Affiches Films à l'affiche semaine du 18 juin 2025
Disney/ Ad Vitam/ Sony

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
ELIO ★★☆☆☆

De Adrian Molina, Domee Shi et Madeline Sharafian

L’essentiel

Après l’énorme succès de Vice Versa 2 et ses plus d’un milliard de dollars de recettes mondiales, les studios Disney-Pixar se lancent dans une nouvelle histoire interstellaire qui manque d’originalité et de magie.

Alors que Pixar est reconnu pour placer l’émotion au cœur de ses récits, on peine à s'émerveiller devant cette nouvelle aventure signée Adrian Molina, Domee Shi et Madeline Sharafian. Elio Solís, un jeune garçon orphelin passionné par l’espace, rêve de se faire enlever par des extra-terrestres. Sur Terre, il se sent seul : il ne lui reste plus que sa tante Olga, qui s’adapte difficilement à ce nouveau rôle auprès de son neveu. Un jour, son vœu est exaucé et Elio se lie d’amitié avec Glordon, un petit alien affectueux. Bien qu'attendrissante, cette histoire peu originale nous laisse avec une forte impression de déjà vu à cause des thèmes abordés, qu’on ne peut s’empêcher de relier à Lilo et Stitch et E.T (famille recomposée, amitié, différence…). Malgré la beauté scintillante du Communiverse, Elio échoue à nous toucher en plein cœur et apporte une nouvelle preuve que le studio tourne hélas de plus en plus en rond.

Lisa Gateau

Lire la critique en intégralité

PREMIÈRE A BEAUCOUP AIME

ENZO ★★★★☆

De Laurent Cantet et Bertrand Campillo

Laurent Cantet et Bertrand Campillo se sont rencontrés à l’Idhec au début des années 80. Et pendant 40 ans, leur complicité - amicale comme professionnelle - n’a connu aucun nuage. Alors quand Cantet a appris être atteint d’un cancer incurable et qu’il a voulu se lancer dans un ultime projet, Enzo, il a spontanément demandé à son ami de l’accompagner. Campillo a évidemment accepté. Mais Laurent Cantet s’est éteint le 25 avril 2024. Avant le premier clap. Et Robin Campillo a donc mis en scène seul ce film posthume. Un film d’émancipation centré sur un ado de 16 ans, apprenti maçon à La Ciotat, ses rapports avec sa famille, son patron et ses collègues, et plus particulièrement l’un d’eux d’origine ukrainienne pour qui il éprouve un trouble inédit. Un film d’une délicatesse et d’une puissance infinie, mêlant merveilleusement les univers des deux cinéastes tant dans la manière de filmer les corps que de parler du monde du travail ou d’inscrire le récit dans les temps agités que nous traversons (la guerre en Ukraine…). Jusqu’à l’ultime scène sublime et poignante.

Thierry Cheze

Lire la critique en intégralité

28 ANS PLUS TARD ★★★★☆

De Danny Boyle

Vingt-trois ans après le premier opus, Danny Boyle revient aux zombies avec une énergie intacte dans ce troisième volet, scénarisé par le complice Alex Garland. Aaron Taylor-Johnson et Jodie Comer incarnent un couple de survivants vivant sur une île fortifiée reliée au continent par une jetée de pierre. Accompagné de son fils ado, Taylor Johnson va aller sur le continent et découvrir de nouveaux secrets post-apocalyptiques. Le réalisateur britannique retrouve son énergie punk et son style viscéral, alternant séquences de genre inventives et bien gore et images poétiques saisissantes. L'interprétation impressionnante, notamment Ralph Fiennes dans un rôle inoubliable, emporte l'adhésion malgré une intrigue parfois un peu brouillonne qui s'éparpille.

Pierre Lunn

AVIGNON ★★★★☆

De Johann Dionnet

Stéphane (le très attachant Baptiste Lecaplain), comédien un peu largué, débarque au festival d’Avignon pour jouer Ma sœur s’incruste !, pure pièce de boulevard. Mais il croise par hasard Fanny (Elisa Erka, vraie découverte), une actrice montante dont le charme ne le laisse pas indifférent. Suite à un malentendu, il lui laisse croire qu’il est Rodrigue dans Le Cid de Corneille. Pour tenter de la séduire, il va s'enfoncer dans un bobard intenable, le temps du festival… Croisé dans L’Amour ouf ou Adieu les cons, Johann Dionnet passe pour la première fois derrière la caméra avec un objet à la frontière entre comédie romantique et satire douce-amère du monde théâtral, reparti du dernier festival de l’Alpe d’Huez avec le très convoité Grand Prix. Constamment hilarant, Avignon s’interroge l’air de rien sur la peur d’être jugé et la valeur de l’art mais sans se poser en donneur de leçons, armé d’une tendresse ironique qui offre à cette rom com d’apparence modeste une résonance bien plus large.

François Léger

Lire la critique en intégralité

KNEECAP ★★★★☆

De Rich Peppiatt

Ce biopic « majoritairement vrai » du trio de rap gaélique – où les membres jouent leurs propres rôles – est une claque foutraque et électrisante. Rich Peppiatt y célèbre la naissance improbable d'un groupe local devenu phénomène : deux petits dealers et un prof de musique transforment leur langue natale en arme culturelle. Et, entre sessions d'enregistrement chaotiques et concerts survoltés, son premier long vibre d'une authenticité rare. Visuellement Peppiatt emprunte au cinéma punk et on pense beaucoup à un Trainspotting irlandais. Même sentiment de révolte, même vide idéologique et même mise en scène speedée, crue et inventive. Et derrière la comédie irrévérencieuse surgit une réflexion générationnelle et un manifeste sur la préservation d'une identité culturelle menacée. Au-delà de son humour, Kneecap célèbre la résistance linguistique comme acte politique, sans jamais tomber dans le piège du film socio. Impertinent, intelligent et fun, il bat au rythme d'une jeunesse qui refuse d'être réduite au silence

Gaël Golhen

Lire la critique en intégralité

PREMIÈRE A AIME

LOVEABLE ★★★☆☆

De Lilja Ingolfsdottir

Le coup de foudre ne dure qu’un temps. Infime. Après une intro racontant la rencontre et la passion fusionnelle entre ses deux protagonistes, c’est ce que rappelle ce premier long norvégien centré sur le moment de l’éloignement où les destins liés deviennent contraires. La séparation inéluctable – et ses dommages collatéraux - de Maria qui s’épuise à gérer quasiment seule leur famille de quatre enfants et Sigmund, délaissant le foyer à cause d’un boulot chronophage. Rien de très original sur le papier a priori. Et pourtant Loveable vous happe et finit par ne plus vous lâcher. Parce qu’il prend le parti de suivre cette rupture dans la tête de Maria. Une femme en colère qui donne le ton d’un film tout sauf aimable, ne cherchant jamais à prendre parti entre Marie et Sigmund. Et qui, après une entame un peu proprette, va s’évertuer à creuser pour connaître les raisons de cette colère et trouver sa singularité dans l’impudeur et l’inconfort que ce geste provoque.

Thierry Cheze

VOYAGE AU BOUT DE LA GUERRE ★★★☆☆

De Antonin Peretjatko

Pour son premier doc, Antonin Peretjatko — réalisateur de comédies décalées (La Fille du 14 juillet…) — délaisse son terrain de jeu habituel pour plonger aux confins d’une Ukraine meurtrie. Loin du reportage conventionnel, son Voyage au bord de la guerre offre un regard d’artiste, profondément subjectif et très intime. Armé d’une caméra 16mm, il suit Andrei, réfugié en France qui décide de retourner à Lviv. Et cette odyssée va lui permettre de cartographier le désastre à travers des rencontres bouleversantes. Sur la route, il y aura Ihor ayant fui Kharkiv bombardée, Ruslan racontant l’horreur de Boutcha, ou Ella, poète d’Irpin…. La force du film réside dans sa capacité poétique à faire résonner des détails apparemment anodins, mais qui mis bout à bout deviennent profondément révélateurs. Car ce que Peretjatko dévoile c’est cet étrange mélange de joie et de tristesse qui habite les survivants, et qui prouve que la vie s’obstine. Malgré tout.

Gaël Golhen

UNE CHRONIQUE AMERICAINE ★★★☆☆

De Alexandre Gouzou et Jean- Claude Taki

Dans ce documentaire expérimental, Alexandre Gouzou et Jean-Claude Taki tentent de recoller minutieusement les morceaux de Two Telegrams, un long-métrage méconnu et inachevé du grand cinéaste italien Michelangelo Antonioni. À partir de son scénario relaté en voix-off et d’images d’archives rétro de l’Amérique des années 70, Une chronique américaine nous plonge dans ce qu’aurait pu être ce potentiel chef-d'œuvre, abandonné par deux producteurs différents - les interviewés Paulo Branco et Stéphane Tchalgadjieff - à dix années d’intervalle. C’est alors que la petite histoire de Two Telegrams, celle d’une femme libre guidée par ses désirs, se mêle à la grande, celle d’une Amérique tiraillée entre mouvements sociaux et guerre du Vietnam. Cette courte errance séduit dans sa tentative de faire (re)vivre ce film fantôme oublié, qu’on ne peut que fantasmer. 

Lisa Gateau

L’OURAGAN F.Y.T. ★★★☆☆

De Ara Ball

Ce petit film québécois fait l’effet d’une tornade. Il faut dire que le personnage de Delphis, un voyou punk de 11 ans qui grandit dans un quartier défavorisé de Montréal, décoiffe. En développant le court-métrage qu’il lui avait déjà consacré, le réalisateur Ara Ball pose davantage le caractère aberrant de cet environnement familial où alcool, clope, drogue et insulte sont autorisés par un père violent et une mère à l’ouest. Pour échapper à sa condition, Delphis se baptise L'Ouragan et s’enfuit, avant de trouver refuge dans La Grotte, lieu de vie d’un gang en marge de la société. Parmi les personnages rocambolesques qui l'habitent et qu’on regrette de ne pas mieux découvrir au fil de l’histoire, le jeune garçon trouve sa place. Avec son ambiance rétro 90’s, sa bande-son punk rock, son énergie débordante et ses apartés face caméra (parfois de trop), L'Ouragan F.Y.T. - pour Fuck You Tabarnak - s’impose comme une œuvre unique et particulièrement touchante.

Lisa Gateau

SAVE OUR SOULS ★★★☆☆

De Jean- Baptiste Bonnet

De prime abord, la Méditerranée capturée par la caméra de Jean-Baptiste Bonnet nous éblouit de sa beauté. Mais elle se révèle aussi une zone de tous les dangers pour les hommes et femmes d’Afrique qui tentent de la traverser afin de rejoindre les côtes européennes. C’est ce que nous rappelle Save Our Souls en nous embarquant à bord de l'Ocean Viking, un des navires de l'organisation de sauvetage en mer SOS Méditerranée. En passant par la phase de recherche, au secours de naufragés amassés sur un bateau de fortune, pour finir par l’arrivée en Italie, ce documentaire se concentre sur les liens qui se tissent entre rescapés et membres de l’équipage. L’humanité et l’entraide contrastent alors avec l’horreur des histoires racontées par ces réfugiés, notamment lors de leur passage en Libye. Un film puissant, sans commentaire ni musique, qui laisse pleine place aux bruits des vagues et aux témoignages.

Lisa Gateau

Retrouvez ces films près de chez vous grâce à Première Go

PREMIÈRE N’A PAS AIME

THE RETURN, LE RETOUR D’ULYSSE ★☆☆☆☆

De Uberto Pasolini

Mais que sont- ils donc allés faire dans cette galère ? Plus qu’à Homère, on pense spontanément ici à cette tirade du Scapin de Molière en voyant Ralph Fiennes et Juliette Binoche (réunis pour la première fois depuis Le Patient anglais) dans le nouveau Uberto Pasolini, neveu… de Luchino Visconti. Un réalisateur qu’on a connu bien plus inspiré dans ses précédents films, dont sa tragi- comédie dépressive Une belle fin (2015). Il s’attaque donc ici au classique d’Homère en se concentrant sur les derniers chants de l'épopée, lorsqu'Ulysse, de retour à Ithaque, doit vaincre les prétendants de Pénélope et la convaincre qu'il n'est pas un imposteur. Et on peine à voir, dans les choix de mise en scène comme de libertés prises avec l’œuvre où veut en venir Pasolini comme écrasé par son propre projet. Et ce malgré le duo Binoche- Fiennes, lui, sans reproche. Cela fait 71 ans et le Ulysse avec Kirk Douglas que L’Odyssée n’avait pas été porté au cinéma. On comprend mieux pourquoi…

Thierry Cheze

PEACOCK ★☆☆☆☆

De Bernhard Wenger

Ce premier long met en scène un homme dont le métier est de se glisser dans la peau d’un autre (un parent, un ami…) pour que les clients qui le louent, brillent grâce à lui auprès de leur entourage. Le point de départ d’une farce satirique sur l’obsession du paraître aux cadres soignés mais dominée par cette misanthropie qui rappelle le cinéma de Jessica Hausner, Lanthimos ou du récent et insupportable Veni, vidi, vici qui, à force de ricaner de tout (la nième charge sur l’art contemporain) ne dit plus rien de pertinent.

Thierry Cheze

LA TOURNEE ★☆☆☆☆

De Florian Hessique

Plongez dans une version alternative de la réalité où Patrick Chesnais incarne un acteur vieillissant en pleine tournée d'avant-premières, Florian Hessique un réalisateur désespéré, et Richard Berry un agent détestable. Seulement, le cinéaste se prête au jeu de la mise en abîme sans en saisir les règles… Pour un film qui se veut une satire de l’industrie du cinéma, le scénario manque cruellement de modernité quitte à paraître réactionnaire. Vous voilà face à un road-movie gentillet, ni drôle ni attendrissant.

Lucie Chiquer

DAKAR CHRONICLES ★☆☆☆☆

De Jalil Lespert

Depuis 2020, le Rallye Dakar (jadis appelé le « Paris-Dakar ») se déroule en Arabie Saoudite. Cette monarchie absolue du Moyen-Orient peu connue pour son humanisme a compris que le spectacle sportif est le meilleur des soft power. Le pays, on le sait, achète également à prix d’or des stars du football pour améliorer son image. Ce contexte politique n’est pas la préoccupation de Jalil Lespert qui suit différents participants de l’édition 2022-2023 du Rallye Dakar à l’assaut des magnifiques et gigantesques dunes à la Mad Max. Malheureusement le présent documentaire peine à rendre sensible la portée intime de ce raout mécanique sponsorisé. Armée de drones, la mise en scène cherche surtout les belles images aériennes banalisées par les avancées technologiques qui permettent désormais à tout réalisateur du dimanche un poil équipé de jouer les Yann Arthus-Bertrand.  Le profane comme le fan risquent de rester sur le bord de la route.

Thomas Baurez

 

Et aussi                                                                                                  Maya, donne- moi un autre titre, de Michel Gondry

Sur la route de papa, de Nabil Aitakkaouaii et Olivier Dacourt

Tom le chat- A la recherche du doudou perdu, de Joost van den Bosch

Les reprises                                                                                            Les Chevaux de feu, de Serguei Paradjanov

Stop making sense, de Jonathan Demme et Talking heads