Il était une fois Django : deuxième partie

Il était une fois Django : deuxième partie

Suite de l'évolution de ce personnage culte de westerns.

Il était une fois Django : première partie

Les fantômes de Django
Le succès de Django a entraîné un phénomène parallèle, encore plus mercantile : les westerns où le héros est renommé Django à l'étranger, alors que la version italienne n'a rien à voir avec ça, simplement pour profiter de la notoriété du héros créé par Corbucci. Bill il taciturno (1967) avec George Eastman devient Django le taciturne. Honey, héros de Le Due facce del dollaro (1967) se retrouve en France sous le titre Poker d'as pour Django. La grande notte di Ringo (alias La notte del desperado) de 1965 de Mario Maffei ressort en France sous le titre Sous la loi de Django. Avec Django, ça va saigner (1968),  Django, prépare ton exécution (1968), Django ne pardonne pas (1969), Django ne prie pas (1968), Avec Django, la mort est là ! (1968), Django porte sa croix (1968) sur un sujet de Corbucci, Tire Django, tire ! (1968), Django arrive... préparez vos cercueils ! (1968), Abattez Django le premier (1971), Django ton tour viendra (1971) : tous ont en commun le fait que leurs héros n'ont rien à voir avec Django. Sauf pour les distributeurs français, à qui il suffit de plaquer le nom de Django sur n'importe quel héros solitaire et mal rasé. En Allemagne, Texas Addio (1966) de Ferdinando Baldi avec Franco Nero est devenu Django, der rächer tandis que Le Moment de tuer (Il momento di uccidere) sort sous le titre Django - Ein Sarg Voll Blut. Aux Etats-Unis, on rééxploite même en 1971 le western érotique Brand of Shame sous le titre plus vendeur de Nude Django. Plus généralement, les codes créés par Corbucci sont pillés jusqu'au délire. Dans Se incontri Sartana prega per la tua morte (1968) de Franck Kramer, William Berger joue Banjo, un tueur qui joue du banjo avant de flinguer les méchants à l'aide d'un canon scié planqué dans l'instrument. Dans Pile je te tue, face tu es mort... On m'appelle Alléluia (1971), une machine à coudre devient une mitrailleuse. Le fameux Blindman, le justicier aveugle (1971) de Ferdinando Baldi, avec Tony Anthony en pistolero aveugle chargé d'escorter un convoi de femmes) représente, selon le spécialiste du genre Jean-François Giré, "l'apogée et la fin d'un cinéma en bout de course".

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La dernière chevauchée
L'hypertrophie délirante du western-spaghetti va finir par faire imploser le genre. Un ton devenu parodique à l'extrême (le genre se résume sur la fin aux films Trinita avec Terence Hill), trop de films produits, trop d'échecs (de 1964 à 1973, on estime que plus de 400 westerns ont été produits sur la péninsule), et une concurrence américaine de plus en plus féroce mettent à mal la production locale. Le coup de grâce à la toute-puissance du cinéma italien est porté l'année du délirant Un génie, deux associés, une cloche (Un genio, due compari, e un pollo) avec Robert Charlebois et Miou-Miou, en 1976 : la Cour constitutionnelle autorise la création de chaînes de télévision privées. Si la RAI - télé d'Etat et productrice du ciné italien - veut survivre, elle doit couper dans ses budgets et privilégier les projets à rentabilité immédiate face à la concurrence des trois chaînes privées du groupe Fininvest de Silvio Berlusconi. Le public du cinéma populaire déserte alors les salles de cinéma pour regarder la télé, et c'est la fin de l'âge d'or. Django ne reviendra qu'en 1987 dans sa seule suite officielle, Le Retour de Django (Il grande ritorno de Django alias Django 2 - Il grande ritorno) de Ted Archer (alias Nello Rossati), avec Franco Nero qui affronte ici Donald Pleasance dans un pays imaginaire d'Amérique du Sud. Les clins d'oeil au Django de 1966 sont nombreux (encore une histoire de cercueil et de mitrailleuse). Mais ce retour ne passionne pas les foules : vendu comme un film d'action à la Schwarzenegger, le film est un échec. Nero, dont la carrière a bien continué à l'international (on l'a vu dans Tristana de Luis Bunuel), se fait caster en grand méchant de 58 minutes pour vivre (1990), la suite de Piège de cristal avec Bruce Willis.

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Soleil levant
C'est au Japon que Django reviendra mener son ultime combat. Et ce n'est pas si surprenant : si Yojimbo a inspiré Leone (dans les films duquel on dégaine son revolver comme un sabre de samouraï), et Les Sept samouraïs se sont transformés en Sept mercenaires, le pays a toujours adoré le genre et même produit ses propres westerns. De 1959 à 1961, la Nikkatsu a produit par exemple la série des "Oiseaux de passage", des films comiques dans cet univers. Des comédies slapstick au schéma récurrent : un homme juste et solitaire (Akira Kobayashi) arrive à cheval dans une ville minière, et affronte un bandit (Jo Shishido). On voit Tatsuya Nakasai dans le rôle de James Egelfo, un bandit mexicain adepte de la machette dans Cinq gâchettes d'or (Oggi a me... Domani a te !, 1968) de Tonino Cervi, écrit par Dario Argento. Et Toshiro Mifune joue un samouraï chargé de retrouver un sabre volé face à Charles Bronson et Alain Delon dans Soleil Rouge (1971) de Terence Young. Il faudra attendre toutefois 2007 pour voir Sukiyaki Western Django, réalisé par le stakhanoviste Takashi Miike (qui peut signer jusqu'à cinq films de son nom en une année). Comme son nom l'indique (le "sukiyaki" est la version japonaise de la fondue aux légumes), le film est un prequel au film de Corbucci et un hommage appuyé au western-spaghetti (appelé "macaroni western" au Japon), et met en scène un tueur sans nom, le Gunslinger (joué par Hideaki Kito) pris dans une guerre entre deux clans, les Blancs et les Rouges. Un western gentiment délirant où l'on fend les balles au sabre, et où l'on croise le pistolero vétéran Piringo, joué par un ami de Miike, un certain Quentin Tarantino. Lequel, grand admirateur de western-spaghetti et de Corbucci (la scène de l'oreille de Reservoir Dogs cite Django), était destiné à tourner en 2012 Django Unchained - dans lequel Franco Nero aura une apparition. Tarantino donne aujourd'hui au héros encore un nouveau visage - celui de Jamie Foxx en esclave devenu chasseur de primes en quête de sa femme et de vengeance - dans un blockbuster à 100 millions de dollars. Loin des salles de quartier miteuses d'Italie, loin du vieux filone et de ses films fauchés tournés à la chaîne. Mais c'est déjà une autre histoire. A moins qu'il ne s'agisse toujours, au fond, de la même.
Sylvestre Picard

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