Affiches Sorties de la semaine du 14 janvier 2026
Sony/ Metropolitan/ Le Pacte

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
28 ANS PLUS TARD: LE TEMPLE DES MORTS ★★★★☆

De Nia Da Costa

L’essentiel

Avec ce deuxième volet plus noir et plus ambitieux, Nia Da Costa confirme qu'elle n'est pas venue pour flatter la nostalgie, mais pour réinventer totalement la saga culte.

Dans cette suite du 28 ans plus tard sorti l’an passé, le récit reprend après la capture de Spike par les Jimmies, une secte survivaliste dégénérée qui a transformé la fin du monde en carnaval nihiliste. Très vite, le film déplace son centre de gravité : les infectés ne sont plus le cœur du spectacle, mais son décor. Leur rage aveugle devient presque secondaire face à quelque chose de plus glaçant - la violence organisée, ritualisée, transformée en spectacle par ceux qui ont choisi de ne plus lutter contre le chaos, mais de s'y vautrer. Le vrai sujet, c'est l'humanité face au vide moral, et la manière dont certains le comblent par la violence, le culte ou le mythe. Avec 28 ans plus tard : le temple des morts Nia DaCosta explose tout. La réalisatrice ne reprend pas la saga de Danny Boyle et Alex Garland pour flatter la nostalgie, mais pour dynamiter ce qu'on appelle encore, par commodité, une « franchise ». Ce deuxième volet agit comme une plongée en eaux noires : plus radical, plus cruel, mais aussi plus ample et plus beau. Plus qu'une suite, 28 ans plus tard : le temple des morts est un grand film de genre, fiévreux et politique et qui confirme, si besoin était, que cette trilogie tardive est l'un des projets les plus excitants du cinéma contemporain.

Gaël Golhen

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PREMIÈRE A AIME

GREENLAND: MIGRATION ★★★☆☆

De Ric Roman Waugh

Alors que Donald Trump réfléchit à la façon d’ « acquérir » le Groenland, ce Greenland Migration tombe à pic. C’est en effet dans un bunker en plein cœur de l’archipel Arctique que débute la suite de cette série B apocalyptique sortie en plein COVID. Le choix du Groenland comme poche de survie dans cette suite est assez ironique d’autant que l’air y est irrespirable et qu’il faudra bientôt fuir cette terre hostile pour… la France ! Greenland continue d’assumer son côté  Bis - les gros effets spéciaux lorgnent plus du côté du Roland Emmerich du début du millénaire que du James Cameron 2025 – et on ne boude pas son plaisir.  Gerard Butler en pater protecteur sensible joue la course contre la montre avec femme et fiston en bandoulière. Le trio tel un personnage de Tex Avery réchappant à des chutes de pianos à répétition parvient miraculeusement à éviter tous les cataclysmes et fait oublier les moments où tout cela s’essouffle inévitablement quelque peu.

Thomas Baurez

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L’AFFAIRE BOJARSKI ★★★☆☆

De Jean- Paul Salomé

On le surnommait le « Cézanne de la fausse monnaie ». Des années 50 aux années 60, Jan Bojarski, ingénieur polonais venu se réfugier en France pendant la guerre, a contrefait un nombre hallucinant de billets qui s’arrachent encore en ventes aux enchères. Jean- Paul Salomé (La Daronne) s’empare de cette figure sous l’angle pertinent du vertige de la création. Et de son besoin de reconnaissance non de lui- même mais de la qualité de son travail qui trouve sa source dans le rejet qu’il a subi du fait de son statut d’émigré sans état civil (il n’a pu déposer aucun brevet de ses inventions) et l’a fait s’embarquer dans cette double vie sans craindre de se faire prendre. Juste obsédé par le geste parfait. La fascination qu’on éprouve pour ce personnage et la qualité générale de l’interprétation (à commencer par Reda Kateb dans le rôle- titre) transcendent l’absence d’aspérité de la mise en scène qui a cependant le mérite de ne jamais étouffer un récit qu’aucun scénariste n’aurait pu inventer.

Thierry Cheze

FURCY, NE LIBRE ★★★☆☆

De Abd Al Malik

Onze après son premier long, Qu’Allah bénisse la France, Abd Al Malik est de retour derrière la caméra avec cette libre adaptation de L’Affaire de l’esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui. Un esclave réunionnais qui, après avoir découvert à la mort de sa mère en 1817 des documents censés faire de lui un homme libre, entamera à son propriétaire un procès qui s’étalera sur… 26 ans ! Abd Al Malik trouve la bonne focale pour cette histoire. En se concentrant sur ses années- là, sans chercher à raconter sa vie à Z. En refusant de laisser la violence des coups et des humiliations hors champ sans pour autant s’en repaître. Et en signant une œuvre qui pousse à affronter notre histoire collective, aussi insoutenable soit- elle, sans prendre des allures de repentance mais en cherchant à aller de l’avant, à bâtir des choses après en avoir digéré d’autres. Le tout porté par un Makita Samba (Les Olympiades), impressionnant de bout en bout dans le rôle- titre.

Thierry Cheze

ELEONORA DUSE ★★★☆☆

De Pietro Marcello

Surnommée la Sarah Bernhardt italienne, Eleonora Duse (1858 – 1924) a connu les fastes d’une gloire théâtrale avant de voir son étoile pâlir au moment où le fascisme naissant lui fit les yeux doux. La comédienne à l’intensité maladive n’était pas portée par des convictions politiques mais un égo lui imposant d’aller dans le sens du vent (mauvais). Pietro Marcello (Martin Eden) s’intéresse ici à la dernière partie de sa vie alors que le feu de la Première Guerre Mondiale détourne tous les regards de la scène. La magnifique séance d’ouverture voit ainsi Eleonora Duse comme en suspension au-dessus des montages, la nacelle qui la conduit jusqu’à ses hôtes installe d’emblée un équilibre précaire. A cet espace majestueux, la mise en scène va très vite raccorder au plus près du visage de l’héroïne, véritable territoire d’un film qui impose une énergie émotionnelle plein pot. C’est à la fois la qualité du film (une Valeria Bruni Tedeschi maximaliste) et sa limite (une Valeria Bruni Tedeschi maximaliste).

Thomas Baurez

SANS PITIE ★★★☆☆

De Julien Hosmalin

Découvert en compétition à Angoulême, le premier long de Julien Hosmalin qui suit le retour - à la mort de sa mère qui tenait un stand de tir dans une fête foraine – de Dario, un jeune homme dont le grand frère n’a jamais compris le pourquoi de cet éloignement de plus de 20 ans. Sans pitié va révéler au fil de 90 minutes tenues et serrées, le pourquoi et le comment de ce départ précipité. Et du silence dans lequel Dario continue de se murer dans un premier temps, avant qu’il recroise l’un des responsables de la tragédie qui l’a poussé à fuir aussi soudainement. Remarquablement incarné par Adam Bessa (Les Fantômes) et Tewfik Jallab (Partir un jour), Sans pitié séduit aussi par l’atmosphère de thriller créé à l’image et au son par son réalisateur qui a su parfaitement faire siennes les références des sommets américains du genre ayant pu l’inspirer et créer à l’écran une tension qui ne se dément jamais.

Thierry Cheze

PALESTINE 36 ★★★☆☆

De Anne- Marie Jacir

1936, la Palestine sous mandat britannique voit l’arrivée massive de juifs quittant une Europe sous tension. Face à cette immigration un partage des terres est organisé à la hâte par l’occupant anglais. Une grande partie de la population arabe voit d’un mauvais œil cette nouvelle main-d’œuvre. Une grève générale que les autorités tentent de mater est alors décrétée. Si une entente avec cinq partis palestiniens aboutit bientôt à un retour à la normale, les tensions restent vives et dans le maquis des rebelles s’organisent. La palestinienne Annemarie Jacir (Le Sel de la mer) se propose donc de remonter à la source de tous les maux d’une région dont les effets perdurent aujourd’hui. A l’aide d’une mise en scène un tantinet démonstrative, elle construit néanmoins très intelligemment un récit polyphonique aux multiples ramifications. Des images d’archive colorisées introduisent chaque nouvelle partie pour mieux authentifier la beauté d’un monde disparu qui semblait alors vivre ses derniers instants de relative insouciance. Fort.

Thomas Baurez

JUSQU’A L’AUBE ★★★☆☆

De Shô Miyake

Misa et Takatoshi ont mal à l’âme. La première s’emporte pour un rien, submergée par les fluctuations hormonales d’un syndrome prémenstruel impossible à vivre – également connu sous l’acronyme de SPM et encore trop tabou. Le second, victime de crises de panique chroniques, va partout à pied, incapable de monter dans les transports. Si semblables et pourtant si différents, leurs chemins se croisent et se décroisent à la faveur des astres étudiés par l’entreprise scientifique qui les emploie. Si la santé mentale a connu un regain d’intérêt dans la production mondiale de ces dernières années, elle est rarement décryptée avec autant de délicatesse que celle déployée par Sho Miyake. De la dureté de la condition de Misa et Takatoshi naît une poésie dont le réalisateur japonais détient le secret. Après La Beauté du geste (2022) autour d’une boxeuse sourde, il signe un nouveau film solaire, lumineux, tout en nuances et en bienveillance.

Chloé Delos- Eray

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

LAGUNA ★★☆☆☆

De Sharunas Bartas

Au Mexique le cinéaste lituanien Sharunas Bartas (Few of us) entreprend un voyage initiatique en souvenir de sa fille, l’actrice Ina Marija Bartaité morte accidentellement à l’âge de 24 ans. Il est ici accompagné d’Una, son autre fille. La caméra cherche à saisir la pureté et la beauté d’un monde en éveil. Le père et sa fille rendus à la vie sauvage, cherchent à se consoler. Une intimité dont on se demande si elle avait besoin d’être documentée. Mais que pourrait faire d’autre un cinéaste sinon immortaliser des instants promis à l’effacement ?

Thomas Baurez

FORÊT ROUGE ★★☆☆☆

De Laurie Lassalle

La Z.A.D de Notre-Dame-des-Landes désigne cet écosystème, rescapé d’un projet d’aéroport, autant qu’un no man’s land utopique résistant aux assauts capitalistes et étatiques dénoncés par les militants. C’est dans ce coin de verdure, niché au cœur de la Loire-Atlantique, qu’a atterri la caméra de Laurie Lassalle après avoir filmé les Gilets jaunes – et l’idylle qu’elle avait vécue avec un de ses membres - en 2018 dans Boum Boum. Et la documentariste continue d’ériger son cinéma en bras armé de révoltes sociétales, tout en décortiquant le concept même de lutte : créer, se baigner nu dans les cours d’eau, faire communauté, n’est-ce pas tout autant résister que de tenir tête aux cordons de gendarmes ? A mi-chemin entre le film social et le documentaire scientifique, étudiant la biodiversité autant que les hommes qui s’organisent pour la défendre, voici un geste captivant de sincérité, mais formellement trop âpre – contrairement à Boum Boum, adoré dans ces pages - pour faire l’unanimité.

Lucie Chiquer

ABEL ★★☆☆☆

De Elzat Eskendir

Ça commence par un long plan séquence sur un plateau désert du Kazakhstan où des paysans font leurs petites affaires sur le capot d’une voiture. La caméra élargit le cadre par d’incessants va-et-vient qui laissent découvrir un espace autant qu’il le cloisonne. Nous sommes en 1993, les fermes collectives héritées de l’époque soviétique sont remises en cause obligeant à un certain individualisme. Abel, un éleveur cherche juste sa place. A l’aide d’une mise en scène implacable bien que redondante, ce film parvient à saisir les turpitudes d’un homme pris au piège.

Thomas Baurez

 

PREMIÈRE N’A PAS AIME

LES COURAGEUX ★☆☆☆☆

De Jasmin Gordon

Ce premier long met en scène une mère borderline, jouant avec la vérité pour protéger ses enfants de la violence de celle- ci. Une femme (Ophelia Kolb) qui a eu à maille avec la justice et ne parvient pas depuis à ressortir la tête hors de l’eau financièrement. Mais pour susciter tension et empathie, un tel récit doit reposer sur un scénario au cordeau. Tout le contraire hélas de ce à quoi on assiste ici avec des rebondissements bateaux et mal amenés qui empêchent de croire à ce qu’on voit et ce qu’on entend (les mots glissés dans la bouche des enfants qui sonnent terriblement faux).

Thierry Cheze

 

Et aussi

Maximilien, de Donovan Cook

La reprise

Le Rendez- vous des quais, de Paul Carpita