Christophe Gans décrypte sa version de La Belle et la Bête

La Belle et la Bête (Gans)

Le conte avec Léa Seydoux et Vincent Cassel sera rediffusé ce soir sur TMC.

Alors que La Belle et la Bête de Disney cartonne au cinéma, TMC proposera à partir de 20h55 la version de Christophe Gans. Comment faire de La Belle et La Bête un film furieusement moderne sans trahir le conte originel ? L'héritage de Cocteau, le retour à la mythologie, l'ambition technique, le réalisateur nous expliquait à sa sortie comment il a procédé.
Propos recueillis par Gérard Delorme

 

La Belle et la Bête (Gans) Première

Succéder à Cocteau
« L’idée de me mesurer à La Belle et la Bête de Cocteau ne m’a jamais semblé folle ou blasphématoire. Non pas que je prenne ce film de 1946 à la légère - il compte parmi mes favoris et c’est une oeuvre que je ne me lasse pas d’admirer - néanmoins Cocteau adapte un court texte de dix pages qui n’est que le "diges"t d’un livre beaucoup plus long et infiniment plus riche. De la même façon, il a écarté de son film des aspects de l’histoire qui ne l’intéressaient pas : le déclassement social du marchand, la personnalité des soeurs de Belle, entre autres. Et puis le film reste avant tout un film de Jean CocteauLa Belle et la Bête lui sert de prétexte à faire une oeuvre aussi personnelle que son Orphée quelques années plus tard. À mes yeux, Cocteau est l’équivalent, en littérature et en cinéma, de ce que Gainsbourg a été en musique. Ce sont des touche-à-tout de génie. Ils ont la capacité de s’emparer des choses qui traînent dans l’air du temps et d’en donner une réinterprétation unique. Ils sont réellement incopiables, mais la spécificité de leur style laisse du coup la porte ouverte à d’autres illustrations. C’est le signe évident de leur modernité et c’est aussi la raison pour laquelle je ne me suis jamais senti écrasé par l’ombre de Cocteau. »

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Revenir à la mythologie classique
« Le conte original de Madame de Villeneuve (1740) est une variation sur les mythes classiques latins ou grecs comme Les Métamorphoses, du poète Ovide, dans lequel les dieux, et notamment Zeus, prennent des formes animales pour séduire les humaines ou plus simplement se mêler aux mortels. Quelque part, cette culture classique, qui imbibait aussi l’univers de Jean Cocteau, traite des forces immanentes de la nature dans une perspective qui ne doit rien à la culture judéo-chrétienne. Revenir vers le texte original me permettait donc d’adopter un point de vue très actuel sur les rapports difficiles entre l’homme et la nature. Et, de fait, d’expliquer pourquoi le prince devient une bête, ce qui est à peine esquissé dans les versions de Cocteau ou de Disney et a toujours été pour moi une vraie source de frustration en tant que spectateur. »

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Transgresser
« Dans notre version, Belle est au centre de l’histoire. Elle est une fille totalement dévouée à son père et, on peut même le dire, très éprise de lui. C’est en découvrant l’amour, le vrai, avec une créature splendide et pathétique, qu’elle va devenir une femme. C’est ce passage d’une passion à une autre, de l’état de jeune fille à femme, qui nous intéressait, ma coscénariste Sandra Vo-Anh et moi. Évidemment, c’est très éloigné de la version de Cocteau où la caméra n’a d’yeux que pour la Bête. Des contes de fées comme Le Petit Poucet et Peau d’Âne abordent des sujets aussi sombres que le cannibalisme ou l’inceste. De la même façon, La Belle et la Bête tourne autour de la bestialité, c’est-à-dire de la passion d’une femme pour un hybride mi-homme, mi-animal, un demi-dieu à proprement parler. La qualité poétique des contes de fées est indissociable de leur dimension transgressive. Tout est dans la façon de l’évoquer. »

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S’adresser à tout le monde
« Pour Richard Grandpierre, mon producteur, et pour moi, il était évident que le film devait s’adresser à tout le monde, ce qui ne veut pas dire que nous l’avons édulcoré, loin de là. Les enfants vont le voir à leur manière et leurs parents ou leurs grands-parents le liront autrement, sans être gênés d’y avoir amené le petit dernier. Je ne cesserai jamais de le dire, il y a pour moi une vraie distinction entre film pour enfants et film pour tous. »

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Tourner en studio
« L’intention de faire le film entièrement en studio renvoie à un cinéma qui m’est très cher, celui des années 30 et 40, dans lequel tout était reconstitué. Il va de soi que la technologie numérique nous permet aujourd’hui de réinventer totalement l’environnement, d’étendre à l’infini les décors. Je dirais donc que mon film a un pied dans le primitif et un pied dans la modernité, ce qui flatte à la fois ma cinéphilie et mon attirance pour l’innovation technique. Nous avons tourné à Babelsberg, non loin de Berlin, là où ont été faits MetropolisLes NibelungenL’Ange bleu. Le studio comprend plusieurs plateaux gigantesques, un de 3 000 m2, deux de 2 000 m2 et plusieurs autres de 1 000 m2. Cette configuration permettait de gagner beaucoup de temps en passant d’un décor à l’autre très rapidement. Le film a été tourné en cinquante-sept jours alors que Le Pacte des loups (2001), entièrement réalisé en décors naturels, en avait nécessité plus du double. »

Etre moderne
« J’ai volontairement situé le film sous le Premier Empire car c’est une époque qui a vu précisément la résurgence de l’imagerie mythologique. L’action est à cheval sur cette période et une époque antérieure remontant trois siècles auparavant, qui est celle où vivait le prince. En rêve, Belle voit le château tel qu’il était avant que la malédiction ne s’abatte dessus. Cette superposition de deux époques m’a permis de placer le film sur deux plans dimensionnels, un peu comme je l’avais fait pour la ville de Silent Hill (2006), qui existait sous trois formes différentes. Pour éviter le principal handicap du film en costumes, nous avons veillé à ce que la langue des dialogues ne soit pas trop chargée en gardant un ton très simple. C’est préférable, et la série Game of Thrones en est un bon exemple. Pour autant, je crois que la modernité du film vient en grande partie de l’interprétation. Il est clair que faire un film féerique avec Léa Seydoux et Vincent Cassel est déjà déterminant en soi. Ces deux-là sont contemporains, non seulement par leur technique de jeu, mais aussi par ce qu’ils représentent l’un comme l’autre dans le paysage cinématographique actuel. »

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Délivrer un message contemporain
« Le contexte du film fait écho à notre époque puisqu’’il raconte le déclassement social d’une famille très aisée qui, à la suite d’un malheur - le naufrage des bateaux du père - tombe au bas de l’échelle et se retrouve dans un cottage perdu au milieu de la forêt à manger ce qui pousse dans le potager. On comprend pourquoi, au sortir de la guerre et de son cortège de privations, Cocteau a dû trouver peu pertinent d’aborder cet aspect du conte. Aujourd’hui, par contre, alors que l’Europe s’enfonce jour après jour dans la crise, cela ne pouvait m’échapper. De même, il m’était impossible de conclure l’histoire comme autrefois et de montrer le prince emmenant Belle vers un royaume de luxe et de volupté. Dans ma version, le message est plus pragmatique : la seule manière d’affronter les coups durs, c’est de s’en remettre à l’amour et à l’imagination, certainement pas à la richesse. »

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