Affiches Sorties de la semaine du 4 mars 2026
Walt Disney Company France/ Warner/ Tandem

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
JUMPERS ★★★☆☆

De Daniel Chong

L’essentiel

Porté par une énergie débridée et complètement cartoon, ce film d’animation avance avec une liberté qui le rend joyeusement imprévisible. Un excellent cru de Pixar à la sauce Tex Avery

Le film s’ouvre sur un prologue terrassant. Pendant quelques minutes, Pixar retrouve la pureté émotionnelle, la grâce et la puissance de ses grands classiques. Puis Jumpers va prendre une direction différente. Moins élégiaque et… plus zinzin. L’histoire - une jeune femme projetée dans le corps d’un castor, au cœur d’une forêt menacée par un projet urbain - navigue avec aisance entre des influences assumées. D’Avatar à Pompoko en passant par Vice Versa. Au plaisir manifeste à jouer avec le rythme, à bondir d’une idée à l’autre, à multiplier les ruptures de ton sans jamais s’excuser. Le studio se déleste ainsi (momentanément ?) de son obsession récente pour l’introspection (Elio…), au profit d’un cinéma plus direct et plus joueur. Conséquence : on sent un plaisir quasi physique de mise en scène, une volonté de pousser les curseurs de l’humour très loin, même lorsque l’intrigue effleure des thèmes plus sombres. C’est d’ailleurs la réserve : à force de courir vite, à force de multiplier les idées folles, Jumpers laisse parfois sur le bas-côté certains enjeux qui auraient mérité d’être creusés. Mais cela n’entame pas l’élan général.  Jumpers est un Pixar qui respire et qui ose s’amuser. Un Pixar à la Tex Avery que des classiques Disney . Un film qui bondit, trébuche parfois, mais se récupère toujours (avec humour).

Gaël Golhen

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PREMIÈRE A BEAUCOUP AIME

PILLION ★★★★☆

De Harry Lighton

Pour son premier long, Harry Lighton a choisi de raconter une histoire d’amour pas comme les autres entre un jeune homme choriste à capella à ses heures perdues et un motard, sorte de chevalier en armure de cuir venu le sauver de la monotonie de sa vie de Tanguy trentenaire. Une relation dans laquelle très vite un déséquilibre s’installe, matérialisé par l’injonction d’une dévotion ménagère, par un collier en forme de cadenas ou encore par des ébats sexuels façon prises de catch. C’est profondément malaisant, terriblement grisant.D’abord, grâce au casting : aux grands yeux innocents d’un Harry Melling longtemps associé à la frange grasse de l’horripilant cousin de Harry Potter, s’oppose le gigantisme d’un Alexander Skarsgård froid, implacable, vampirique à la True Blood. Mais si le film fait mouche, c’est parce que dans cette étude de la soumission délibérée, de la toxicité revendiquée, le cinéaste se passe de commentaire, se gardant bien d’apposer quelconque prisme moral sur la réalité parallèle de ces motards branchés domination.

Chloé Delos-Eray

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DEUX FEMMES ET QUELQUES HOMMES ★★★★☆

De Chloé Robichaud

Les flocons déferlent sur la comédie de Chloé Robichaud, par ailleurs née d’un effet boule de neige : un film – Deux femmes en or, sorti en 1970 – qui conduit l’auteure Catherine Léger à moderniser l’histoire en une pièce en 2023, qui inspire à son tour un film en 2026. Un cercle vertueux qui lave le scénario original des marqueurs de la deuxième vague féministe, pour mieux correspondre à notre époque. Fini la révolution, place au féminisme imparfait du quotidien. Chez Violette et Florence, deux voisines claquemurées chez elles, cette émancipation s’amorce par l’arrêt de l’allaitement chez l’une et des antidépresseurs chez l’autre. On y parle de sexe sans sexualiser, de monogamie sans édulcorer, de libertinage sans dramatiser. Le female gaze y prend ses quartiers, aussi bien dans la manière de filmer les corps que dans l’écriture des personnages masculins. Le duo Robichaud-Léger dynamite la comédie de mœurs par des dialogues affutés, un impeccable sens du rythme et une mise en scène tordante.

Lucie Chiquer

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THE CRUISE ★★★★☆

De Bennett Miller

Ce documentaire suit Timothy « Speed » Levitch, guide touristique new-yorkais, saisi en noir et blanc par un Bennett Miller débutant, quelques années avant Truman Capote, du Stratège et de Foxcatcher. Avec ses manières de dandy survitaminé, « Speed » a une manière très personnelle de faire découvrir la Grosse Pomme aux badauds. Avec lui, les virées en bus à impériale se transforment en performances artistiques. Entre deux de ses folles logorrhées, Miller nous fait entr’apercevoir des bribes de sa vie privée – où l’on comprend que derrière l’humour et la tchatche se dissimule pas mal de détresse. Pour conjurer l’angoisse, « Speed » a transformé son gagne-pain en une réflexion sur l’aliénation urbaine, un manifeste poétique et existentiel. La puissance du film est renforcée par sa découverte rétrospective : datant de 1998 mais inédit en France, The Cruise s’apprécie aussi aujourd’hui comme une fabuleuse plongée dans le New York pré-11 Septembre.

Frédéric Foubert

ALLAH N’EST PAS OBLIGE ★★★★☆

De Zaven Najjar

D’emblée, le ton est donné, comme un pacte. Ce film d’animation sur les tribulations d’un enfant-soldat, ne cherchera jamais à détourner le regard devant la violence la plus abrupte et cette idée d’une mort qui peut surgir à n’importe quel moment. Et c’est ce qui donne toute sa puissance au destin tragique de cet orphelin guinéen qui, se rendant au Libéria pour y retrouver une tante, croise la route d’un groupe de rebelles dont il va devenir un des bras armés. Allah n’est pas obligé met donc en scène une potentielle victime qui va se métamorphoser en bourreau et raconte cette perte de sens de l’humain en évitant toute facilité manichéenne. Car Zaven Najjar parvient à toujours garder intact un lien d’empathie avec ce gamin sommé de grandir trop vite. Et celui qui fut directeur artistique de La Sirène impressionne par l’inventivité visuelle dont il sait faire preuve pour ne pas se repaître de la violence sanglante mais traduire comment ce gamin la vit dans sa tête.

Thierry Cheze

 

PREMIÈRE A AIME

ALTER EGO ★★★☆☆

De Nicolas et Bruno

Le duo derrière Le Message à caractère informatif est enfin de retour avec une histoire aux frontières du réel : Alex (Laurent Lafitte) découvre que son nouveau voisin, Axel, est son sosie parfait… avec des cheveux. Sauf qu’il est le seul à remarquer la ressemblance. Ce double plus beau, plus sportif et plus cultivé va générer chez Alex une jalousie tutoyant la folie furieuse. Nicolas et Bruno renouent avec l’humour absurde qui a fait son succès, continuant d’ausculter les trajectoires d’individus écrasés par la compétitivité et le monde du travail. Mais Alter Ego, c’est également beaucoup de gags visuels tordants et l’implication du casting - Laurent Laffite en tête, exceptionnel dans cette incarnation de la dualité - autorisant à pousser les curseurs dans le rouge. Et le plus costaud, c’est que le film réussit à retomber sur ses pattes malgré son scénario frappadingue que Quentin Dupieux va forcément un peu jalouser.

François Léger

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THE BRIDE ! ★★★☆☆

De Maggie Gyllhenhaal

Pour son deuxième long métrage, Maggie Gyllenhaal a choisi de revisiter le classique de 1935 de James Whale, La Fiancée de Frankenstein, adapté de l’œuvre de Mary Shelley. On y suit Frank – la créature de Frankenstein –, rongé par la solitude qui se rend à Chicago pour demander au Dr Euphronious de lui créer une compagne. Ce à quoi la scientifique s’emploie en ressuscitant une femme assassinée avant que très vite, ce drôle de duo ne se retrouve poursuivi par toutes les polices du pays après que Frank a tué adeux hommes qui s’apprêtaient à violer sa femme dans une ruelle sombre.The Bride ! raconte donc la cavalcade d’un couple hors-la-loi dont Maggie Gyllenhaal traduit à l’écran tout à la fois la bizarrerie et l’alchimie grandissante par un maelstrom de bruit et de fureur qui évoque tout à la fois les comédies musicales de Fred Astaire et Ginger Rogers, Bonnie and Clyde, et Joker folie à deux !, avec lequel il partage une passion pour l’exubérance. Il y a quelque chose d’un puzzle aux pièces disparates dans ce manifeste punk féministe. Un terrain de jeu inépuisable pour ses deux interprètes principaux Jessie Buckley et Christian Bale qui prennent un plaisir fou à pousser les curseurs au maximum. Leurs interprétations électriques symbolisent le côté clivant du film qui en épuisera certainement beaucoup. Et le fait que de bout en bout, sur le fond comme dans la forme, dans The Bride !, tout est chaos !

Thierry Cheze

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RURAL ★★★☆☆

De Edouard Bergeon

C’est un visage et une faconde qu’on a découvert en 2024 lors d’une manifestation du monde agricole. Mais de Jérôme Bayle, éleveur de Haute-Garonne qui a repris la ferme familiale, au fond, on ne sait rien. Et Edouard Bergeon (Au nom de la Terre), lui- même fils d’agriculteurs a donc eu envie de le raconter en profondeur. Il l’a suivi au coeur des mouvements qu’il organise, de ses rencontres avec les politiques mais surtout dans son quotidien d’agriculteur, sa relation avec sa mère et une femme divorcée venue s’installer dans ce coin de France avec ses enfants à qui Bayle va transmettre sa passion. Mu par une empathie qui ne vire jamais à l’hagiographie, Bergeon réussit à aller au-delà d’une lecture idéologique pour privilégier l’humain. Et ce toujours à bonne distance, y compris dans les moments poignants où Bayle évoque le suicide de son père.

Thierry Cheze

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LA MAISON DES FEMMES ★★★☆☆

De David Michôd

De sa visite à La maison des femmes à Saint-Denis, créée en 2016 afin d’accueillir les femmes vulnérables et/ou victimes de violences, Mélisa Godet a puisé le sujet de son premier long.On y suit Diane, Manon, Inès, Awa et leurs collègues majoritairement féminines (campées par les excellentes Karin Viard, Oulaya Amamra, Eye Haidara, Laetitia Dosch…) se démener afin d’offrir à l’une une oreille attentive, à une autre des solutions pour lui permettre de retrouver sa féminité perdue depuis son excision subie enfant ou à une troisième une solution de logement pour l’éloigner des griffes de son mari tortionnaire. On y voit combien, au quotidien, le personnel de ce lieu indispensable se débat contre les méandres administratifs, les moyens financiers en quasi jachère alors que la violence faite aux femmes a été érigée grande cause nationale par Emmanuel Macron. Et si l’émotion est omniprésente, le film n’oublie pas de distiller en permanence quelques doses d’humour bien. Le meilleur moyen d’embarquer le spectateur jusqu’au bout.

Anne Lenoir

CHRISTY ★★★☆☆

De David Michôd

Christy débarque en France, plombé par son bide américain et toutes les polémiques autour de Sydney Sweeney qui, non contente d’incarner le rôle-titre, a co-produit ce projet. Mais il serait injuste de lire le film à cette seule aune et de ne pas saluer la qualité de son interprétation. Car si la présence de David Michôd, le réalisateur d’Animal kingdom est cohérente avec l’univers poisseux de Christy, ce film est d’abord et avant tout celui de Sydney Sweeney. Pour ce mélange subtil de puissance et de finesse avec lequel elle prend à bras le corps Christy Martin, pionnière de la boxe féminine, forcée à taire son homosexualité, vivant sous la coupe d’une relation de couple toxique avec son manager et qui prit plus de coups dans sa vie intime que sur les rings. Sweeney ne se sert pas de ce personnage comme d’une bande démo de ses capacités de comédienne. Elle l’a littéralement dans la peau et nous empêche de détourner lâchement le regard devant l’insoutenable.

Thierry Cheze

PEDALE RURALE ★★★☆☆

De Antoine Vazquez

Antoine Vazquez a grandi dans le Béarn et ses études d’anthropologie l’ont conduit à mener des recherches autour des vécus queer dans l’univers rural et à rencontrer Benoît, jeune agriculteur de Dordogne devenu le sujet central de son premier long. Avec comme fil rouge, l’organisation d’une Gay Pride dans son village, Vazquez évolue sans flancher sur une ligne de crète pas si simple à tenir. D’un côté le refus de tout récit victimaire, épousant la personnalité de Benoît - qu’on pourrait croire échappé d’un film de Guiraudie. De l’autre le récit d’une homophobie au quotidien qui passe aussi bien par des mots (un conseil municipal dont des membres sont gênés aux entournures par l’idée d’une Pride) que par des actes (saccage du matériel prévu pour la fête). A l’image de la relation ambivalente de Benoît au terme même de queer, Pédale rurale refuse de s’inscrire dans un quelconque cadre et sait distiller de l’humour sans verser dans le pittoresque.

Thierry Cheze

A FIDAIL FILM

De Kamal Aljafari

Un chant poétique, celui d’un oiseau ou d’une femme, habille les images d’archives qui racontent l’histoire de cette terre confisquée, mal menée et de ses habitants. En noir et blanc ou en couleur, les plans défilent, se mêlant aux sons des tambours de guerre. Des hommes et des femmes, alignés au milieu des soldats armés. Des enfants perdus dans les flammes et la misère. A Fidai Film nous plonge dans les méandres d’une guerre sans fin… Des images filmées par l’armée israélienne qui, en 1982, s’est emparée des archives de l'Organisation de Libération de la Palestine. Dans la poésie et la douleur, le réalisateur palestinien Kamal Aljafari entend réparer la mémoire de son pays. Et c’est réussi. Parfois les visages comme les chars sont grimés de rouge, perdus dans l’illustration du chaos. Du rouge qui met en scène l’effacement, une couleur acerbe pour gommer la vérité de la violence. A cette mémoire visuelle se greffent des images de fiction, tirées de films. Là aussi les visages des protagonistes sont peints de rouge car en dehors de la guerre, rien ne peut exister… Elle a tout emporté…

Lou Valette

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

FANTASTIQUE ★★☆☆☆

De Marjolijn Prins 

Os déboités, jointures disloquées, flexions dorsales : la préparation physique pour intégrer la tournée du cirque acrobatique Amoukanama tient de la promenade de santé pour Fanta, contorsionniste de 14 ans au corps aussi élastique que du chewing-gum. C’est en tout cas ce que laisse penser la façon dont elle se laisse manipuler dans tous les sens, sans broncher. Difficile d’en dire autant une fois les entraînements terminés : la jeune Guinéenne se plie difficilement en quatre pour subvenir aux besoins de sa mère malade, déchirée entre sa carrière de rêve et son devoir familial. Épuisée, elle l’est tout autant que ce documentaire qui s’acharne à se montrer à la hauteur de l’impressionnante discipline qu’il filme, sans tout à fait y parvenir. Fantastique aurait mérité de s’attarder davantage sur ce jeu de torsions et de courbures, gaspillé au profit d’une mise en scène engourdie. 

Lucie Chiquer

 

PREMIÈRE N’A PAS AIME

NINO DANS LA NUIT ★☆☆☆☆

De Laurent Micheli

Si l’on ne savait pas que Nino dans la nuit est un film contemporain, tout laisserait à croire qu’il est un petit film confidentiel de la fin des années 1990 : la lourdeur de sa voix off, une ambiance punk anachronique et sa volonté affichée de s’inscrire dans l’héritage du Trainspotting de Danny Boyle (1996) ou l’esthétique criarde de Gaspar Noé… Le problème est là puisque le film sort dans la France de 2026, cherchant à critiquer des problèmes sociaux toujours actuels avec des images d’un autre temps. Nino, lumpen prolétaire de 20 ans, galère à survivre avec sa copine et ses amies : problèmes avec le proprio d’un logement pourri, soirées sous substances qui finissent systématiquement mal… aucun avenir viable ne semble les attendre. Derrière ces gros signaux, on ne voit rien de cette horreur, à la tendance d’ailleurs binaire (les femmes se font violet et les hommes ramassent des coups). Le réel est un peu plus complexe.

Nicolas Moreno

 

Et aussi

ATHOS : Au cœur de la Patrouille de France, de Mathieu Giombini