| 3 | Victor comme tout le monde Ecrit par la regrettée Sophie Fillières et mis en scène par Pascal Bonitzer ce Victor comme tout le monde est une promenade estivale et parisienne, légère en apparence portant en elle une puissance poétique souterraine. Et de fait le Victor du titre, c’est Hugo, LE poète majuscule français. Le protagoniste en velib’ c’est Fabrice Luchini dissimulé en Robert Zucchini, comédien de théâtre qui chaque soir monte sur scène pour déclamer et décortiquer la prose de l’auteur des Châtiments. Sur et en dehors de scène l’acteur donne (beaucoup) et reçoit. |
Thomas Baurez |
| 3 | Prénoms Une caméra subjective dévoile un bouquet de fleurs en amorce. Sonnerie. Une porte s’ouvre. Sourire. « Bienvenue ». La séquence est simple, joyeuse. Elle se répétera tout au long du film. Aller vers les autres pour saisir quelque chose d’eux demande de la politesse, quand bien même les personnes rencontrées seraient des amis. Nurith Aviv, cinéaste et cheffe-opératrice (« la première du cinéma européen » disent les anthologies) questionne par les sons et les images les secrets du langage depuis près d’une quarantaine d’années. |
Thomas Baurez |
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Les K d'or Après avoir empli les salles en solo et en compagnie de ses complices du Trio, Jérémy Ferrari se lance dans le cinéma avec une comédie d’aventure surprenante d’efficacité. À la fois réalisateur et rôle principal, il incarne Noé, fils caché de Khadafi selon sa mère, qui tente de retrouver l’or du dictateur libyen. Pour arriver à son objectif, il fait équipe avec Soulika (Laura Felpin), une fichée S qui n’a pas la lumière à tous les étages, et Ryan (Éric Judor), malvoyant et puceau de 52 ans qui a prévu de participer au marathon des sables. |
François Léger |
| 1 | Encontro Rompu à l’art du documentaire (Quand la vigne dort…), François Manceaux, Français installé à Lisbonne, a attendu 2019 pour s’atteler à son premier long métrage de fiction qui sort enfin sur les écrans français, trois ans après la fin du tournage. Mais il peine à convaincre avec son voyage initiatique d’un réalisateur quinqua belge qui quitte son pays direction le Portugal. Son but ? Retrouver l’actrice portugaise dont il est follement tombé amoureux sept ans auparavant, avec l’aide providentielle d’une belle inconnue qui dissimule son identité réelle. |
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Planètes Il n’existe pas grand-chose de comparable à la proposition de Momoko Seto avec son premier long-métrage, Planètes. Présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes, puis en sélection officielle à celui d’Annecy, ce film d’animation original et expérimental fait son bout de chemin. Tout comme Dendelion, Baraban, Léonto et Taraxa, les quatre akènes de pissenlits - ces gaines surmonté d’un tutu blanc - qu’on suit durant 1h15, après avoir été propulsés dans l’espace suite à une catastrophe nucléaire dévastatrice. |
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| 2 | Orphelin Onze ans après le retentissement mondial du Fils de Saul, huit ans après le rejet quasi-général de Sunset, Laszlo Nemes revient avec son troisième long. La forme a changé, pas le fond : il s’agit à nouveau de faire le portrait d’un personnage balloté par les vents contraires de l’histoire, dans une Europe hantée par ses fantômes. |
Frédéric Foubert |
| 4 | Little trouble girls Grand Prix du Jury aux Arcs, ce premier long métrage slovène s’aventure sur le terrain qu’on pourrait croire usé du récit d’émancipation féminine. Mais d’emblée, on sent la patte d’une réalisatrice, une singularité dans sa capacité de nous plonger dans la tête de sa jeune héroïne Lucia. Dans ses troubles, ses pulsions, ses peurs au moment où l’éveil des sens se fait jour chez cette fille introvertie qui intègre la chorale de son école. Il y a chez Urska Djukić une approche sensuelle (dans le choix des cadres, le travail sur le son…) qui prime sur toute cérébralité. |
Thierry Chèze |
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Le Crime du 3e étage Inutile de créer un faux suspense inutile. La belle et noble ambition de Rémi Bezançon (Le Premier jour du reste de ta vie) de revisiter par l’humour le cinéma d’Hitchcock, Fenêtre sur cour en tête, vient hélas se fracasser assez vite sur une écriture scénaristique scolaire qui perd trop de temps dans des citations pour faire naître l’énergie et la malice indispensables à une telle entreprise. |
Thierry Chèze |
| 3 | Ce qu'il reste de nous Un ado, Noor, poursuit son meilleur pote pour récupérer ce que ce dernier lui a piqué. Une scène banale au cœur d’une ville et d’une situation qui ne le sont pas. Car l’action se déroule en 1988 à Jaffa et le duo rejoint une manifestation contre l’intifada. Un soldat israélien sort son arme. Un coup part. Cut. Le plan suivant montre face caméra la mère de Noor : « Vous savez peu de choses sur nous. Ce n’est pas grave. Je ne suis pas là pour vous accuser mais pour vous dire qui est mon fils. |
Thierry Chèze |
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Le Testament d'Ann Lee Ann Lee est cinq fois mère. De quatre enfants, d’abord – aucun d’eux n’aura vécu jusqu’à son premier anniversaire. De l'Organisation de la Société Unie des Croyants dans la Deuxième Apparition du Christ, ensuite, dont les fidèles voient en elle le Messie féminin annoncé par leur dogme, dévié du protestantisme. Sur son passage, une fièvre religieuse se propage. Les voix s’élèvent en louanges, les corps se mettent en transes, tout aussi pieuses que macabres ; celles-là même qui ont donné leur surnom à ces “Shakers”. |
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Il Maestro Pour son quatrième long, Andrea Di Stefano (Dernière nuit à Milan) a choisi d’avancer à rebours du fameux dogme selon lequel il faut accrocher le spectateur d’emblée sous peine de le perdre à jamais. Et prend, lui, le temps de dévoiler les multiples facettes d’un récit de plus en plus riche, attachant et poignant au fil des minutes. L’entame d’Il maestro, situé dans les 80’s s’inscrit dans tous ces films de sport centrés sur les rapports père-fils et la manière dont les premiers vivent l’ascension des seconds par procuration. |
Thierry Chèze |
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Scarlet et l'éternité Le Hamlet de Shakespeare a décidemment la côte. Après Hamnet de Chloé Zhao, exploration par la bande du célèbre drame, voici ce Scarlet et l’éternité d’un des maîtres de l’animation japonaise, Mamoru Hosoda. Plus proche de la pièce dont il reprend l’argument de départ, Hosoda substitue toutefois à la figure du jeune prince du Danemark une princesse. Cette dernière va, elle-aussi, chercher à venger la mort injuste de son père. |
Thomas Baurez |
| 3 | A FIDAI film Un chant poétique, celui d’un oiseau ou d’une femme, habille les images d’archives qui racontent l’histoire de cette terre confisquée, mal menée et de ses habitants. En noir et blanc ou en couleur, les plans défilent, se mêlant aux sons des tambours de guerre. Des hommes et des femmes, alignés au milieu des soldats armés. |
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Jumpers Le film s’ouvre sur un prologue terrassant. Une vignette douce et suspendue, où l’on découvre Mabel, une enfant rebelle et amoureuse de la nature qui va grandir sous le regard tendre de sa grand-mère au bord d’une mare. Le temps s’y écoule comme un souffle ; la lumière glisse sur l’eau ; et l’animation, sublime, adopte la douceur mate d’un pastel. Pendant quelques minutes, Pixar retrouve la pureté émotionnelle, la grâce et la puissance de ses grands classiques (et des Disney vintage) : rien que pour cette ouverture (qui évoque beaucoup celle de Là-haut), le film mérite votre attention. |
Gael Golhen |
| 3 | Rural C’est un visage et une faconde qu’on a découvert en 2024 lors d’une manifestation du monde agricole et qu’on retrouve à chacun de leurs combats. Mais de Jérôme Bayle, éleveur de Haute-Garonne qui a repris la ferme familiale, au fond, on ne sait rien. Et Edouard Bergeon (Au nom de la Terre), lui- même fils d’agriculteurs a donc eu envie de le raconter en profondeur. |
Thierry Chèze |
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La Maison des femmes De sa visite à La maison des femmes à Saint-Denis, créée en 2016 afin d’accueillir les femmes vulnérables et/ou victimes de violences, Mélisa Godet a puisé le sujet de son premier long métrage. On y suit Diane, Manon, Inès, Awa et leurs collègues majoritairement féminines se démener afin d’offrir à l’une une oreille attentive, à une autre des solutions pour lui permettre de retrouver sa dignité et sa féminité perdues depuis son excision subie enfant ou à une troisième une solution de logement pour l’éloigner des griffes de son mari tortionnaire. |
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| 4 | Allah n'est pas obligé D’emblée, le ton est donné, comme un pacte. Ce film d’animation sur les tribulations d’un enfant-soldat, ne cherchera jamais à détourner le regard devant la violence la plus abrupte et cette idée d’une mort qui peut surgir à n’importe quel moment. Et c’est ce qui donne toute sa puissance au destin tragique de cet orphelin guinéen qui, se rendant au Libéria pour y retrouver une tante, croise la route d’un groupe de rebelles dont il va devenir un des bras armés. |
Thierry Chèze |
| 3 | Pédale rurale Antoine Vazquez a grandi dans le Béarn et ses études d’anthropologie l’ont conduit à mener des recherches autour des vécus queer dans l’univers rural et à rencontrer Benoît, jeune agriculteur de Dordogne devenu le sujet central de son premier long. Avec comme fil rouge, l’organisation d’une Gay Pride dans son village, Vazquez évolue sans flancher sur une ligne de crète pas si simple à tenir. D’un côté le refus de tout récit victimaire, épousant la personnalité de Benoît - qu’on pourrait croire échappé d’un film de Guiraudie. |
Thierry Chèze |
| 1 | Nino dans la nuit Si l’on ne savait pas que Nino dans la nuit est un film contemporain, tout laisserait à croire qu’il est un petit film confidentiel de la fin des années 1990 : la lourdeur de sa voix off, une ambiance punk anachronique et sa volonté affichée de s’inscrire dans l’héritage du Trainspotting de Danny Boyle (1996) ou l’esthétique criarde de Gaspar Noé… Le problème est là puisque le film sort dans la France de 2026, cherchant à critiquer des problèmes sociaux toujours actuels avec des images d’un autre temps. |
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Christy Christy débarque en France, plombé par son bide américain et toutes les polémiques autour de Sydney Sweeney qui, non contente d’incarner le rôle-titre, a co-produit ce projet. Mais il serait injuste de lire le film à cette seule aune et de ne pas saluer la qualité de son interprétation. Car si la présence de David Michôd, le réalisateur d’Animal kingdom est cohérente avec l’univers poisseux de Christy, ce film est d’abord et avant tout celui de Sydney Sweeney. |
Thierry Chèze |
| 2 | Fantastique Os déboités, jointures disloquées, flexions dorsales : la préparation physique pour intégrer la tournée du cirque acrobatique Amoukanama tient de la promenade de santé pour Fanta, contorsionniste de 14 ans au corps aussi élastique que du chewing-gum. C’est en tout cas ce que laisse penser la façon dont elle se laisse manipuler dans tous les sens, sans broncher. Difficile d’en dire autant une fois les entraînements terminés : la jeune guinéenne se plie difficilement en quatre pour subvenir aux besoins de sa mère malade, déchirée entre sa carrière de rêve et son devoir familial. |
Lucie Chiquer |
| 4 | The Cruise The Cruise a été tourné avec une petite caméra DV à la fin des années 90, mais il a le style du cinéma vérité des sixties, tendance frères Maysles ou D.A. Pennebaker. Même énergie, même sensation d’immersion et d’intimité. Et, comme dans Grey Gardens ou Don’t Look Back, une personnalité hors du commun devant la caméra. Soit Timothy « Speed » Levitch, guide touristique déjanté, saisi en noir et blanc par un Bennett Miller débutant, quelques années avant les triomphes critiques de Truman Capote, du Stratège et de Foxcatcher. |
Frédéric Foubert |
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Pillion En 1576, la Boétie discourait de la servitude volontaire. Quatre siècles plus tard, le Britannique Harry Lighton illustre le concept dans un premier geste de réalisateur particulièrement décomplexé. Il faut rendre à César, ou plutôt à l’écrivain Adam Mars-Jones (Box Hills, 2020), l’idée originale de cette histoire d’amour pas comme les autres entre Colin, dispensateur de contraventions et choriste à capella à ses heures perdues, et le chevalier en armure de cuir venu le sauver de la monotonie de sa vie de tanguy trentenaire. |
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Deux femmes et quelques hommes C’est l’hiver au Québec. Les flocons déferlent sur la comédie de Chloé Robichaud, par ailleurs née d’un effet boule de neige : un film – Deux femmes en or, sorti en 1970 – qui conduit l’auteure Catherine Léger à moderniser l’histoire en une pièce de théâtre en 2023, qui inspire à son tour un film en 2026. Un cercle vertueux qui lave le scénario original des marqueurs de la deuxième vague féministe, pour mieux correspondre à notre époque. Fini la révolution, place au féminisme imparfait du quotidien. |
Lucie Chiquer |
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Alter ego Si l’on met de côté la poilante comédie érotique À la recherche de l’Ultra-sex (fabriquée à partir de séquences de films X des 70’s), Nicolas Charlet et Bruno Lavaine n’avaient inexplicablement plus réalisé de film depuis 2013. Le duo derrière Le Message à caractère informatif et La Personne aux deux personnes revient enfin avec une histoire aux frontières du réel : Alex (Laurent Lafitte) découvre que son nouveau voisin, Axel, est son sosie parfait… avec des cheveux. Sauf qu’il est le seul à remarquer la ressemblance. |
François Léger |
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Scream 7 « Jouer la carte de la nostalgie » : c’est l’ambition de ce septième opus de Scream, énoncée à mi-parcours par l’un des personnages du film, selon l’une des règles de la saga qui veut que les films affichent systématiquement leurs intentions. Retour aux fondamentaux, donc, après la tentative de passage de témoin à une nouvelle génération des épisodes 5 et 6 (sortis respectivement en 2022 et 2023). |
Frédéric Foubert |
| 2 | Justa Avec Justa, Teresa Villaverde (Les Mutants) plonge dans une région portugaise ravagée par un incendie de grande ampleur et déploie un récit autour de la manière dont les survivants essaient de se reconstruire, quelle que soit la gravité de leurs blessures. Un film aride dont on ne peut que louer la rigueur de la mise en scène sous influence de Robert Bresson mais qui, à force de redouter toute dérive lacrymale, finit par assécher son propos et susciter l’ennui, tant sa cérébralité écrase tout le reste. Le pur film de festival, dans toute sa splendeur. |
Thierry Chèze |
| 1 | Quartier libre Un architecte arrive dans une cité d’une ville de banlieue pour s’occuper de sa rénovation et se heurte évidemment à la méfiance des habitants du lieu, inquiets des destructions à venir et de voir leur quotidien mis à mal par ce vent de nouveauté. Un sujet passionnant et a priori riche en multiples sous-intrigues liées aux dommages collatéraux de la situation mais dont ce film ne paraît jamais vraiment prendre la mesure. |
Thierry Chèze |
| 3 | Welcome to Europe On a découvert le duo Thomas Bornot-Cyril Montana en 2020 avec Cyril contre Goliath, récit à la Don Quichotte où Montana tentait de lutter contre la collectionnite aigüe de Pierre Cardin qui en rachetant peu à peu les maisons de son village natal et en les laissant vide, le tuait à petit feu. Avec Welcome to Europe, projet bien plus ambitieux, ce petit-fils de réfugié politique espagnol, décide, en mémoire de son grand-père, d’entamer un périple de Paris jusqu'aux frontières de l'Europe à la rencontre de celles et ceux qui ont quitté leur pays. |
Thierry Chèze |
| 3 | Un été à la ferme Alors que le Salon de l’Agriculture vient d’ouvrir ses portes, ce premier long métrage donne le coup d’envoi des différents documentaires sur le monde agricole qui vont sortir dans les semaines à venir. Un coup d’envoi réussi car sur fond de crise agricole et de difficultés économiques et matérielles des petites structures, Hugo Willocq réussit à trouver un axe et à s’y tenir. |
Thierry Chèze |






