Affiches Sorties de la semaine du 21 janvier 2026
Universal/ Paramount/ Gaumont

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
HAMNET ★★★★☆

De Chloe Zhao

L’essentiel

Chloe Zhao revient à ce cinéma sensoriel qui constitue son ADN avec cette variation sur la création du Hamlet de Shakespeare. Un film aussi beau que puissant sur le deuil, porté par une Jessie Buckley éblouissante. L’Oscar lui tend les bras

Chloe Zhao porte ici à l’écran le roman de Maggie O’Farrell. Une variation autour de la création d’Hamlet que l’autrice a imaginé inspirée par la mort de son fils Hamnet. Et son film épouse le livre. A mille lieux d’un biopic classique autour de Shakespeare, il développe une méditation poignante autour de la filiation, du deuil et de la manière dont l’art peut transfigurer la plus insoutenable des douleurs Hamnet repose sur une idée tragiquement implacable. Celle qu’à partir du moment où on donne la vie à quelqu’un, on se doit d’accepter qu’elle nous échappe. A chacun ensuite de faire avec la douleur. Ici, William se réfugiera dans la création et fuira tout ce qui au quotidien peut lui rappeler la vie d’avant. Celle des jours heureux. Sa femme Agnès, elle, assumera donc seule ce quotidien, les charges ménagères et mentales qui vont avec. Et on retrouve ce double mouvement dans l’interprétation de ceux choisis pour incarner ces personnages. Paul Mescal s’efface ainsi ici devant Jesse Buckley mais sans qu’il s’agisse d’un bras de fer. Jesse Buckley occupe simplement toute la place que ce scénario lui réserve et la transcende par cette façon d’être tout à la fois profondément terrienne et immensément spirituelle, sans même avoir à passer par le prisme des mots. On voit mal ce qui pourrait l’empêcher d’être récompensée de son premier Oscar dans quelques mois.

Thierry Cheze

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PREMIÈRE A BEAUCOUP AIME

IMPERIAL PRINCESS ★★★★☆

De Virgil Vernier

Retour à Monaco pour Virgil Vernier après Cent mille milliards (2024).  L’environnement clinquant est regardé (dilué ?) par le truchement d’une image à la pixélisation fragile. Tourné au smartphone en mode journal intime par son héroïne – Iulia, une jeune Russe esseulée –, le monde décrit s’emplit d’une mélancolie barricadée dans un espace où le luxe semble interdire l’épanouissement des sentiments. Iulia a vu ses très riches parents déserter à la hâte leur paradis de la côte d’Azur pour rejoindre leur mère patrie qui vient d’envahir l’Ukraine. Les voilà parias. Les comptes en banque semblent gelés, le yacht file se planquer à Dubaï… Iulia croit encore à son conte de fée monégasque sans qu’on puisse comprendre ce qui la retient dans ce monde en trompe-l’œil où les liens sociaux sont aussi fugaces qu’un bolide un jour de Grand Prix. Vernier ausculte de film en film cette jeunesse qu’on dit dorée. Et, refusant les artifices de la fiction pour une vérité quasi nue, il capture un indicible mystère. Miraculeux.

Thomas Baurez

 

PREMIÈRE A AIME

LE RETOUR DU PROJECTIONNISTE ★★★☆☆

De Orkhan Aghazadeh

Ce documentaire nous entraîne au cœur d’un village reculé des montagnes Talyches, quelque part entre l’Iran et l’Azerbaïdjan. Et plus précisément dans les pas d’un réparateur de télévision octogénaire qui rêve de pouvoir remettre en route le vieux projecteur soviétique qu’il possède pour réunir tous les habitants de ce hameau devant un grand écran. Sa quête – à laquelle va s’adjoindre un jeune cinéphile… et très vite quasiment tous les villageois – donne naissance à ce film malicieux et émouvant, sorte de pendant documentaire du Cinema Paradiso de Tornatore. Avec ce même désir chevillé au coeur de célébrer le septième art et surtout l’impact que peut avoir le cinéma sur les vies de chacun, cinéphile pointu comme profane absolu. Le tout en 80 minutes menées sans temps mort et fourmillant tant d’idées et de rebondissements qu’on se croit régulièrement au cœur d’une fiction, imaginée par la crème des scénaristes.

Thierry Cheze

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AMOUR APOCALYPSE ★★★☆☆

De Anne Emond

Comment réussir à faire rire à partir de l’éco- anxiété ? Comment développer une comédie sur fond de notre planète qui brûle ? Tel est le pari ambitieux auquel s’est attelé Anne Emont (Jeune Juliette), elle- même sujette à la chose avec ce long métrage, Grand Prix du festival romantique de Cabourg. L’éco- phobique en question s’appelle Adam. A 45 ans, ce propriétaire d’un chenil ne se doute pas qu’en commandant une lampe de luminothérapie pour apaiser son mal- être, toute son existence va s’en retrouver bouleversée quand il contacte la ligne de service technique dudit produit en la croyant centre de soutien psychologique. Débute alors une relation singulière avec son interlocutrice qu’une série de rebondissements va finir par rapprocher physiquement au fil d’une échappée azimutée peuplée de personnages plus secoués les uns que les autres mais sans que le burlesque n’abime le romantisme et le désir qui traverse aussi le récit de part en part. Un patchwork irrésistible.

Thierry Cheze

CHRISTY AND HIS BROTHER ★★★☆☆

De Brendan Canty

Ce serait mentir que de prétendre que Christy and his brother n’ait pas un furieux air de déjà vu et que l’ombre de tout un pan du cinéma social britannique – de Ken Loach à l’excellent Scrapper – plane sur ce premier long irlandais, primé à Berlin. Mais ça ne dégrade en rien la qualité d’un film très finement écrit dans ce qu’il montre et ce qu’il cache au fil de l’histoire de Christy, ado de 17 ans qui, expulsé de sa famille d’accueil, débarque chez son demi- frère, tout juste papa, qu’il connaît peu. Alors que la menace d’un placement dans une nouvelle famille rode, on va suivre Christy tentant de se resocialiser en se créant une bande d’amis dans ce quartier populaire de Cork et renouer avec la famille de sa mère disparue, dont on comprend qu’elle a dû faire des choses pendables mais sans que cela soit explicité. Humanité et dignité règnent en maître dans ce beau film sur la réconciliation avec soi- même et les autres qui ne va jamais là où on l’attend.

Thierry Cheze

GRAND CIEL ★★★☆☆

De Akihiro Hata

Après deux courts Akihiro Hata poursuit son exploration du monde du travail avec son premier long autour d’une équipe de nuit du chantier d’un nouveau éco- quartier futuriste. Et se concentre sur l’affrontement entre deux ouvriers ; l’un expérimenté (Samir Guesmi) très à cheval sur les questions de sécurité, négligées par leur employeur, l’autre nouveau venu (Damien Bonnard) moins regardant car étranglé financièrement. Jusqu’au jour où l’un de leurs collègues disparaît. A-t-il démissionné ou est- il mort accidentellement avant qu’on fasse disparaître son corps ? Ce questionnement opère la mutation de Grand ciel de la chronique sociale au fantastique en faisant de ce chantier aux grondements anxiogènes un personnage à part entière, sorte d’ogre avalant ces forçats du travail. Le minutieux travail à la lumière de David Chizallet (Mustang) participe à ce climat de tension angoissante symbolisant la manière dont la précarité conduit à la disparition d’identité des plus faibles. Captivant et troublant.

Thierry Cheze

OLIVIA ★★★☆☆

De Irene Iborra Rizo

Dans ce film espagnol gentillet en apparence, il n’y a de léger que le stop motion. Carré court et lunettes rondes, petite Olivia observe sa réalité se fracturer le jour où la précarité frappe à sa porte. Contrainte de déménager dans un quartier défavorisé, avec une maman dépressive et un petit frère apeuré, elle tente de leur redonner du baume au cœur tout en gérant ses propres crises d'angoisse. Ni édulcorée, ni exagérée, cette réalité nous est racontée à travers le regard innocent de la fillette qui l’endure. Mais toute l’ingéniosité d’Olivia réside dans l’utilisation de cette technique d’animation en marionnettes, qui permet d’assimiler en douceur la dureté des thématiques abordées. Si le récit ne se sépare pas pour autant de l’habituelle promotion de l'entraide et de la force de l’imagination, il les transfère dans un drame à hauteur d’enfants intimement politique et éducatif.

Lucie Chiquer

 

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

PRIMATE ★★☆☆☆

De Johannes Roberts

Ah, le film de singe tueur ! Une glorieuse tradition, qui a connu une forme d’apogée dans les années 80 (Incidents de parcours de Romero, Link de Richard Franklin…), et a peut-être bien été revitalisée récemment par Nope. Johannes Roberts, qui jusqu’ici avait plutôt donné dans les requins (47 Meters Down), s’y colle avec Primate. L’histoire d’une bande de jeunes passant une soirée dans une maison isolée, et qui vont se retrouver à la merci d’un singe enragé. Seul refuge : la piscine, le primate étant effrayé par l’eau. Le concept de ce huis- clos minimaliste est séduisant sur le papier, mais on voit trop les contorsions des scénaristes pour étirer artificiellement l’argument- ticket de métro. L’aspect ultra- générique et impersonnel des personnages n’aide pas. C’est dommage, car la créature est convaincante et quelques-uns de ses déchainements de sauvagerie, vraiment mémorables. Primate est marrant mais un peu primaire.

Frédéric Foubert

UNE PAGE APRES L’AUTRE ★★☆☆☆

De Nick Cheuk

Depuis une poignée d’années, la Corée du Sud doit faire face à une recrudescence inquiétante de suicides dans ses établissements scolaires. C’est la thématique dont s’empare ici Nick Cheuk, inspiré par l’histoire vécue par un de ses amis. On y suit un prof qui, découvrant une lettre d’un de ses élèves expliquant qu’il va passer à l’acte, va tout faire pour retrouver l’auteur de cette missive qui le renvoie à ce qu’il a lui- même vécu dans son enfance. Mais, peut- être trop concerné par le sujet, Cheuk échoue à trouver le bon ton et la bonne distance. Après une entame accrocheuse, le processus de flashback- flashforward se révèle trop mécanique et le mélo flirte trop allègrement avec le pathos (la musique trop présente et signifiante, en tête) pour ne pas basculer plus souvent qu’à son tour dans le tire- larmes. Une preuve de plus que les meilleures intentions du monde ne suffisent pas à faire un bon film.

Thierry Cheze

 

PREMIÈRE N’A PAS AIME

LE MAGE DU KREMLIN ★☆☆☆☆

De Olivier Assayas

Sonder les mystères de l’âme russe avec des stars internationales parlant anglais ? C’était déjà l’une des erreurs du récent Limonov, la ballade de Serebrennikov. Ce paradoxe est de nouveau au cœur du Mage du Kremlin, adaptation par Olivier Assayas du livre de Giuliano da Empoli racontant la lente consolidation de l’autoritarisme poutinien. Jude Law a beau être plutôt bon dans le rôle de Poutine, on ne peut pas s’empêcher de penser que tout ça sonne faux. Il faut dire aussi que le ton très monocorde qu’emploie Paul Dano (le « mage » du titre, éminence grise du Kremlin), dans la longue confession qui sert de fil rouge au film, n’aide franchement pas celui-ci à décoller. Le Mage du Kremlin est une succession de scènes didactiques et bavardes, entrecoupées de cartons indiquant scolairement quel événement historique va être abordé lors des vingt minutes suivantes (et parsemées d’aphorismes sur la Russie et le pouvoir, tous énoncés d’un ton pénétré. Une déception.

Frédéric Foubert

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DIAMANTI ★☆☆☆☆

De Ferzan Özpetek

Gros succès en Italie avec plus de deux millions d’entrées, cette nouvelle comédie dramatique de Ferzan Özpetek (Pour toujours…) rafle des prix du public un peu partout. Et de fait, ce mélodrame leur est servi sur un plateau d’argent avec ses stars maisons, sa flamboyance ornementale, ses intentions soulignées au Stabilo rose fluo et sa prédisposition à l’effusion permanente des sentiments… L’émotion passe constamment en force à coup d’effets de mise en scène aussi balourds qu’une meringue-supplément chantilly (La musique pitié !) Özpetek dans son propre rôle joue ici un cinéaste qui réunit ses actrices pour leur parler d’un film censé célébrer les femmes. Nous voici soudain plongé dans l’Italie des seventies au sein d’un atelier de haute couture spécialisé dans le cinéma. Ce lieu devient le théâtre de petites intrigues plus ou moins intimes qui vanteraient les mérites de la sororité : « On est comme des fourmis, on dirait qu’on ne compte pour rien mais … toutes ensemble… » Voilà pour le message. Mais à défaut de sortir les personnages du moule dans lesquels ils sont façonnés, chaque protagoniste porte en bandoulière son stéréotype : la rebelle, la soumise, la passionnée… On sort de ce sous-Almodovar lessivé par tant de portes ouvertes. Grosse fatigue.

Thomas Baurez

 

TAFITI ★☆☆☆☆

De Nina Wels

En pleine savane, Tafiti le suricate croise la route de Mèchefol, un cochon simplet légèrement casse-pieds dont il ne parvient pas à se défaire. Si cette dynamique semble familière, ce n’est pas un hasard : le film ne prend même pas la peine de camoufler son calque flagrant du Roi Lion. Pour autant, cette copie conforme de Timon et Pumba, à l’animation visuellement discutable, n’arrive pas à la cheville du duo originel. Le suricate, profondément moqueur et aigri chez Disney, manque ici de mordant. Le cochon, pourtant faussement stupide dans le dessin animé culte, respire la niaiserie. Deux personnages rarement drôles qui partent à la recherche d’un remède pour soigner le grand-père mourant de Tafiti, dans une quête mollement épique. Hyènes affamées, poisson géant et serpents venimeux : aucun de ces prédateurs menaçants ne parvient à galvaniser ce film qui, in fine, nous arrache un long bâillement.

Lucie Chiquer

 

Et aussi

En route !, programme de courts métrages

Jane Goodall : une vie extraordinaire, de David Lickley

Ludovic, de René Letzgus  

La reprise

La Voie normale, de Erige Sehiri

 

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