Affiches Sorties de la semaine du 6 mai 2026
Zinc-Memento/Dulac Distribution/ SND

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
C’EST QUOI L’AMOUR ? ★★★☆☆

De Fabien Gorgeart

L’essentiel

Récompensé du Grand Prix du festival de l’Alpe d’Huez 2026, Fabien Gorgeart continue à explorer la question qui traverse tous ses films – comment faire famille ? – en sachant y distiller un humour savoureux, porté par une bande d’acteurs irrésistibles

Comment faire famille ? Cette question qui traverse le cinéma de Fabien Gorgeart se retrouve dans son troisième long qui s'appuie sur une situation de départ inattendue : Fred va demander à son ex-femme Marguerite, des années après leur séparation, d'obtenir la nullité de leur mariage à l'Eglise. Sa nouvelle compagne, Chloé, catholique fervente veut se marier devant Dieu et pour cela, il a besoin de cette précieuse annulation. Jamais Gorgeart n’avait jamais poussé aussi loin le curseur de la comédie mais là où son film touche juste, c’est dans sa manière de s'aventurer sur le terrain de l'intime, cette enquête sur leur passé faisant ressurgir chez les vieux amants des sentiments qu’ils croyaient éteints depuis longtemps. Aussi pertinent dans sa description des adultes que des ados, C’est quoi l’amour se vit comme une valse générationnelle irrésistible, par un casting sans faute - le trio Laure Calamy- Vincent Macaigne- Mélanie Thierry en tête.

Thierry Cheze

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PREMIÈRE A BEAUCOUP AIME

ETTY ★★★★☆

De Hagai Levi

Si tout part du récit d'Etty Hillesum qui se déroule à Amsterdam, en 1941, en pleine occupation nazie, la série de Hagai Levi nous transporte à Amsterdam aujourd'hui - ou presque. Les voitures sont contemporaines, les visages aussi. Rien n'indique vraiment le passé, sinon ce qui est en train de se produire. Etty commence donc dans ce décalage instable, où il ne s'agit plus de reconstituer le passé mais de le laisser contaminer le présent : l'Histoire ne revient pas, elle s'infiltre, et la série avance comme une dystopie sans signal, un monde à peine déplacé, juste assez en tout cas pour devenir inquiétant. Au centre de ses 6 épisodes, Etty Hillesum, 27 ans, étudiante instable, inquiète, qui entame une thérapie et commence à tenir un journal. Elle va vivre l’oppression mais en étant une héroïne de l'endurance intérieure, de la lucidité et surtout du refus de la haine. Levi filme une transformation plus qu'un destin, en s'appuyant sur un dispositif minimal, tendu, où chaque scène semble pouvoir basculer. Et Julia Windischbauer porte la série de bout en bout avec une intensité stupéfiante

Gaël Golhen

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PREMIÈRE A AIME

SAUVONS LES MEUBLES ★★★☆☆

De Catherine Cosme

Tout démarre par coup de fil. Celui par lequel Lucile, photographe, apprend que sa mère est gravement malade et qu’elle serait bien inspirée de quitter Paris au plus vite pour rejoindre la maison de son enfance, son père et son frère et accompagner ses derniers jours. Sauvons les meubles va dès lors raconter cette dernière ligne droite dont l’issue fatale ne fait aucun doute mais où tout ce qui avait été mis sous le tapis depuis des années va ressurgir, comme on solde d’ultimes comptes. De cette tragédie intime et économique sur fond de fin de vie, naît un film sensible, jamais glauque où l’humour affleure en permanence. La mise en scène discrète est entièrement au service de son scénario et de ses comédiens, tous impeccables. Avec comme figure de proue Vimala Pons. La manière dont, physiquement, par petites touches parfois à peine perceptibles, elle incarne ce personnage tentant de résister au tourbillon émotionnel prêt à chaque instant à la submerger force l’admiration.

Thierry Cheze

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THE WORLD OF LOVE ★★★☆☆

De Ga Eun Yoon

C’est l’histoire de Joo-in, une adolescente solaire, dont on perçoit qu’ici et là le quotidien n’est pas si rose. Mais qui, dans son lycée, rayonne, élève aussi studieuse qu’espiègle aimée de tous. Jusqu’au jour où un de ses camarades lance une pétition contre la réinstallation d'un délinquant sexuel dans le quartier. Le texte, décrivant les victimes comme des êtres aux vies irréparablement brisées, reçoit les signatures de tous les élèves. Tous sauf une. Celle de Joo-in assez vite mise en demeure d’expliquer pourquoi elle ne souscrit pas à ces mots. Et là, elle révèle le viol qu’elle a elle-même subi enfant – avant de paniquer et de tenter de prétendre qu’il s’agissait d’une blague. Mais le ver est dans le fruit et ses camarades vont dès lors l’ostraciser et même la harceler. Ga Eun Yoon signe ici un film d’une grande audace sur un sujet dont la complexité pousse spontanément à un ton plus consensuel. Un film passionnant par l’inconfort qu’il suscite

Thierry Cheze

THE NEW WEST ★★★☆☆

De Kate Beecroft

C’est le genre de film dont on se demande en le découvrant si on n’aurait pas mieux fait d’en lire le mode d’emploi avant d’entrer dans la salle. A priori, The New West est un documentaire sur une communauté de dompteuses de chevaux sauvages du Dakota du Sud, dirigée par la très cool matriarche Tabatha Zimiga, et peuplée d’ados rebelles, tous experts en rodéo. Mais l’arrivée de Scoot McNairy, second rôle familier du cinéma US, dans le rôle d’un riche éleveur qui veut racheter le ranch de Tabatha, brouille les pistes : est-ce un docu ou une fiction ? Un peu des deux, en fait. La réalisatrice Kate Beecroft, après avoir rencontré par hasard Tabatha et les membres de son clan, leur a appris à jouer la comédie pour qu’ils réinterprètent devant sa caméra des scènes de leur vie. Dans la lignée du déjà très beau Cœur battant de Roberto Minervini, The New West passionne autant pour ce qu’on voit à l’écran que pour les trésors d’ingéniosité et de sensibilité qu’il a dû falloir déployer en coulisses pour le rendre possible.

Frédéric Foubert

L’ENTENTE-LA FACE CACHEE D’ALEXANDRIE ★★★☆☆

De Mohamed Rashad

Sous-titré « la face cachée d’Alexandrie », ce drame nous plonge dans un monde poussiéreux en périphérie du monde des « vivants ». On ne peut pas à proprement parler ici de post-apocalypse mais c’est tout comme. Les immeubles, les routes, les véhicules semblent dépeuplés… Il y a pourtant Hossam, 23 ans et son petit frère d’une dizaine d’années qui marchent vers l’usine du coin pour y reproduire les mêmes gestes que leur père tué à la tâche. Du moins le croit-on. Car arrivés au milieu des machines sans âge aux rouages menaçants nos deux héros vont peu à peu comprendre que la mort de leur géniteur pourrait ne pas avoir été accidentelle. Outre le suspense autour duquel tient ce récit âpre et tortueux, c’est l’exploration d’un monde secret, « cette face cachée » qui fascine. La drogue et les armes y circulent, l’humanité cherche sa place. Le cinéaste Mohamed Rashad dessine en creux une société égyptienne malade d’elle-même. Puissant.

Thomas Baurez

COLLAPSE (FACE A GAZA) ★★★☆☆

De Anat Even

Comment filmer Gaza quand on n’a pas l’autorisation de passer la frontière ? Anat Even, qui a vécu dans le kibboutz Nir Oz bien avant qu’il ne soit décimé par les attaques terroristes, y répond avec son film saisissant mais nuancé réalisé au gré de nombreux voyages sensés l’aider à donner un sens à l’indicible. A défaut de pouvoir récolter des images, elle donne à entendre le bruit de la guerre. Elle montre le contraste forcément hallucinant entre le quotidien qui tente plus ou moins maladroitement de reprendre ses droits sur un territoire marqué à jamais par le 7 octobre 2023 et ces bombes que l’on entend régulièrement se fracasser contre la vie palestinienne, si loin et si proche à la fois. Un récit qu’elle a judicieusement choisi de parsemer de dialogues épistolaires avec Ariel Cypel, son ami et collaborateur régulier qui, vivant en France, à un avis plus distant et surtout plus critique vis-à-vis de la société israélienne qu’elle.

Anne Lenoir

 

DO YOU LOVE ME ★★★☆☆

De Lana Daher

Des voitures, des hommes, des armes et une terre ensanglantée. Entre images d’archives et de fiction, Do you love me raconte l’histoire d’une terre consumée par la violence, le Liban. Des chevaux abattus en pleine rue, Catherine Deneuve en visite dans une voiture, des mariages au milieu des débris : It’s now 2020 And the country is fucked. Malgré les générations de femmes qui défilent à l’écran, ce sont les mêmes mots qui résonnent à la radio, la même guerre qui continue d’embraser le pays. Les oiseaux dans le ciel échappent à la misère, mais le peuple libanais, les pieds sur terre, avance entre les bombes. Juste un montage, sans voix off, pour raconter à travers des images éparses, la guerre et ses traumatismes. A travers ses différents témoignages, le film ne cherche pas à capter LA vérité de la guerre, mais les vérités de tous. Le documentaire de Lana Daher rassemble la mémoire de tout un peuple sacrifié, à la souffrance aiguë, et interroge le Monde : quelle place pour le Liban ?  

Lou Valette

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

THE CRIMINALS ★★☆☆☆

De David Mackenzie

The Criminals part d'une idée en béton armé : à Londres, un engin explosif de la Seconde Guerre mondiale est mis au jour sur un chantier. Évacuation massive. Coupure générale de courant. Et pendant que les démineurs transpirent sur leur ogive rouillée, un gang s'engouffre dans la zone pour percer le mur d'une chambre forte. Il faut tout une certaine audace pour construire un thriller entier sur une coïncidence aussi improbable - et un savoir-faire suffisant pour que ça tienne à peu près debout. David Mackenzie, réalisateur de Comancheria, a les deux. Montage alterné entre la délicatesse du déminage et la brutalité des foreuses, découpage sec, bande-son qui pulse. Le premier acte installe le dispositif avec efficacité, mais les coutures du scénario se voient assez vite. C'est dans le troisième acte que les choses se compliquent vraiment. Les doubles et triples trahisons s'accumulent jusqu'à l'overdose, le récit s'aventure hors de Londres pour des latitudes plus exotiques, et la mécanique narrative grince sérieusement. Reste un polar ouvragé avec soin qui se regarde sans déplaisir.

Gaël Golhen

MI AMOR ★★☆☆☆

De Guillaume Nicloux

Il y a un côté Steven Soderbergh chez Guillaume Nicloux. L’homme shoote plus vite que son ombre, se balade à différents étages de l’industrie, entre films « de prestige », pochades entre amis, et séries B mêlant archétypes du noir et embardées expérimentales. Mi Amor appartient à la dernière catégorie. Pom Klementieff y joue Romy, une DJ venue mixer dans un club des îles Canaries. Mais la copine qui l’accompagnait disparait mystérieusement, et Romy doit mener l’enquête. Elle va croiser un patron de boîte au passé trouble (Benoît Magimel), les membres d’une secte millénariste, des mafieux, des crocodiles… Nicloux musarde dans un labyrinthe aux couleurs fluos et irréelles et parvient, par instants, à fabriquer un thriller purement musical, où l’image serait le support de la B.O., plutôt que l’inverse. Mais cet art de l’hypnose est malheureusement plombé par le caractère vraiment trop rachitique, presque j’m’en-foutiste, de l’intrigue.

Frédéric Foubert

CINQUE SECONDI ★★☆☆☆

De Paolo Virzi

Cinque secondi commence par une opposition. Un homme bourru et reclus dans sa maison d’un côté, une communauté de jeunes solaires et rieurs dans les vignes en face de chez lui de l’autre. Deux générations, deux rapports différents à la vie, à ce qu’on peut attendre d’elle. Le film ne tendra ensuite que vers une dissolution de cette friction : chacun apprend à connaître l’autre, les flashbacks et développements solitaires expliquent tout comportement un brin pessimiste. Il va ainsi d’Adriano surtout, ce cinquantenaire quasi dépressif dont on apprend peu à peu qu’il est avocat de formation et accusé dans un drame familial. La mise en scène de Virzì cherche absolument la clarté, mais en voulant à ce prix rendre l’autre compréhensible, pardonnable, le cinéaste empêche l’advenue d’un trouble, l’existence même du mal. Il reste alors cette impression de voir deux films en même temps, qui auraient en réalité peu de choses à se raconter.

Nicolas Moreno

COSMOS ★★☆☆☆

De Germinal Roaux

Dans une autre vie, Leon, humble paysan sur le point de perdre sa maison dans la campagne mexicaine, et Lena, une femme riche mais mourante, ne se seraient jamais adressé un regard. Dans celle-ci, un lien unique se tisse entre eux lorsqu’il retrouve le chien qu’elle a perdu. Avant ça, animé par un élan contemplatif, Germinal Roaux teste notre patience. Il faudra attendre une longue heure avant que les deux personnages ne se rencontrent. Lorsque le cinéaste se décide enfin à nous sortir de cet état léthargique, on apprend que leur temps partagé sera écourté. Soudain, ce noir et blanc vertigineux nous ramène à notre propre mortalité. Mais le reste de la mise en scène, faussement modeste, questionne : pourquoi agrémenter cette douce fable d’une lenteur excessive, de plans figés et d’une voix off ésotérique ? De cette performance de style, le récit égare sans trop le vouloir un peu de son humanité.

Lucie Chiquer

MON GRAND FRERE ET MOI ★★☆☆☆

De Ryôta Nakano

Ryôta Nakano aime décidément les histoires de famille et des malaises et malentendus qui peuvent y régner. Quatre ans après la réussite du très original La Famille Asada, il met ici en scène une femme Riko dont la relation complexe avec son frère aîné, se poursuit même après la mort de ce dernier qui lui laisse en héritage une pile de factures impayées et plus encore de souvenirs embarrassants. Mais là où La Famille Asada parvenait à créer un climat de surprise permanente, Mon grand frère et moi apparaît un peu plus lisible quant à la finalité de l’arc du récit qu’il propose : la réconciliation post-mortem d’une sœur et d’un frère qui avaient plus en commun que ce que la première a toujours cru. Cela n’empêche pas l’émotion de poindre joliment ici et là, notamment dans la relation de Riko avec son ex belle-sœur mais la longueur de l’ensemble (2h08) finit par jouer contre le film.

Thierry Cheze

PLANETE SANSEVERINO ★★☆☆☆

De Mathilde Mignon et Philippe Grnogorac

Planète Sanseverino s’invite dans les coulisses de la création musicale et laisse entendre la voix des instruments. Un documentaire qui narre l’histoire d’un chanteur et de ses compagnons de route. Un à un, les cordes, les cuivres, font voir leur personnalité alambiquée. A travers le tumulte de la symphonie, le film raconte tout un univers, celui d’un interprète, Stéphane Sanseverino. Un montage aux allures très classiques pour un musicien qui s’est construit en marge. Mais, de temps à autre, le long-métrage se révèle plus rebelle, à l’image de son sujet. Les notes et la personnalité singulière du chanteur brisent sa forme trop lisse. Le documentaire réussit aussi à capturer des moments de silence du quotidien où poésie et mélodie se rejoignent. Après les répétitions, les doutes et les arrangements, finalement, le film laisse ses spectateurs lorsque le concert débute, là où la création s’arrête.

Lou Valette

 

RESSACS, UNE HISTOIRE TOUAREGUE ★★☆☆☆

De Ingarist El Ansari

Les traits marqués par le soleil, des turbans colorés recouvrant leur tête et le sable comme seule maison. De frontières en frontières, les Touaregs, peuple du désert, sans terre, continuent leur quête d’identité et de reconnaissance... Ressacs raconte l’histoire des réfugiés rouges : les Touaregs, expulsés de leur territoire. La poésie des images et des portraits sans artifices qui défilent montre la douleur d’un peuple nomade. Malgré la sincérité des témoignages, les récits trop nombreux confondent le spectateur et le perdent un peu. Le documentaire d’Intagrist el Ansari propose une plongée dans un quotidien aride, le sien et celui de sa famille. Comme une tragédie, le film avance en rassemblant les mémoires de ses habitants du désert, qui revivent aujourd’hui les mêmes conflits. Le long-métrage débute par une image de l’enfance, trente ans plus tard, rien n’a bougé : les Touaregs poursuivent leur exil... A travers ce film, le réalisateur livre un témoignage poignant mais qui peine à tenir la distance sur 2 heures.

Lou Valette

Et aussi

Billie Eilish-Hit me hard and soft tour, de James Cameron

Flana, de Zahraa Ghandour

Mortal Kombat II, de Simon McQuoid

Pour le plaisir, de Reem Kherici

Yvon, de Marie Tavernier

La reprise

Remparts d’argile, de Jean-Louis Bertuccelli