Jean-Baptiste Saurel embrase les années 80 avec une comédie policière qui mêle nostalgie, satire et pure jubilation de mise en scène. Un trip rétro bourré d’humour, d’énergie et d’un vrai amour pour ses personnages dépassés.
Trois jours et on tient déjà une comédie de haut vol. Le Festival de l'Alpe d'Huez vient de mettre la barre haute.
Le film n'est pas en compétition, puisque la présidente du jury Audrey Lamy y joue, mais cette comédie a fait dans l'après-midi l'unanimité. Imaginé par Thomas Ngijol (qui disait sur scène vouloir "rendre hommage à une époque merveilleuse") et réalisé par Jean-Baptiste Saurel, à qui l'on doit le court métrage La Bifle et le long Zénithal, Police Flash 80 épate de bout en bout par sa cohérence, son style et ses ressorts comiques variés et pleins de nuances.
Saurel semble de fait avoir trouvé son terrain de jeu idéal : une France rétro, presque mythologique, où le pastiche fonctionne comme une machine à remonter le temps mais où le regard, lui, reste on ne peut plus contemporain.
Le réalisateur s’empare des eighties comme d’une matière première hautement inflammable : une époque où Intervilles régnait sur les écrans, où le Minitel fascinait les technophiles, où le rap sortait à peine des caves - mais aussi une décennie où les flics bourrés défonçaient portes et gueules, souvent arabes, sans trop se demander s’ils faisaient partie du décor ou du problème. Cette tension, entre capsule temporelle et lucidité politique, irrigue tout le film. Saurel adore cette France-là - comme Ngijol qui disait en intro aimer “cette époque merveilleuse” - mais il ne s’y abandonne jamais complètement. Grâce à son humour et à une écriture généreuse, il réussit un drôle de numéro d’équilibriste : faire revivre ces années-là, leur redonner un éclat vintage, sans jamais en être dupe.
Le récit suit Yvon Kastendeuch, colosse au coeur tendre, un peu débile. Ce flic à papa, esprit nationaliste et tricot de peau à l'avenant, est projeté à la tête d’une brigade expérimentale après la mort de son partenaire. François Damiens lui prête un génie rare : il parvient à rendre le flic le plus con de France totalement attachant. Son Kastendeuch ressemble à un personnage sorti d’une BD de Gottlib, un Superdupont parisien qui aurait confondu virilité et bourrinage. Mais derrière l’enflure et la bêtise, Saurel trouve une humanité - une tendresse presque involontaire.
Cette tendresse s’étend à toute la troupe, et c’est sans doute ce qui fait la force du film. Thomas Ngijol, Xavier Lacaille, Audrey Lamy, Brahim Bouhlel : chacun hérite d’un personnage plus grand que nature, mais jamais réduit à une fonction comique. Lacaille, par exemple, déclenche des torrents de rires dans ses scènes d’infiltration démentes : tantôt junkie, tantôt jeune de cité, il navigue entre caricature et virtuosité, trouvant chaque fois un grain de vérité dans l’excès. Lamy, elle, campe une fliquette des années 80 qui se bat autant contre les voyous que contre le machisme de son commissariat ou de l'époque - un rôle où elle apporte une énergie brute, une physicalité rare. Et Brahim Bouhlel qui joue Marfoud, un geek façon Minitel, fait figure de petit prince du décalage, ravissant chaque scène où il surgit.
Saurel filme ces figures comme on filme une équipe de super-héros bancals : ils ne sont bons nulle part, mais ils y vont avec une conviction si naïve que l’on finit par y croire. Son sens du timing comique, affiné depuis ses courts et son travail télé, fait merveille. Mais il est redoublé d'une écriture subtile et d'un travail de production vraiment fort (chaque détail est à la fois crédible et hilarant). Résultat : l’humour tombe juste, jamais lourd, souvent brillant.
On pense souvent à OSS 117, pour le goût du pastiche et la joie de rejouer des codes périmés. Comme chez Hazanavicius, Saurel et Ngijol semblent vénérer ce qu’ils parodient. Ils pillent les clichés mais les aiment profondément. Et comme dans les meilleurs OSS, la jubilation de forme s’accompagne d’une lecture critique : la France des années 80 y apparaît dans toute sa splendeur kitsch, mais aussi dans ce que sa rigidité, sa virilité bête et sûre d’elle-même, annonçait déjà de nos impasses d’aujourd’hui.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : Police Flash 80 n’est pas seulement un trip rétro ; c’est aussi une manière de poser une question très actuelle : qu'est-ce que notre société d'aujourd'hui doit à cette "époque merveilleuse" ? C'est le sens de la scène très drôle où des gamins des cités prennent des notes devant un édile qui prophétisent sans le savoir les mécanismes du trafic d'aujourd'hui. Saurel n’assène pas de réponse, il préfère la douceur de l’observation à la lourdeur du message. Mais il laisse affleurer, sous le rire, une petite mélancolie. Celle de ses héros dépassés par le monde, qui voudraient être à la hauteur mais n’en ont ni les codes, ni les mots.
Cette couche d’émotion, discrète mais tenace, fait la différence : le film évitant la simple parodie pour devenir un hommage tendre à une humanité cabossée.
Police Flash 80 est un spectacle généreux, drôle, extrêmement bien tenu, mais aussi un miroir - déformant mais lucide - tendu à notre propre époque. Un mélange de potacherie et de sincérité qui claque.
De Jean-Baptiste Saurel. Avec François Damiens, Audrey Lamy, Thomas Ngijol... Durée: 1h21. Sortie le 18 mars 2026







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