| 2 | Une page après l'autre Depuis une poignée d’années, la Corée du Sud doit faire face à une recrudescence inquiétante de suicides dans ses établissements scolaires. C’est la thématique dont s’empare ici Nick Cheuk, inspiré par l’histoire vécue par un de ses amis. On y suit un prof qui, découvrant une lettre d’un de ses élèves expliquant qu’il va passer à l’acte, va tout faire pour retrouver l’auteur de cette missive qui le renvoie à ce qu’il a lui- même vécu dans son enfance. Mais, peut- être trop concerné par le sujet, Cheuk échoue à trouver le bon ton et la bonne distance. |
Thierry Chèze |
| 1 | Tafiti En pleine savane, Tafiti le suricate croise la route de Mèchefol, un cochon simplet légèrement casse-pieds dont il ne parvient pas à se défaire. Si cette dynamique semble familière, ce n’est pas un hasard : le film ne prend même pas la peine de camoufler son calque flagrant du Roi Lion. Pour autant, cette copie conforme de Timon et Pumba, à l’animation visuellement discutable, n’arrive pas à la cheville du duo originel. Le suricate, profondément moqueur et aigri chez Disney, manque ici de mordant. |
Lucie Chiquer |
| 3 | Olivia Dans ce film espagnol gentillet en apparence, il n’y a de léger que le stop motion. Carré court et lunettes rondes, petite Olivia observe sa réalité se fracturer le jour où la précarité frappe à sa porte. Contrainte de déménager dans un quartier défavorisé, avec une maman dépressive et un petit frère apeuré, elle tente de leur redonner du baume au cœur tout en gérant ses propres crises d'angoisse. Ni édulcorée, ni exagérée, cette réalité nous est racontée à travers le regard innocent de la fillette qui l’endure. |
Lucie Chiquer |
| 4 | Imperial Princess Retour à Monaco pour Virgil Vernier après Cent mille milliards (2024). L’environnement clinquant est regardé (dilué ?) par le truchement d’une image à la pixélisation fragile. Tourné au smartphone en mode journal intime par son héroïne – Iulia, une jeune Russe esseulée –, le monde décrit s’emplit d’une mélancolie barricadée dans un espace où le luxe semble interdire l’épanouissement des sentiments. Iulia a vu ses très riches parents déserter à la hâte leur paradis de la côte d’Azur pour rejoindre leur mère patrie qui vient d’envahir l’Ukraine. Les voilà parias. |
Thomas Baurez |
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Grand ciel Après deux courts Akihiro Hata poursuit son exploration du monde du travail avec son premier long autour d’une équipe de nuit du chantier d’un nouveau éco- quartier futuriste. Et se concentre sur l’affrontement entre deux ouvriers ; l’un expérimenté (Samir Guesmi) très à cheval sur les questions de sécurité, négligées par leur employeur, l’autre nouveau venu (Damien Bonnard) moins regardant car étranglé financièrement. Jusqu’au jour où l’un de leurs collègues disparaît. A-t-il démissionné ou est- il mort accidentellement avant qu’on fasse disparaître son corps ? |
Thierry Chèze |
| 1 | Diamanti Gros succès en Italie avec plus de deux millions d’entrées, cette nouvelle comédie dramatique de Ferzan Özpetek (Pour toujours…) rafle des prix du public un peu partout. |
Thomas Baurez |
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Christy and his brother Ce serait mentir que de prétendre que Christy and his brother n’ait pas un furieux air de déjà vu et que l’ombre de tout un pan du cinéma social britannique – de Ken Loach à l’excellent Scrapper – plane sur ce premier long irlandais, primé à Berlin. Mais ça ne dégrade en rien la qualité d’un film très finement écrit dans ce qu’il montre et ce qu’il cache au fil de l’histoire de Christy, ado de 17 ans qui, expulsé de sa famille d’accueil, débarque chez son demi- frère, tout juste papa, qu’il connaît peu. |
Thierry Chèze |
| 3 | Amour apocalypse Comment réussir à faire rire à partir de l’éco- anxiété ? Comment développer une comédie sur fond de notre planète qui brûle ? Tel est le pari ambitieux auquel s’est attelé Anne Emont (Jeune Juliette), elle- même sujette à la chose avec ce long métrage, Grand Prix du festival romantique de Cabourg. L’éco- phobique en question s’appelle Adam. |
Thierry Chèze |
| 3 | Le Retour du projectionniste Ce documentaire nous entraîne au cœur d’un village reculé des montagnes Talyches, quelque part entre l’Iran et l’Azerbaïdjan. Et plus précisément dans les pas d’un réparateur de télévision octogénaire qui rêve de pouvoir remettre en route le vieux projecteur soviétique qu’il possède pour réunir tous les habitants de ce hameau devant un grand écran. Sa quête – à laquelle va s’adjoindre un jeune cinéphile… et très vite quasiment tous les villageois – donne naissance à ce film malicieux et émouvant, sorte de pendant documentaire du Cinema Paradiso de Tornatore. |
Thierry Chèze |
| 2 | Primate Ah, le film de singe tueur ! Une glorieuse tradition, qui a connu une forme d’apogée dans les années 80 (Incidents de parcours de Romero, Link de Richard Franklin…), et a peut-être bien été revitalisée récemment par Nope. Johannes Roberts, qui jusqu’ici avait plutôt donné dans les requins (47 Meters Down), s’y colle avec Primate. L’histoire d’une bande de jeunes passant une soirée dans une maison isolée, et qui vont se retrouver à la merci d’un singe enragé. Seul refuge : la piscine, le primate étant effrayé par l’eau. |
Frédéric Foubert |
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Le Mage du Kremlin Sonder les mystères de l’âme russe avec des stars internationales parlant anglais ? C’était déjà l’une des erreurs du récent Limonov, la ballade, portrait de l’écrivain anar’ Edouard Limonov par Kirill Serebrennikov. Ce paradoxe est de nouveau au cœur du Mage du Kremlin, adaptation par Olivier Assayas (avec un coup de main d’Emmanuel Carrère au scénario) du livre de Giuliano da Empoli racontant la lente consolidation de l’autoritarisme poutinien. Jude Law a beau être plutôt bon dans le rôle de Poutine, on ne peut pas s’empêcher de penser que tout ça sonne faux. |
Frédéric Foubert |
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Hamnet Hamnet s’ouvre en majesté par un plan en pleine nature où on découvre, blottie au pied d’un arbre, son héroïne Agnès qui, ayant perdu sa mère très jeune, trouve depuis du réconfort dans cette immensité- là, au milieu de la faune et la flore, et dont le don de prédire l'avenir lui vaut d’être considérée comme une sorcière. Ce moment suspendu raconte tout à la fois cette femme et ce que vont être les deux heures à venir. |
Thierry Chèze |
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Sans pitié Découvert en compétition à Angoulême, le premier long de Julien Hosmalin qui suit le retour - à la mort de sa mère qui tenait un stand de tir dans une fête foraine – de Dario, un jeune homme dont le grand frère n’a jamais compris le pourquoi de cet éloignement de plus de 20 ans. Sans pitié va révéler au fil de 90 minutes tenues et serrées, le pourquoi et le comment de ce départ précipité. Et du silence dans lequel Dario continue de se murer dans un premier temps, avant qu’il recroise l’un des responsables de la tragédie qui l’a poussé à fuir aussi soudainement. |
Thierry Chèze |
| 3 | Palestine 36 1936, la Palestine sous mandat britannique voit l’arrivée massive de juifs quittant une Europe sous tension. Face à cette immigration un partage des terres est organisé à la hâte par l’occupant anglais. Une grande partie de la population arabe voit d’un mauvais œil cette nouvelle main-d’œuvre. Une grève générale que les autorités tentent de mater est alors décrétée. Si une entente avec cinq partis palestiniens aboutit bientôt à un retour à la normale, les tensions restent vives et dans le maquis des rebelles s’organisent. |
Thomas Baurez |
| 2 | Laguna Au Mexique le cinéaste lituanien Sharunas Bartas (Few of us) entreprend un voyage initiatique en souvenir de sa fille, l’actrice Ina Marija Bartaité morte accidentellement à l’âge de 24 ans. Il est ici accompagné d’Una, son autre fille. La caméra cherche à saisir la pureté et la beauté d’un monde en éveil. Le père et sa fille rendus à la vie sauvage, cherchent à se consoler. Une intimité dont on se demande si elle avait besoin d’être documentée. Mais que pourrait faire d’autre un cinéaste sinon immortaliser des instants promis à l’effacement ? |
Thomas Baurez |
| 3 | Jusqu'à l'aube Misa et Takatoshi ont mal à l’âme. La première s’emporte pour un rien, submergée par les fluctuations hormonales d’un syndrome prémenstruel impossible à vivre – également connu sous l’acronyme de SPM et encore trop tabou. Le second, victime de crises de panique chroniques, va partout à pied, incapable de monter dans les transports. Si semblables et pourtant si différents, leurs chemins se croisent et se décroisent à la faveur des astres étudiés par l’entreprise scientifique qui les emploie. |
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Furcy, né libre Onze après son premier long, Qu’Allah bénisse la France, Abd Al Malik est de retour derrière la caméra avec cette libre adaptation de L’Affaire de l’esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui. Un esclave réunionnais qui, après avoir découvert à la mort de sa mère en 1817 des documents censés faire de lui un homme libre, entamera à son propriétaire un procès qui s’étalera sur… 26 ans ! Abd Al Malik trouve la bonne focale pour cette histoire. En se concentrant sur ses années- là, sans chercher à raconter sa vie à Z. |
Thierry Chèze |
| 2 | Forêt rouge La Z.A.D de Notre-Dame-des-Landes désigne cet écosystème, rescapé d’un projet d’aéroport, autant qu’un no man’s land utopique résistant aux assauts capitalistes et étatiques dénoncés par les militants. C’est dans ce coin de verdure, niché au cœur de la Loire-Atlantique, qu’a atterri la caméra de Laurie Lassalle après avoir filmé les Gilets jaunes – et l’idylle qu’elle avait vécue avec un de ses membres - en 2018 dans Boum Boum. |
Lucie Chiquer |
| 3 | Eleonora Duse Surnommée la Sarah Bernhardt italienne, Eleonora Duse (1858 – 1924) a connu les fastes d’une gloire théâtrale avant de voir son étoile pâlir au moment où le fascisme naissant lui fit les yeux doux. La comédienne à l’intensité maladive n’était pas portée par des convictions politiques mais un égo lui imposant d’aller dans le sens du vent (mauvais). Pietro Marcello (Martin Eden) s’intéresse ici à la dernière partie de sa vie alors que le feu de la Première Guerre Mondiale détourne tous les regards de la scène. |
Thomas Baurez |
| 1 | Les Courageux Ce premier long met en scène une mère borderline, jouant avec la vérité pour protéger ses enfants de la violence de celle- ci. Une femme (Ophelia Kolb) qui a eu à maille avec la justice et ne parvient pas depuis à ressortir la tête hors de l’eau financièrement. Mais pour susciter tension et empathie, un tel récit doit reposer sur un scénario au cordeau. Tout le contraire hélas de ce à quoi on assiste ici avec des rebondissements bateaux et mal amenés qui empêchent de croire à ce qu’on voit et ce qu’on entend (les mots glissés dans la bouche des enfants qui sonnent terriblement faux). |
Thierry Chèze |
| 3 | L'Affaire Bojarski On le surnommait le « Cézanne de la fausse monnaie ». Des années 50 aux années 60, Jan Bojarski, ingénieur polonais venu se réfugier en France pendant la guerre, a contrefait un nombre hallucinant de billets qui s’arrachent encore en ventes aux enchères. Jean- Paul Salomé (La Daronne) s’empare de cette figure sous l’angle pertinent du vertige de la création. |
Thierry Chèze |
| 2 | Abel Ça commence par un long plan séquence sur un plateau désert du Kazakhstan où des paysans font leurs petites affaires sur le capot d’une voiture. La caméra élargit le cadre par d’incessants va-et-vient qui laissent découvrir un espace autant qu’il le cloisonne. Nous sommes en 1993, les fermes collectives héritées de l’époque soviétique sont remises en cause obligeant à un certain individualisme. Abel, un éleveur cherche juste sa place. A l’aide d’une mise en scène implacable bien que redondante, ce film parvient à saisir les turpitudes d’un homme pris au piège. |
Thomas Baurez |
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Greenland Migration Alors que Donald Trump réfléchit à la façon d’ « acquérir » le Groenland au point d’en faire une « priorité de sécurité nationale », ce Greenland Migration tombe à pic. C’est en effet dans un bunker en plein cœur de l’archipel Arctique que débute la chose. On y voit une poignée d’humains confinée après la collision d’une comète avec la Terre déclenchant une série ininterrompue de catastrophes naturelles. |
Thomas Baurez |
| 3 | Animus femina « Au départ, je pensais qu’il fallait un chef op animalier (…) mais j’ai vite compris que ce n’était pas le même métier : affût, matériel de cosmonautes, esthétique Walt Disney ou Géo... Or c’est le mystère qui nous tient en éveil : un œil, une patte, un flou suffisent à faire surgir une présence. », explique l’anthropologue et réalisatrice Eliane de Latour en guise d’intention de son nouveau documentaire Animus Femina. Et de fait, l’idée ici n’est pas d’humaniser les animaux (cf. Disney) mais de rétablir un lien perdu avec eux. Ce lien quatre femmes l’incarnent ici. |
Thomas Baurez |
| 3 | Mr Nobody against Putin C’est un document tout autant qu’un documentaire. Un témoignage rarissime car nécessitant de prendre des risques insensés. Ceux qu’a pris en son âme et conscience le Mr Nobody qui donne son titre à ce documentaire : Pavel Talankin, enseignant, vidéaste et coordinateur d’événements scolaires dans la petite ville russe de Karabash. Ce Mr Nobody against Putin est son carnet de bord en temps de guerre, celle que la Russie a déclaré à l’Ukraine avec son invasion à grand échelle. |
Thierry Chèze |
| 2 | L'Académie des secrets Ce documentaire s’intéresse à Jean- Louis Schefer, historien d’art et philosophe, auteur d’une œuvre majeure sur la peinture et le cinéma (décédé en 2022 à 83 ans alors que ce film était encore en production). Et plus précisément à l’Académie des secrets qu’il avait créé avec des règles pour le moins singulières : personne ne savait qui en faisait partie et il ne prévenait jamais ceux qu’il en excluait. Ce qui explique qu’elle ne s’est jamais réunie ! La présentation par l’intéressé de ce système qu’il avait inventé semble promettre un documentaire épousant sa malice. |
Thierry Chèze |
| 3 | Tout va bien Dès les premières minutes du film, les profondeurs marines engloutissent l’image. Si Tout va bien nous plonge dans le grand bain sans détour, c’est sans aucun doute car l’eau marque la première étape de l’immigration. Mais la dangereuse traversée en mer vécue par ces mineurs livrés à eux-mêmes, que l’ex-journaliste Thomas Ellis prend pour sujet, ne sera jamais évoquée frontalement. Seulement par vagues, grâce à un travail du son étourdissant qui en fait un traumatisme de fond. |
Lucie Chiquer |
| 2 | Rien n'est oublié Il existe des milliers de façons de faire du documentaire. Andrea Ceriana Mayneri et Edie Laconi, e en apportent une nouvelle preuve Rien n'est oublié où ils multiplient les angles pour appréhender au plus juste la richesse de son sujet, l’histoire politique récente de la Centrafrique et l’épineuse question de la mémoire qui passe notamment par ses biens culturels. Alors : indécision ou refus de choisir ? En tout cas, les effets produits par ce film qui se voudrait à la fois intime, enquêteur, observateur et actif dans sa démarche décoloniale, apparaissent forcément relatifs. |
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| 2 | Pile ou face Du même duo de cinéastes italiens nous étions restés sur la sidération laissée par La Légende du roi Crabe en 2022, récit d’aventures illuminées en Terre de Feu. On raccorde sans mal dans les premiers instants de ce Pile ou face, anti-western qui choisit lui aussi la tangente en pleine nature pour y trouver une sorte d’aube originelle. Et là où leur précédent long-métrage parvenait à créer une mythologie sur un espace vierge (du moins envisagé comme tel), celui-ci se sert de la figure encombrante de Buffalo Bill (John C. |
Thomas Baurez |
| 3 | Les Lumières de New- York Découvert à la Quinzaine des cinéastes à Cannes, le premier long de Llyod Lee Choi dialogue avec L’Histoire de Souleymane. Il met lui aussi en lumière l’un de ces forçats invisibilisés de l’ubérisation à tout crin de nos sociétés : Lu, un livreur de repas arrivé de Chine à New- York dont le rêve d’ouvrir son restaurant va se fracasser sur la dure réalité d’un quotidien parsemé d’humiliations devenu une course pour ne pas sombrer sous le poids du surendettement. |
Thierry Chèze |






