X-Men Le Commencement
20th Century Fox

Le super-film de Matthew Vaughn revient ce soir sur C8.

Critique publiée en juin 2011, à la sortie de X-Men : Le Commencement, un blockbuster intelligent qui joue la carte de la fidélité tout en se déplaçant dans les sixties. Une claque de First Class.
Par Sylvestre Picard

Les X-Men dans les années 60. Voilà le concept du film, et c'était bien suffisant pour exciter le spectateur potentiel. On avait enfin une bonne raison d'attendre quelque chose d'un film de super-héros. Et le spectacle est total : blockbuster intelligent mélangeant James Bond et les super-pouvoirs, le nouveau X-Men voyage en first claque.Si le contexte historique va finalement chercher moins loin qu'on était en droit d'espérer (on est loin d’Alan Moore et on pense plutôt aux X-Men 80’s période Chris Claremont, avec ses amourettes et son discours légèrement de gauche), il donne au film un style dont les précédents opus manquaient cruellement. Oubliée la photo glacée et les costumes en plastique. Ici, place aux sous-marins dissimulés dans des yachts, aux clubs libertins à Las Vegas, à la chasse aux communistes, à des effets psychédéliques, à JFK et la crise des missiles de Cuba, à de bons vieux généraux russes qui veulent faire péter la planète. En un mot : supercool !

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L'autre grosse surprise du film, c'est que Matthew Vaughn sait diriger des acteurs, et le duo Michael Fassbender / James McAvoy emporte tout sur son passage. D'un côté, il y a Magnéto (Fassbender), obsédé par la traque vengeresse de son tortionnaire nazi (et qui enchaîne les scènes cultes : le banquier suisse, l'attaque de la datcha, l'assaut du yacht, etc). De l'autre, le Professeur Xavier (McAvoy), qui assure le côté fringant et dragueur, toujours positif mais engagé dans une relation trouble avec Mystique. Et, évidemment, le bad guy : Kevin Bacon est un vilain super, mais toutefois un peu sur la retenue. Peur du cabotinage ? Alors que Bacon nous avouera s'être inspiré de Ted Turner, Donald Trump et Hugh Hefner pour composer son personnage ? Quoiqu'il arrive, il reste délicieusement sixties et vicieux. Certains se plaindront que les autres personnages soient un peu sacrifiés (surtout Azazel, ultra prometteur mais terriblement discret) et les effets spéciaux hésitants. On rétorquera que le film a pâti d'une durée de production terriblement courte - Matthew Vaughn, le réalisateur, a pris les rênes de X-Men : Le Commencement en mai 2010... Alors que Thor, le précédent film Marvel sorti il y a un mois (et que Vaughn a failli réaliser) était déjà en post-production !

Un an pour tout boucler : on comprend mieux ces rares défauts. Qui s'expliquent aussi (et surtout) parce que le film prend finalement le parti d'une surenchère constante : l’action s’enchaîne à tel point que le temps passe aussi rapidement que devant une BD feuilletée avec la frénésie du dépucelage. Il provoque le sentiment de lire des vieux numéros de Strange le nez dans la moquette avec le regard écarquillé que l’on avait en découvrant les super-héros pour la première fois (la baston finale semble échappée des cases de Marc Silvestri).C'est peut-être la vraie force du film : réussir le grand écart entre blockbuster mainstream et intelligence pop (de l'action, une véritable intrigue) sans jamais faire de concession fatale. Car in fine, Vaughn s'adresse au cerveau reptilien des trentenaires geeks, biberonnés aux super-héros à l'âge bête . N'oublions pas que, de tous les films de la saga X-Men, le plus rentable au box-office fut X-Men 3, sans saveur et tellement consensuel (que Vaughn a aussi failli réaliser, décidément). Tout l'inverse de ce Commencement. L'avenir dira si le risque de la qualité et de la cohérence peut payer. Mais le résultat est là : c'est - de très loin, n'ayons pas peur d'être subjectif - le meilleur film de la franchise, et, avec Watchmen, la concrétisation d'une certaine idée de comic book movie choral ultime. Un défi à relever pour Joss Whedon et ses Avengers en 2012.

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