Mayneri et Edie Laconi, e en apportent une nouvelle preuve Rien n'est oublié où ils multiplient les angles pour appréhender au plus juste la richesse de son sujet, l’histoire politique récente de la Centrafrique et l’épineuse question de la mémoire qui passe notamment par ses biens culturels. Alors : indécision ou refus de choisir ? En tout cas, les effets produits par ce film qui se voudrait à la fois intime, enquêteur, observateur et actif dans sa démarche décoloniale, apparaissent forcément relatifs. |
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| 2 | Pile ou face Du même duo de cinéastes italiens nous étions restés sur la sidération laissée par La Légende du roi Crabe en 2022, récit d’aventures illuminées en Terre de Feu. On raccorde sans mal dans les premiers instants de ce Pile ou face, anti-western qui choisit lui aussi la tangente en pleine nature pour y trouver une sorte d’aube originelle. Et là où leur précédent long-métrage parvenait à créer une mythologie sur un espace vierge (du moins envisagé comme tel), celui-ci se sert de la figure encombrante de Buffalo Bill (John C. |
Thomas Baurez |
| 3 | Les Lumières de New- York Découvert à la Quinzaine des cinéastes à Cannes, le premier long de Llyod Lee Choi dialogue avec L’Histoire de Souleymane. Il met lui aussi en lumière l’un de ces forçats invisibilisés de l’ubérisation à tout crin de nos sociétés : Lu, un livreur de repas arrivé de Chine à New- York dont le rêve d’ouvrir son restaurant va se fracasser sur la dure réalité d’un quotidien parsemé d’humiliations devenu une course pour ne pas sombrer sous le poids du surendettement. |
Thierry Chèze |
| 4 | Le Studio photo de Nankin Le Studio photo de Nankin plonge au cœur du massacre de 1937 à travers l’histoire d’un studio photo réquisitionné par l’armée japonaise. Shen Ao met en scène un engrenage pervers : dans cet endroit, on se met à fabriquer des clichés officiels destinés à célébrer une occupation “harmonieuse”, tandis qu’à l’extérieur, les atrocités s’accumulent. Dans ce huis clos saturé de peur, un postier devenu apprenti développeur découvre l’ampleur des crimes nippons en voyant se révéler, dans les bains chimiques, les images interdites. |
Gael Golhen |
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Father mother sister brother Il y a trois films dans Father Mother Sister Brother. Le premier, Father, raconte la visite d’un frère et d’une sœur (Adam Driver et Mayim Bialik) à leur vieux père (Tom Waits), vivant au fin fond du New Jersey. Mother dépeint le rendez-vous annuel d’une mère collet monté de Dublin (Charlotte Rampling) et de ses deux filles (Cate Blanchett et Vicky Krieps). Et Sister Brother est consacré au séjour parisien d’un frère et d’une sœur (Luka Sabbat et Indya Moore), venus vider l’appartement de leurs parents décédés. |
Frédéric Foubert |
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Les Echos du passé Prix du Jury à Cannes, Les Echos du passé est le type de film qu’on adore ou qu’on rejette grâce au parti pris de sa réalisatrice de faire confiance aux spectateurs, de les laisser se perdre puis déambuler à leur guise dans le travail de fourmi qu’elle a opéré au fil de ses trois années d’écriture, en suivant le fil de son ressenti à l’intérieur du cadre dans lequel elle a circonscrit son récit. |
Thierry Chèze |
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Ma frère Dans leur web-série Tu préfères ? (Arte, 2020), Romane Guéret et Lise Akoka filmaient les errances philosophiques de deux lycéennes, Shaï et Djeneba entre les toits de la Place des Fêtes et les bancs des Buttes-Chaumont. Tu préfères avoir des grosses fesses ou des gros seins ? Manger du porc ou plus jamais voir ta mère ? L’argent ou l’amour ? Quelques années et un premier long-métrage (Les Pires, 2022) plus tard, direction la Drôme, où la colonie de vacances qui emploie Shai et Djeneba a décidé de planter ses sardines. |
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| 1 | Vade Retro Quand on a aimé l’humour génialement absurde de La Fille du 14 juillet, difficile de ne pas souffrir devant le nouveau Antonin Peretjatko. Il y avait pourtant matière à une comédie délirante, mordante et politique à travers l’histoire d’un vampire de bonne famille aristo-réac sommé de trouver une femme de sang pur à mordre et à épouser s’il veut survivre et ne pas être renié par ses parents. Mais une fois le pitch posé, rien ne fonctionne. |
Thierry Chèze |
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Los Tigres Antonio de la Torre est un acteur physique. Terrien, costaud, doué pour l’incarnation taiseuse. On aime le voir bouger dans le cadre, s’exprimer sans un mot – qu’il recharge son fusil à double canon dans La Colère d’un homme patient ou court à perdre haleine dans El Reino. Sur ce plan-là, Los Tigres, le nouvel Alberto Rodriguez (La Isla Minima), est un bonheur. De la Torre y joue un scaphandrier pas causant, spécialisé dans la réparation de navires marchands, aux côtés de sa sœur (Barbara Lennie), avec qui il partage un passé familial compliqué. |
Frédéric Foubert |
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Le Pays d'Arto Céline (Camille Cottin), une Française, débarque en Arménie sur les terres natales de son défunt mari. Malheureusement l’administration locale ne parvient à identifier cet homme qui avait semble-t-il des choses à cacher. Débute alors pour elle un road-trip dans un pays fracturée de partout (séquelles encore visibles du tremblement de terre de 1988, tensions toujours vives avec l’Azerbaïdjan voisin…). Elle va bientôt faire la rencontre d’une jeune femme (Zar Amir Ebrahimi) qui va l’impliquer à son insu dans un dangereux trafic. |
Thomas Baurez |
| 3 | Laurent dans le vent Puisque sans attaches, Laurent arrive en coup de vent dans la vallée d’une station de ski en plein hors-saison. Il n’a ni domicile ni projet fixe, il cherche à prendre un nouveau départ. Le film quitte très rapidement les rails de la rédemption et de la réinsertion sociale, lui préférant le hasard de la déambulation et la subversion des modèles marginaux. Ce jeune homme de 29 ans suscite une curiosité magnifique (d’où vient-il ? est-il dépressif ou juste timoré ?), et touche à une certaine dérive existentielle propre à la jeune génération d’aujourd’hui. |
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| 2 | En garde Ce premier long met en scène les retrouvailles entre Jie, un jeune talent prometteur de l’escrime et son grand frère, sortant de 7 ans derrière les barreaux pour avoir tué un adversaire lors d’une compétition. Accident ou geste volontaire ? Des années après, le doute reste présent dans l’esprit de Jie et nourrit toute l’ambiguïté du film. Ce suspense est indéniablement accrocheur mais souffre d’un scénario ayant tendance à ronronner et à enfermer ses personnages dans des carcans archétypaux trop importants quand il s’agit de les en libérer dans la dernière ligne droite. |
Thierry Chèze |
| 2 | La Dernière valse Impossible de ne pas accroché par l’entame de ce film, immense carton au box- office hong- kongais et choisi comme son représentant dans la course à l’Oscar. On y voit Dominic, un organisateur de mariages, criblé de dettes à la sortie du COVID, sauvé in extremis par la main tendue d’un organisateur de pompes funèbres prenant sa retraite qui lui confie son activité. |
Thierry Chèze |
| 3 | Sur un air de blues Dès ce titre VF un peu tarte, on sent la difficulté à « vendre » un tel film en France. Une romance musicale consacré à un couple d’artistes du Wisconsin connu pour ses covers de Neil Diamond ? Aux Etats-Unis, où la scie « Sweet Caroline » est entonnée à tue-tête dans une fête de famille sur deux, c’est peut-être facile, mais chez nous, où la belle voix de baryton de Diamond n’a jamais déclenché de grandes passions, c’est plus compliqué. |
Frédéric Foubert |






