Affiches Sorties de la semaine du 18 mars 2026
Gaumont/ Pathé/ Sony

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
LES RAYONS ET LES OMBRES ★★★★☆

De Xavier Giannoli

L’essentiel

Des grands films sur la Résistance, il y en a eu. Sur l’Occupation, aussi. Sur la Collaboration ? Giannoli tente (et réussit en grande partie) le grand impensé/impossible du cinéma français.

Avant d’emprunter son titre à un recueil de poèmes de Victor Hugo, il semble que ce film se soit un temps intitulé Corinne Luchaire, du nom de la starlette qui lui offre ses rayons d’innocence désespérée. L’actrice émergente de 39-40 est jouée par une actrice émergente d’aujourd’hui, Nastya Golubeva, qui, du fait du changement de titre, n’a plus à définir le film mais juste à le voler, ce qu’elle fait une facilité déconcertante. Mais ici, il y a aussi des « ombres, » qui sont celles de la Collaboration. Elles entraîneront la disgrâce de la jeune star dans le sillage de celle de son père Jean (Jean Dujardin, fantastique), patron de presse et ami intime de l’ambassadeur de l’Allemagne nazie à Paris, Otto Abetz. Le film déploie ses ailes, ses effets, ses références hollywoodienne (Casino, toujours, Babylone, déjà), son effervescence esthétique, au service d’une mise en parallèle transparente avec notre présent, sous la tutelle de Hugo. Les nouveaux temps 2026 étant un bégaiement de ceux des années 30/40, le poète (le cinéaste) ne peut se dérober devant son rôle politique. Sa capacité à énoncer le débat lui impose le devoir de le faire. Et il le fait de manière épatante.

Guillaume Bonnet

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PREMIÈRE A BEAUCOUP AIME

LA DANSE DES RENARDS ★★★★☆

De Valéry Carnoy

Aux prémices de ce récit, une chute de dix mètres : celle de Camille (Samuel Kircher, incandescent), jeune boxeur en sport-études, qui s'en sort avec un bras cassé et une douleur fantôme qui ouvre les vannes à une vague d’émotions jusqu’ici étrangères à cet adolescent, longtemps conditionné à écouter son corps au détriment du reste. Sa chair guérira mais son identité (d’homme, de sportif, d’ami) restera meurtrie de cet accident. Loin de la transformation animale, il mute en un être sensible, au grand désarroi de ses camarades et de son meilleur ami Mattéo. Carnoy dissèque moins ici le corps de son héros que les dynamiques masculines de l'adolescence. Il y trouve la fraternité d’abord, forte d’encouragements et de tendresse dissimulée. Puis vient la cruauté, celle qui naît des non-dits, des insultes que l’on regrette, de l’engrenage de la violence collective. La Danse des renards, c’est la fougue de la jeunesse qui emporte tout sur son passage et ne laisse derrière elle qu’une amitié déchue. Les lumières se rallument, le cœur, lui, reste serré.

Lucie Chiquer

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PREMIÈRE A AIME

POLICE FLASH 80 ★★★☆☆

De Jean-Baptiste Saurel

Jean-Baptiste Saurel embrase les eighties comme on craque une allumette : un geste simple, mais qui déclenche une flambée de nostalgie, de satire et de pur plaisir de mise en scène. On suit Yvon Kastendeuch, flic colossal et un peu benêt, propulsé à la tête d’une brigade expérimentale et qui va devoir venger son collègue et mentor mort dans d’étranges circonstances. François Damiens transforme son personnage en une sorte de Superdupont qui aurait pris ses certitudes au pied de la lettre. Bourrin, nationaliste, mais d’une candeur confondante, il devient miraculeusement attachant. Autour de lui, le cinéaste aligne une troupe bigger-than-life : Thomas Ngijol est un cabot idéal ; Audrey Lamy, une fliquette en lutte contre le machisme ambiant ; Brahim Bouhlel, un petit prince geek du Minitel et Xavier Lacaille, caméléon hilarant qui change d’identité comme de sweat fluo. Le timing comique de Saurel est renforcé par une direction artistique bluffante, qui rend tout crédible et parfaitement absurde en même temps.  Mais il ne s’arrête pas à la parodie. Sous les vannes, affleure une lucidité douce-amère sur une France persuadée d’être moderne alors qu’elle couvait déjà ses vieilles crispations. Cette petite mélancolie donne au film une profondeur inattendue.

Gaël Golhen

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LA GUERRE DES PRIX ★★★☆☆

De Anthony Dechaux

La grande distribution est un monde secret dont on ne connaît que la partie immergée : ses grands patrons qui jurent dans les médias qu’ils font tout pour traiter au mieux clients et fournisseurs. Et que satisfaire les premiers par des prix bas ne revient pas à tordre le bras aux seconds. Anthony Dechaux met ici à bas cette image d’Epinal dans un premier long qui raconte toute la brutalité des échanges entre une centrale d’achats toute puissante et ces petits producteurs fondant leur économie sur le bio et les circuits cours. Il s’y emploie au fil d’un scénario finement orchestré, laissant à chaque instant croire que le pot de terre (une cheffe de rayon promue à la table des négociations pour changer la donne et dont le frère est un fournisseur au bord de la faillite) peut faire vaciller le pot de terre. A mille lieux de toute facilité manichéenne, l’ambivalence règne en maître chez chaque joueur de cette partie de poker éprouvante où Ana Girardot brille tout particulièrement.

Thierry Cheze

SCENES DE NUIT ★★★☆☆

De Filipe Matzembacher et Marcio Reolon

Pour son premier long, co-signé avec Marcio Reolon, Filipe Matzembacher signe une rêverie charnelle à la Almodovar. Ce thriller brésilien nocturne sens dessus dessous mêle états d’âme et extrême sensualité. Du rouge pour la passion, du bleu pour la mort et du jaune pour la chaleur. Matias est un jeune acteur en vogue, bientôt tête d’affiche d’une série. Rafael est un politicien en lice pour devenir maire. Leur histoire ne devait durer qu’une nuit, pourtant l’appel de leurs corps les poussera à se revoir chaque jour. A mesure que leur désir s’intensifie, les deux jeunes hommes mettent en danger leur carrière… Partout, tout le temps, dans les parcs, entre les murs des bureaux du candidat, jusqu’à courir à leur perte… Entre le chaos de l’ambition et celui du désir, Scènes de nuit met en scène les affres de la passion, pour le meilleur et pour le pire. Le film livre une romance homosexuelle à la sexualité dévorante, à mi-chemin entre le film à suspense et le drame érotique. Gabriel Faryas avec ses traits angéliques et sa présence absolue offre une performance enivrante, presque magnétique.

Lou Valette

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

PROJET DERNIERE CHANCE ★★☆☆☆

De Phil Lord et Chris Miller 

Le dispositif est connu. Un type se réveille dans un vaisseau, la mémoire en morceaux. Il est seul. Et progressivement, il comprend : il a une mission. Sauver la terre voire l’univers. Dans Projet Dernière chance, c’est Ryan Gosling qui flotte à des années-lumière. Prof de sciences amnésique, il est embarqué pour une mission suicide car le soleil est en train de crever. C’est le genre de pitch qui sent bon l’IMAX et le popcorn. De fait, ça fonctionne très vite. C’est rythmé, drôle, et souvent ingénieux. Le type de machine à divertissement parfaitement huilée qu'Hollywood ne nous offre plus assez ces temps-ci. Pourtant, sous la surface impeccable, quelque chose résiste. Le film donne parfois l’impression de trop bien savoir ce qu’il est. Et à force de cocher toutes les cases, à force surtout de précision, on finit par frôler l’artificialité. Même chose du côté du personnage principal : sa misanthropie, son rapport égoïste au monde, cette manière d’être toujours légèrement à côté ou même dans le refus - tout est là, mais en surface. Reste un film spectaculaire (la séquence d’action en orbite est phénoménale), souvent marrant, et porté par une véritable envie de mêler hard science et blockbuster.

Gaël Golhen

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DAVID ★★☆☆☆

De Brent Dawes et Phil Cunningham 

Enorme carton aux Etats-Unis (meilleur démarrage de tous les temps pour un film d’animation pour finir sa carrière à 89 millions de dollars de recettes), David ambitionne de dépoussiérer la Bible en racontant l’histoire du célèbre berger qui terrassa le géant Goliath uniquement muni d'une fronde et de quelques pierres avant d’accéder au trône d’Israël. Nouvelle preuve de l’intérêt sans cesse grandissant des films d’inspiration chrétiennes de l’autre côté de l’Atlantique, David est bien plus intéressant comme symbole que comme objet artistique. Lorgnant ouvertement du côté du Prince d’Egypte, il ne parvient jamais – y compris dans le style d’animation – à imposer une quelconque singularité, au fil d’un récit qui aurait mérité 20 bonnes minutes de coupe.

Thierry Cheze

PRECIEUSE(S) ★★☆☆☆

De Fanny Guiard-Norel 

Dans leur économie généralement minimalisée, les documentaires ont souvent tendance à vouloir en faire trop. C’est le cas de Précieuse(s), qui cherche à la fois à raconter la trajectoire intime de Cécile, une professeure de lettres au lycée, sa remise en question de la pièce en un acte Les Précieuses ridicules de Molière, ainsi que son geste de transmission envers sa classe de théâtre, qu’elle essaie de sensibiliser à la fois à la littérature et une critique féministe de cette dernière. Il y a trop à voir mais jamais assez de temps pour s’attarder sur tout cela. La matière documentaire, déjà tiraillée par le montage, le nombre de sujets et de lieux investis, se retrouverait presque reléguée au second-plan par une voix off intempestive qui empêche de regarder les images pour ce qu’elles sont, dans leur potentiellement magnifique trivialité. Dommage : tout ce qui aurait du faire la préciosité du film trouve ici une place ridicule.

Lucie Chiquer

LA GIFLE ★★☆☆☆

De Frédéric Hambalek

Une belle idée n’accouche pas forcément d’un très bon film. La Gifle en apporte une nouvelle preuve. On y suit Marielle, adolescente pour le moins taiseuse, qui entend et voit tout ce que ses parents font, le jour comme la nuit, après avoir reçu une claque assénée par l’une de ses camarades. A travers elle, on sent le désir de Frédéric Hambalek de surprendre les spectateurs, quitte à pousser le bouchon un peu loin et à créer artificiellement du malaise. Comme lorsque la mère consciente des pouvoirs de sa fille s’autorise à aller jusqu’au bout de son fantasme avec un collègue, faisant soudain fi et sans raison du fait que, par ce geste, elle nuit au passage à sa progéniture. Question de dosage donc. Mais en dépit de ces scories, ce film projeté à la Berlinale en 2025 se révèle assez inattendu jusqu’au bout et bénéficie d’acteurs vraiment crédibles, à commencer par la jeune Laeni Geiseler (Les Echos du passé) sur qui l'essentiel de l’histoire repose.

Anne Lenoir

SILENTIUM ★★☆☆☆

De Nidhal Chatta 

Pour son troisième long, le tunisien Nidhal Chatta signe un huis-clos angoissant mais manquant de subtilité... Chaque étage de cette bâtisse face à la mer abrite la violence. Derrière les portes, les femmes, le visage tuméfié ou le corps abîmé par le désir des hommes, supportent un chaos quotidien. Fatma est battue par son mari tandis que Mona, mère célibataire, se prostitue pour subvenir à ses besoins. Les cloisons trop fines de ce vieil immeuble laissent tout entendre, chacun et chacune partagent le malheur de l’autre. Malek, jeune femme archéologue, vit seule au rez-de-chaussée et la violence ne semble pas l’atteindre. Jusqu’au jour où Mounir, le concierge qui la désire ardemment, s'introduit chez elle et l’agresse… L’histoire se répète. Son monde s’effondre, elle se noie dans un enfer qui mêle tristesse et colère. Elle décide néanmoins de porter plainte. Mais ses cris qui résonnent encore entre les murs de la villa seront bientôt étouffés par le mépris des policiers. Si l’on comprend l’intention du cinéaste de plonger le spectateur dans la psyché de ces êtres écorchés, le tragique du récit s’éteint parfois derrière des dialogues ou des situations mal façonnées… Dommage car Silentium a réussi à capturer avec une grande justesse la réalité trop souvent éludée des agressions…

Lou Valette

 

PREMIÈRE N’A PAS AIME

LAS CORRIENTES ★☆☆☆☆

De Milagros Mumenthaler

Recevoir un prix qui honore sa carrière, ça se fête. Certains choisiront un restaurant en famille, d’autres une soirée entre amis. Lina, styliste argentine tout juste primée, enjambe la rambarde d’un pont et se jette dans un fleuve. Une pulsion morbide qui précède son retour à Buenos Aires, l’air de rien. Ou presque. La jeune femme développe une phobie de l’eau qui l’oblige à user de stratagèmes plus ou moins extrêmes pour se laver. Mais très vite, Las Corrientes se perd dans un maelstrom d’images symboliques pensées pour leur esthétisme. Une mise en scène qui renvoie à l'état de rêverie de Lina, si tant est qu’on accepte le traitement vaniteux d’un sujet aussi sérieux que la dépression. Difficile de passer outre cette dissonance. « Rien n'est original. Ce qui compte, c'est la perspective qu'on apporte » prononcera Lina, à l’instant où il devient limpide que c’est précisément ce qui fait défaut à ce film.

Lucie Chiquer

DERNIERE SOIREE

 

Ce premier long cherche à explorer les dérives adolescentes à travers une dystopie qui aligne les clichés… Des adolescents se retrouvent à une fête: le populaire qui fait partie de l’équipe sportive, la fille à papa richissime, l’artiste incompris et l’intello introvertie… Bien sûr au milieu de tout ça, il y a les gobelets rouges, la drogue et le mascara coulant. C’est le temps des seize printemps et celui des découvertes. Bien des cinéastes mettent en scène cette étape si particulière de l’existence, entre l’âge adulte et l’enfance, pour en capturer la singularité, l’étrangeté aussi. Si le manque de budget y est sûrement pour quelque chose, il n’explique pas pour autant la narration confuse du film. Les dialogues composés de phrases toutes faites empêchent la dimension tragique d’exister. Le long-métrage livre cependant quelques jolies scènes portées par l’impulsion des acteurs. On espère alors que le film prenne un autre tournant, mais sitôt la poésie terminée, le récit reprend ses stéréotypes. Jusqu’aux costumes, le jeune cinéaste imite sans subtilité les codes d’une adolescence inspirée de la culture américaine. On attend le réalisateur pour un deuxième long-métrage un peu plus abouti.

Lou Valette

 

PREMIERE N'A PAS DU TOUT AIME

REMINDERS OF HIM ☆☆☆☆☆

De Vanessa Caswill

Tiens, un nouveau Maika Monroe qui n’est pas un film d’horreur. Ni un thriller. Reminders of him est adapté d’un livre de la reine des romances best-sellers Colleen Hoover – c’est la troisième adaptation à arriver au ciné en trois ans, après Jamais plus – It ends with us et Regretting you. L’actrice bien-aimée d’It Follows y joue Kenna, une jeune femme sortant de prison. Sept ans plus tôt, elle a été jugée coupable de la mort de son petit ami dans un accident de la route. Enceinte au moment du drame, elle veut désormais passer du temps avec sa fille, qu’elle n’a pas vu grandir et qui est élevée par les parents du boyfriend décédé qui, eux, refusent tout contact avec Kenna. En tentant de renouer ces liens défaits, notre héroïne va par ailleurs tomber amoureuse de l’ancien meilleur pote de son mec… Vous êtes toujours là ? Si oui, vous aurez compris que l’argument de Reminders of him est celui d’un tearjerker (ces mélos à gros sabots qui n’ont pas d’autre ambition que de faire pleurer dans les chaumières). La mise en scène, totalement transparente, ne fait absolument rien pour transcender ou dynamiser un matériau cousu de fil blanc, pas plus que les acteurs en pilotage automatique (en particulier le peut-être mignon mais surtout hyper fade Tyriq Withers). Sur fond de pop mainstream sirupeuse, une caricature de téléfilm Lifetime qui aurait mystérieusement trouvé le chemin des salles de cinéma.

Frédéric Foubert

 

Et aussi

Le Pouvoir de l’insignifiant, de Oscar Flamion

Le Prince, l’ogre et la fourmi, programme de courts métrages

Le Sifflet, de Corin Hardy