GALERIE
SND / Nac Films

Non montré à la presse, le nouveau Chatiliez n’est pas le nanar redouté. Pas de quoi grimper au rideau non plus.

Depuis le premier Tanguy, dix-huit ans se sont écoulés. Dans l’intervalle, Étienne Chatiliez est sérieusement rentré dans le rang et Éric Berger est retourné jouer au théâtre et les utilités au cinéma. Dire qu’on attendait leur retour serait exagéré, indifférence visiblement prise en compte par le distributeur qui n’a pas montré le film à la presse, alimentant les craintes les plus folles à son sujet. Déflorons tout de suite le suspense (inexistant) : Tanguy, le retour est conforme aux attentes, ni bon ni mauvais. Après l’épouvantable L’Oncle Charles, il marque même un léger sursaut de la part d’Étienne Chatiliez qui retrouve ses personnages avec un appétit évident. Il commence par filmer le bonheur sans taches de Paul et Édith Guetz, retraités bienheureux partagés entre leurs parties de golf avec les amis et le binge-watching de séries télé. Sans taches, ou presque : Paul n’arrête pas d’uriner, la faute à sa prostate déficiente. Oui l’humour pipi-caca est toujours de mise de même que les clichés sociaux : les bourgeois sont confits de snobisme, les employés, de couleur et les Chinois, invariablement zen. Les Chinois ? On y vient.

Azéma-Dussollier toujours vaillants
Tanguy est donc de retour, avec sa fille, Zhu. Meï Lin les ayant quittés, il a quitté Pékin pour se ressourcer auprès de ses parents. Les retrouvailles sont cordiales, en dépit des antécédents qu’on connaît. Ce round d’observation est filmé de façon atone, dans l’espace confiné de l’appartement moderne des Guetz. Tanguy est comme absent, sa fille, débrouillarde et philosophe, les (grands)-parents, pas encore soucieux. Le spectateur se ronge les ongles en attendant l’étincelle. C’est Édith, l’impayable Sabine Azéma, qui allume la mèche. Tanguy et Zhu se fichent d’eux, c’est certain ! C’est reparti pour un tour. Paul trafique des trucs, Édith lâche enfin des saloperies. Chatiliez n’a rien perdu de son mordant mais c’est comme s’il était limé aux entournures. Impression tenace de déjà vu. L’épilogue est, en revanche, plutôt bien vu, remettant chacun des personnages à une place un peu inattendue et laissant apparaître une forme d’autocritique de la part d’un cinéaste peut-être pas aussi méchant qu’il s’en est toujours donné l’air.

Tanguy, le retour, en salles le 10 avril 2019.