JoeyStarr : "Je commence à peine à me sentir actrice !"

Polisse

Polisse sera diffusé ce soir sur Arte.

Mise à jour du 30 janvier 2017 : Extraordinaire dans Polisse, le rappeur devenu acteur évoquait sa nouvelle carrière au cinéma dans Première en 2011. A l'occasion de la rediffusion du film ce soir sur Arte, nous republions son long entretien.

Interview du 24 octobre 2011 : JoeyStarr ne nique plus la police, il lui fait honneur dans Polisse, de Maïwenn, où il incarne un flic grande gueule de la brigade de protection des mineurs avec le cœur sur la gâchette. Déjà, dans Le Bal des actrices, Maïwenn avait su le filmer comme personne en papa poule à la voix d’ogre chahuté par les enfants. Avec Polisse, Joeystarr prend encore du grade et bouffe l’écran, aussi à l’aise dans le registre comique que dramatique ou même romantique.
Par Stéphanie Lamome

Première : Que connaissais-tu de la brigade de protection des mineurs avant Polisse ? 
Joeystarr : Pas grand-chose. Je connaissais les faits divers, comme n’importe qui d’un peu accro à l’actu. Quand on a suivi le stage avec les policiers de la brigade, ils nous ont fait visionner pas mal de reportages pour nous mettre dans le bain. Des images qui circulaient en interne ou qui avaient été diffusées à la télé...

En quoi consistait ce stage ? C’était assez scolaire. Tous les jours, vers 8-9 heures du mat’, on avait rendez-vous dans une grande pièce où les policiers nous expliquaient la psychologie de leurs enquêtes avec leur jargon, leurs postures. Au début, on avait un peu la tête dans le cul... Mais après, t’as une petite lumière qui s’allume parce que tu comprends que pour être dans cette branche, il ne faut pas être carriériste. Dans la hiérarchie des services de police, la brigade des mineurs, c’est la lanterne rouge. Ils ne sont pas considérés, ils passent pour des planqués. C’est pas des cow-boys, eux, c’est pas la Crim ni la BAC (brigade anticriminalité). Ce sont de vrais investigateurs qui ont beaucoup d’humour malgré le lot de misère qu’ils voient défiler devant leurs yeux. J’ai toujours été fasciné par les gens qui dédient leur vie aux autres. Je suis assez fier de me dire qu’on a mis en lumière ces hommes et ces femmes de l’ombre.

Le fait que tu joues un flic a-t-il été bien reçu  par la brigade ? Ils avaient deux consultants sur le tournage. Quand ils ont dit à leurs collègues : « Y a Joeystarr qui va jouer un flic », évidemment, ça a fait rire tout le monde. Ils me prenaient tous pour un bourrin sans une once de psychologie. Apparemment, ils ont été assez surpris. Malgré moi, il y avait plein de choses qui m’étaient familières à cause de mon « cursus carcéral ». Les descentes de police, il y en a déjà eu chez moi, je sais comment ça marche. Pour une fois, ça m’a servi à quelque chose !

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Est-ce que tu as plus appris ton texte que sur Le Bal des actrices Le scénario n’était pas plus écrit. Je sais que Maïwenn prétend le contraire, mais mon ressenti est différent. Ce qui fait la force de l’impro, de la roue libre, c’est le groupe. Quand t’as des locomotives comme Karin (Viard) ou Jérémie (Elkaïm), ça démarre  tout seul. Tout le monde était super partant pour balancer des conneries en permanence parce qu’on était quand même une équipe de sacrés connards. Moi, j’en suis tout juste à apprendre ce que c’est que de raconter des histoires avec son corps et des gens autour, j’ai pas de bouteille. Je commence à peine à me sentir « actrice ». Alors, pour moi, c’est un travail d’équipe. La scène où Karin et Marina (Foïs) se prennent la tête au bureau, j’étais au théâtre mais aussi sur la scène, à la fois spectateur et protagoniste. Normalement, tu réfléchis à quel moment tu dois intervenir, tu attends le bon timing pour être synchro, mais avec ces deux-là, pas la peine, elles t’emportent avec elles.

Ça t’inspire quoi d’avoir fait chialer tout Cannes avec cette scène où tu pleures en consolant un enfant en larmes ? Tout ça, je le répète, c’est un travail d’équipe. Le gosse s’est vraiment mis à chialer. Il avait très bien compris l’enjeu de la scène mais, à un moment, on s’est posé des questions tellement il hurlait. J’ai des gosses et j’ai horreur de les laisser pleurer. Si t’es insensible à ça, t’es une pierre, va vivre sous l’eau. Il nous a eus, il nous en a mis plein la gueule. À un moment, Maïwenn a dit : « Coupez », mais comme il y avait trois caméras, elle a dû faire un clin d’œil à la troisième, genre : « Toi, tu coupes pas », et elle a continué de filmer le temps qu’on aille chercher la mère du gosse, qui ne se calmait toujours pas. J’en garde un souvenir confus parce que c’était un moment très fort pour moi, j’avais la tête dans le guidon. Quand tu tournes une scène comme ça et que tu rentres le soir chez toi, tu te dis que t’as fait quelque chose de ta journée. C’est grâce à des moments pareils que je me sens à ma place dans le cinéma et que j’ai bien envie de continuer à en faire.

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Quand tu te vois à l’écran, tu te fais pleurer ? J’ai peut-être miaulé en voyant cette scène, ouais. J’ai aussi miaulé pendant la séquence de la fille qui accouche d’un enfant mort-né à la suite d’un viol.

Maïwenn a écrit le film pour toi. Ça t’a mis une pression supplémentaire sur les épaules ? Non parce que j’ai dû l’oublier ! Je me rappelle avoir appelé mon manager et lui avoir demandé : « Pourquoi il ne reste plus que moi sur le tournage ? » Et il m’a répondu : « Parce que t’as le premier rôle, patate ! » Je ne m’étais jamais fait la réflexion. Après ça, j’ai mieux compris pourquoi Maïwenn avait parfois la rage contre moi !

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Ça te plaît d’être la muse d’une cinéaste ? Je ne suis pas à la recherche de ça. Je fais de la musique, c’est le cinéma qui est venu à moi. J’arrive à peine et je suis nominé aux Césars (comme meilleur second rôle pour “Le Bal des actrices”), je monte les marches à Cannes, alors que dans la musique, je n’ai jamais décroché de médailles en chocolat. J’ai 44 ans et je me dis que le rap, c’est quand même un sport de prépubères, donc si on m’appelle ailleurs, tant mieux. Par contre, j’ai besoin d’être dirigé. Si tu sens que tu vas avoir peur de me parler, je vais me faire chier. Je veux bien être un électron libre dans un film, mais si on me met un univers autour.

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On parlait de toi pour un prix d’interprétation à Cannes. Ça t’aurait fait plaisir ? À ma mère, oui ! Non, je rigole, à moi aussi. Bien sûr que oui. En même temps, c’est bien de ne pas tout recevoir trop tôt. En fait, je fais du cinéma parce mon associé-manager, Sébastien Farran, m’a répété pendant vingt ans que je devrais faire l’acteur. Ce à quoi les gens répondaient : « Mais non, t’es fou, il est ingérable. » Sauf que si je fais quelque chose qui m’intéresse, je ne suis pas si ingérable que ça. J’étais à peine sorti de prison depuis deux mois, en train de faire mon marché à 9 heures du mat’, quand il m’a appelé pour m’apprendre que j’étais nominé aux Césars. J’ai rigolé et j’ai raccroché. Il a rappelé : « Mais je me fous pas de ta gueule ! » Et moi : « Vas-y, arrête, il est trop tôt, rappelle aux heures ouvrables. » Je ne me rendais pas compte de ce que c’était, je n’avais jamais regardé une cérémonie des Césars de ma vie. J’y suis allé, au théâtre du Châtelet. Ça m’est tombé sur la gueule, j’ai vu de la lumière, je suis rentré. Je suis trop fainéant pour être ouvert mais je suis curieux. Heureusement, j’avais un costume très souple, si tu vois ce que je veux dire... Qu’est-ce que c’était long, putain ! J’avais mal au cul, mal aux pieds, j’étais tout endimanché. Je priais pour ne pas gagner parce que je ne me voyais pas du tout monter sur l’estrade et me répandre. Je me serais liquéfié devant tout le monde.

Pourquoi tournes-tu surtout des comédies en dehors des films de Maïwenn ? C’est un registre que j’adore. Depuis tout petit, je regarde les Audiard, les Lautner. J’aime les personnages qui ont du bagou, la couleur de Chabrol. Là, sur Les Seigneurs, le film d’Olivier Dahan que je viens de tourner, j’ai approché Marielle, et je ne m’en remets pas. Je peux arrêter le cinéma demain. Remarque, j’avais dit pareil pour la musique quand j’ai rencontré Isaac Hayes... En même temps, là, je vais signer pour un thriller super technique, une histoire de flics assez noire. Je ne cherche pas à être le prochain Kad Merad, je te rassure.

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Pourtant, Les Seigneurs est une grosse comédie avec José Garcia, Gad Elmaleh, Franck Dubosc... Et Omar Sy, et Ramzy Bedia. Qui dirait non à Olivier Dahan ? Qui n’aurait pas envie de jouer avec José Garcia dans une comédie, franchement ? Et Elmaleh ? Ça me disait bien de me frotter à ces gens-là. J’aime le challenge : ils ont pensé à moi, eh ben allons jeter un œil. Je crois avoir un humour pince-sans-rire très différent du leur, donc voyons ce que ça donne. Jusqu’à présent, j’ai fait pas mal de films où j’étais entouré de femmes. Je me sentais un peu « actrice ». Là, je me suis plus senti acteur, même si j’ai des relents de féminité...

Et le Beigbeder, L’amour dure trois ans, que tu as aussi tourné cette année ? J’y embrasse mon premier mec au cinéma ! Évidemment, Beigbeder a commencé par me faire tourner cette scène-là pour me jauger. Elle n’était pas dans le scénario, il l’a rajoutée. Un jour, mon manager – toujours lui – m’appelle : « Tu vas pas être content... Il y a un truc qui a changé dans le scénar, tu dois emballer un gars. » Je réponds : « Ben c’est bien, OK. – Comment ça, c’est bien ? – Mais comme je te le dis. – Mais je leur dis quoi ? – Tu dis que c’est bien. » Je me suis un peu fait rouler dans la farine avec ce baiser, mais avec mon physique, fallait bien que ça m’arrive un jour... (Rire.)

À un moment donné, tu disais ne pas aimer le « cinéma Solex ». Tu parlais d’un cinéma d’auteur à la Dardenne ? Non, eux, ça va encore, même si je t’avoue que je préfère les frères Coen. La fille Coppola, par exemple, à part Translate machin, je trouve ça chiant, c’est trop bobo pour moi. Non, en fait, pendant longtemps, j’ai été le Padawan d’un maître Jedi nommé Béatrice Dalle. Elle m’emmenait voir plein de films d’auteur, et moi je lui disais : « Bon, quand est-ce qu’on se marre ? Ou quand est-ce qu’on pleure vraiment ? » Elle me répondait que j’étais irrécupérable, que je n’y connaissais rien. Un jour, on est même allés voir Adolphe (de Benoît Jacquot), et je me suis endormi. J’ai ronflé comme un gros connard. Je lui ai foutu une de ces hontes ! Tu vois de quoi je suis capable ? (Il se lève.) Bon allez, salut. Fais pas le con, j’ai le monopole, je m’entraîne dur.


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