Que sont-ils devenus ? Bien sûr, on est content de retrouver Hal, Lois et leurs enfants. Mais Malcolm : rien n’a changé échoue totalement à retrouver l'esprit de l'original, se contentant d'un trip mélancolique suranné. Vous avez dit "Unfair" ?
Un grand sourire traverse notre visage lorsque se lance le générique de Malcolm : rien n’a changé. Le titre "Boss of Me" du groupe They Might Be Giants a été quelque peu remixé. Modernisé. Mais on est en terrain familier. Quel pied de retrouver Hal et Lois dans leur maison !
Il y a eu quelques travaux, bien sûr. Le canapé a changé. La cuisine aussi. Et eux ont évidemment vieilli. Le couple de parents moyens dépassés a laissé place à un duo de retraités hanté par son héritage, cette famille qu’ils ont pris tant de soin à construire au fil des galères et des crises. Alors, pour fêter leurs 40 ans de mariage, Lois veut marquer le coup. Elle tient à réunir tout le monde. Ses six enfants - elle était enceinte dans le dernier épisode, donc Kelly est née après le départ de Malcolm pour Harvard - sont priés d’être présents. Sauf que Malcolm ne compte pas venir. Depuis des années, il se tient méthodiquement à l’écart de sa famille, qu’il juge toxique. Et, visiblement, ça lui réussit...
Malcolm n’est pas devenu président des États-Unis - comme le souhaitait sa mère - mais il dirige une grosse entreprise philanthropique qui lutte contre le gaspillage alimentaire et tente d’apporter un peu de justice sociale dans la société américaine. Et les autres ? Chacun a suivi le chemin qui semblait lui être tracé dans les dernières saisons de la sitcom. Sans plus. Comme une fan fiction aurait pu l’écrire, ce revival reprend l’histoire exactement là où elle était censée être.
Et très vite, le sourire s’efface. On comprend que ce revival va plonger tête la première dans la mélancolie de ce qui a été. Lois rase les poils de son cher et tendre au beau milieu de la cuisine. Hal s'enfonce dans une introspection excessive et discute avec ses autres versions de lui-même. Dewey joue du piano. Francis cherche coûte que coûte à attirer l’attention de sa mère. Et Reese abuse de l’amour parental. Le show multiplie les coups de coude appuyés aux fans sans vraiment chercher à raconter quelque chose d’excitant. Rien n'a changé (de son affreux petit titre français) est même loin d’être une comédie réconfortante, comme peuvent chercher à l'être la plupart des sitcoms ressuscitées. Ce retour serait même plutôt dérangeant, recèlant une forme de tristesse inavouée. D'une certaine manière, cette suite 20 ans plus tard révèle la misère qui se cache (ou se cachait) derrière les farces tordues et les bêtises XXL de la fratrie. Comme une autopsie de la vacuité des sentiments propres aux sitcoms. Morose...et pas drôle du tout !
Bien sûr, il y a aussi de la nostalgie. Évidemment, on apprécie de retrouver ces personnages, et la production a réalisé un petit tour de force en faisant revenir tout le monde. Vraiment tout le monde. Trop de monde. Et voilà qu’apparaissent subitement tout un tas d'anciens visages issus des différentes saisons...
Trop lisse, trop convenu, ce revival "all-stars" échoue à retrouver l’esprit original qui faisait la folie de la série à l’époque. Le nouveau Malcolm tente de refaire exactement la même chose, en oubliant ses fondamentaux : ces retrouvailles prennent la forme d’un téléfilm de deux heures - découpé en quatre parties - qui nie le format épisodique, pourtant au cœur de l’ADN de la sitcom. Un format essentiel au rythme frénétique de ce jeu de massacre dopé au "rien à foutre". Le téléfilm répète ainsi ses gimmicks jusqu’à la nausée, culminant avec la fameuse soirée des 40 ans de mariage de Hal et Lois, qui vire à la dégoulinade émotionnelle la plus basique. La furie de la farce originale, son sens de l'humour cinglant, son inventivité permanente, cette manière de frapper toujours là où on ne l’attend pas, et au milieu la chronique d'une certaine Amérique oubliée... Tout cela a disparu pour laisser place à un pot-pourri mal digéré de ce qui faisait l’essence de Malcolm à une époque.
On finit par se dire que tout ce ramdam n’était qu’un prétexte pour relancer la marque. La fille de Malcolm (jouée par la lumineuse Keeley Karsten, l'une des rares bonnes surprises de ce revival) parle à la caméra, brise le quatrième mur - comme son père avant elle - pour raconter à quel point elle se sent en décalage avec ses camarades de lycée. Et soudain, ce retour prend des airs de pilote déguisé. Difficile de ne pas imaginer qu’un spin-off a traversé l’esprit des producteurs. On ne sait jamais, si ça cartonne… Et tant pis pour les vieux fans de Malcolm. Life is vraiment unfair.







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