Eric Lartigau : "Avec La Famille Bélier, j'ai su que j'avais réalisé un bon film"

La Famille Bélier

Ce gros succès populaire reviendra dimanche soir sur France 2.

Mise à jour du 28 avril 2017 : Sorti avant Noël 2014, La Famille Bélier a attiré plus de 7 millions de spectateurs au cinéma. Un joli succès qui sera diffusé dimanche soir sur la deuxième chaîne. A cette occasion, Première vous propose de (re)lire le long entretien accordé par son réalisateur, Eric Lartigau, au magazine.

Interview du 16 décembre 2014 : Les producteurs, le distributeur et l’instigatrice du projet, Victoria Bedos, ont évoqué la genèse de La famille Bélier, ou comment une comédie à pitch s’est transformée en aventure humaine et en grand film populaire de qualité (voir le dernier numéro de Première). Comment avez-vous intégré tout ça ? J’étais en train d’écrire un film sur la famille quand j’ai rencontré par hasard dans la rue mes producteurs, Philippe Rousselet et Éric Jehelman, accompagnés de Stéphane Célérié de chez Mars Films. Ils m’ont dit que, puisque j’étais devant ma page blanche, ils avaient une famille à me proposer : les Bélier. Devant ma réticence, ils ont insisté, m’ont donné une version et, le soir, en la lisant, l’idée m’a tout de suite séduit.

Il s’agissait alors d’un synopsis enrichi ou d’un développement ? C’était une vraie version. Victoria s’était inspirée de l’assistante de son père, Véronique Poulain, qui était dans le même cas que notre héroïne, à savoir fille entendante de parents sourds – elle en a d’ailleurs fait un livre, Les mots qu’on ne me dit pas. Victoria a ajouté une histoire de chant (on décèle chez cette Paula un don vocal, ndlr) et mélangé le tout. Quand j’ai débarqué, l’arc narratif dans son ensemble était là mais j’avais besoin de tout mettre à plat pour m’approprier l’histoire qui n’était pas assez cinématographique à mon goût.

C’est-à-dire ? Il y avait un problème de rythme des séquences, de caractérisation des personnages, qui manquaient de précision. Avec Thomas Bidegain, qui m’a rejoint, on a réécrit pas mal de choses (on a rendu les parents plus présents, notamment), re-dialogué pour que le film devienne notre musique, que les scènes existent plus dans leurs décors…

La Famille Bélier : Il y a du Billy Elliot dans cette histoire d’émancipation sociale et familiale

Eric Jehelmann parle de “convergences artistiques entre trois parties”, vous, Victoria Bedos et les producteurs. Vous confirmez ? Oui. En me choisissant, les producteurs ont fait en quelque sorte un choix artistique. Prête-moi ta main, ça s’était aussi un peu passé de la même façon. Quand Chabat était venu me chercher, il y avait déjà une version - qu’on avait en revanche totalement réécrite ensemble.

Victoria Bedos dit qu’elle s’est sentie dépossédée de son bébé à votre arrivée, qu’elle ne vous a pas accueilli les bras ouverts. Le scénario, c’est une partie du processus de création d’un film. C’est un outil de travail ni plus ni moins. Chaque étape doit être respectée. J’ai senti d’emblée qu’on ne pourrait pas travailler ensemble parce que Victoria était arrivée au bout de ce projet. Avec son coscénariste, ils avaient l’impression d’avoir déjà tout exploré. Dès que j’avançais un truc, ils le rejetaient. Lors d’une réunion, je leur ai dit que je prenais le scénario avec moi parce que j’avais un film à faire. La vie, quoi. Victoria a été surprise parce que c’était le premier scénario qu’elle écrivait et qu’elle ne savait pas comment ça marchait. Il faut savoir que, la plupart du temps, les réalisateurs ne consultent pas les scénaristes avant de tourner.

A quel moment avez-vous senti que vous « teniez » un succès potentiel ? On n’y pense pas. Personnellement, je me concentre sur la narration et sur ce que je veux voir à l’image. J’ai donc d’abord su que j’avais réalisé un bon film. Après, tout est subjectif… On a fait une grosse tournée en province pour les avant-premières et on a senti que les gens étaient bienveillants à notre égard, on a beaucoup échangé avec eux. C’était touchant. Mais rien n’est acquis.

Ce qui est drôle, c’est que c’est un film de commande que vous vous êtes approprié et qui rejoint les thèmes qui vous obsèdent, l’identité, sa place à trouver dans le monde, la réinvention individuelle… Vous considérez-vous comme un auteur ou comme un artisan ? Ce sont des termes qui ne font pas partie de mon vocabulaire.  

Mais en France, depuis la Nouvelle Vague, on aime bien séparer les auteurs des artisans. En bref, distinguer Godard de VerneuilC’est vrai. A contrario, aux Etats-Unis, on ne se pose pas cette question. Eastwood tourne des films qu’il n’a pas écrits et il est pourtant considéré comme un « auteur ». On m’a dit par le passé que j’avais aussi fait un film de commande à propos de Mais qui a tué Pamela Rose ?. Et alors ? Le résultat ne correspond pas à ce que les producteurs avaient en tête. Quand j’arrive, j’adapte, je choisis des décors, je dirige des acteurs… On est dans la création artistique.

Si je vous dis que vous êtes un story teller à l’américaine, vous prenez ? Cool. (rires) Ca rassure tellement de mettre les gens dans des cases.

Parmi vos choix artistiques, il y a le casting. François DamiensKarin Viard et Eric Elmosnino me sont venus à l’esprit en écrivant. Pour Louane Emera, ça s’est passé lors d’un casting traditionnel. On cherchait une ado qui puisse chanter et elle s’est imposée naturellement. J’ai été touché par sa fragilité, son ancrage dans la réalité, dans un présent, sa fraîcheur, son côté presque un peu gauche…

Certains, dans la communauté sourde, critiquent le fait que vous ayez pris des acteurs entendants pour jouer des sourds. A vrai dire, la question ne s’est pas posée en ces termes. C’est une décision purement artistique. Pour le personnage de la mère, au-delà de la surdité, je voulais une espèce d’électron, une fille sensuelle, plantureuse, et totalement crédible en agricultrice. C’est costaud d’incarner tout ça. Karin possède cet éventail assez large. Même chose pour le père : il me fallait quelqu’un qui puisse jouer l’intériorité, le mystère, la poésie… François m’est apparu comme une évidence.

L'avis d'un sourd sur La Famille Bélier

Le plus dur a-t-il été de faire de Louane une actrice ou de faire jouer des sourds à Damiens et à Viard ? Le travail était plus ardu avec Louane. Elle devait « signer » (s’exprimer en langage des signes, ndlr), parler en même temps, paraître relâchée, naturelle… C’était une gymnastique compliquée, d’autant plus que comme toute ado, elle était sujette aux sautes de concentration.

Votre autre projet sur la famille, c’est abandonné ? Non, non,  je vais m’y remettre. Il faut que je réunisse mes notes qui sont à droite et à gauche. J’ai le fil, je vais voir s’il tient.

Interview Christophe Narbonne (@chris_narbonne)

Making-of de La Famille Bélier :

 

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