Peter Jackson : "J’ai ramené les caméras en Terre du Milieu pour filmer une histoire différente"

Le Hobbit 1

Le Hobbit : Un voyage inattendu reviendra dimanche soir sur France 2.

Mise à jour du 20 octobre 2017 : France 2 se lance dans la diffusion de la trilogie du Hobbit. Durant les trois dimanches qui viennent, la chaîne proposera un épisode de la saga de Peter Jackson à partir de 20h55. Elle commence évidemment par le premier volet, Un Voyage inattendu, sorti en décembre 2012. A l'époque, Première avait rencontré toute l'équipe pour parler de cet ambitieux projets. Nous republions ces interviews jusqu'à la diffusion du film. Démarrons par celle du réalisateur.

Interview du 12 décembre 2012 : Le Hobbit : Un voyage inattendu (3D) est sorti aujourd’hui 12 décembre en salles françaises. Le monde entier attend le retour de Peter Jackson dans le monde du Seigneur des Anneaux, onze ans après la sortie de La Communauté de l’anneau : les fans de Tolkien pour la Terre du Milieu, les technophiles hardcore pour la révolution promise par le format HFR, enfin les amateurs de cinoche à grand spectacle pour le film lui-même.

De l’écriture du script à l’embauche de Guillermo Del Toro dans un premier temps en passant par le 48 images par seconde, Jackson se met à table.
Propos recueillis par Gaël Golhen.

A quoi aurait ressemblé Le Hobbit de Guillermo Del Toro ?

Peter, Fran Walsh nous disait que lorsque vous avez commencé à travailler sur le script, votre angoisse principale était de trouver le ton juste.
Bilbo le Hobbit est un livre pour enfant alors que Le Seigneur des Anneaux est… c’est autre chose, et, en tous cas, ça n’est pas pour les enfants ! Quand on s’est mis à écrire l’adaptation, je tenais vraiment à trouver un ton spécifique - je ne voulais surtout pas refaire LOTR. Et pour ça, je devais trouver l’équilibre spécifique du roman, quelque part entre la comédie et l’épique. J’ai longtemps lutté jusqu’à ce que j’arrive à une quasi épiphanie. J’ai compris que la solution, c’était les nains. C’est la différence avec LOTR. Leur énergie, leur mépris pour le politiquement correct, leur démesure… tout cela amenait un esprit rebelle radicalement nouveau. Ce sont eux qui transforment le film et le font basculer vers la comédie.

Impossible de ne pas voir les nains comme des surgeons de votre filmographie alternative et frondeuse, avec Bad Taste, Brain Dead, Les Feebles
Vous voulez dire, qu’ils seraient la représentation de mon inconscient rebelle ? Un refoulé ? Amusant ! C’est ce que m’a dit un copain récemment… J’aime bien l’idée, mais ce n’est pas à moi de le dire.

Le Hobbit ou la quête inachevée (critique)Pour ceux qui ne connaissent pas les romans, Bilbo le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux c’est un peu pareil. Des nains, des elfes, des magiciens…

…et pourtant ça n’a rien à voir ! LOTR est un film à propos du bien et du mal. Des armées qui se combattent, des Empires qui s’affrontent et des thèmes majeurs très forts, quasiment philosophiques. Avec au milieu, Frodon qui doit rejoindre sa montagne. Le Hobbit est un film de personnages, un film de troupe. Et c’est une aventure avant d’être une épopée guerrière.

Ca veut dire que vous filmez ces deux sagas différemment ?
Non. A part le côté technologique, j’ai justement essayé de garder le même style visuel. Je filme les mêmes lieux, les mêmes studios, et souvent les mêmes personnages ! J’ai juste ramené mes caméras en Terre du Milieu, mais pour raconter une autre histoire avec de nouveaux personnages. C’est peut-être un peu plus coloré, un peu plus chatoyant… Mais au fond, la différence est d’abord une question d’intensité.

En parlant d’intensité,la production a été compliqué, notamment avec le départ de Guillermo Del Toro
Quand Guillermo a dû partir, j’ai hésité. J’étais superstitieux. Je ne voulais pas me répéter et surtout je ne voulais pas être en compétition avec moi-même. C’est d’ailleurs pour ça que je voulais que Guillermo réalise le film… Pendant des années, Fran et moi nous disions : "si on fait Le Hobbit -ce qui serait formidable- prenons quelqu’un d’autre pour le faire. On l’emmène en Terre du Milieu et on voit comment il se débrouille". Un peu comme sur les James Bond : les différents réalisateurs amènent des sensibilités différentes. Mais j’avoue… depuis que je le fais, je prends mon pied. Plus que sur LOTR. Peut-être parce que le making of fut extrêmement lent et douloureux, mais surtout parce que j’ai l’impression de savoir ce que je fais aujourd’hui. Beaucoup plus qu’il y a 12 ans.

C’est cette impression de savoir ce que vous faites qui vous a poussé à prendre autant de libertés par rapport au texte de Tolkien ?
Non. C’était d’abord la frustration. Sur LOTR j’avais laissé de côté certaines histoires, certains personnages que je voulais vraiment traiter. Et sachant que je ne reviendrais probablement jamais en Terre du Milieu, je me suis dit que c’était ma dernière chance… Ensuite, Le Hobbit est un drôle de livre qui a eu une gestation compliquée. C’est un work in progress. Tolkien l’a écrit au début de sa carrière, et quand des années plus tard, il a commencé LOTR, il a voulu réviser Bilbo Le Hobbit. Après la parution du Seigneur, il voulait même publier une nouvelle version, beaucoup plus liée à LOTR. En 36, quand il écrivait Le Hobbit, il n’avait pas encore imaginé l’extraordinaire mythologie qui sous-tend LOTR. Du coup, ajouter des personnages et des arcs narratifs, me paraissait finalement être moins une trahison qu’un respect de son élan créatif…. Tout ce qu’on ajoute provient des appendices ou de ses notes.

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Le film est très attendu sur le plan technologique…
On vit dans un monde où la technologie avance de manière affolante. On a des caméras aux capacités de plus en plus folles. A la résolution vertigineuse. Il y a quatre ans, les cinéastes qui filmaient en numérique shootaient en 2K. Aujourd’hui, on est en 4K et, dans 3 ans, ce sera du 8K. Ca devient de la folie et c’est pareil pour la projection. Les projecteurs laser arrivent et les cinémas s’équipent d’écrans de plus en plus grands…. Du coup, la seule question qui importe, c’est de savoir comment on se situe en tant que cinéaste. Certains préfèrent se dire :"c’est comme ça qu’on tourne depuis 75 ans et c’est comme ça qu’on doit continuer de tourner". D’autres, dont je fais partie, pensent qu’on doit profiter de cette technologie pour procurer aux spectateurs une expérience unique et différente. Sans oublier que les jeunes vont de moins en moins au cinéma.

C’est ça qui vous motive ?
Oui, en partie. C’est trop facile de regarder les films sur iPad. De rester à la maison… Notre responsabilité est engagée et on doit donner aux gens une expérience différente. Immersive et spectaculaire. Attention, je ne suis pas un pionnier ! Il y a eu le 65 mm, 2001, Kubrick et David Lean. Ils tournaient dans des formats démesurés… Le Tour du monde en 80 jours a été tourné en Todd-AO - du 30 images par seconde. Depuis des années, des cinéastes tentent de briser les barrières et les tabous. Mais ils étaient souvent limités par les techniques. L’ère du cinéma mécanique est derrière nous ! Et la technologie n’est plus un frein… Je suis persuadé que le 48 images par secondes est une avancée majeure. Mais il faut que les gens voient un film dans ces conditions pour voir ce que ça donne.

Concrètement, qu’est-ce que ça change ?
J’ai fait mon premier essai de 48 images/sec pour une attraction du Universal Studio. A l’époque je m’étais dit que ce serait formidable d’en faire un long-métrage. Il fallait que les gens n’aient pas l’impression qu’ils voient un film. Je recherchais le sens de la réalité. Je voulais que les gens ne regardent pas un film, mais un monde "réel".

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