Avec Police Flash 80, Jean-Baptiste Saurel embrase les eighties comme on craque une allumette : un geste simple, mais qui déclenche aussitôt une flambée de nostalgie, de satire et de pur plaisir de mise en scène. On suit Yvon Kastendeuch, flic colossal et un peu benêt, propulsé à la tête d’une brigade expérimentale et qui va devoir venger son collègue et mentor mort dans d’étranges circonstances. Veste en jean, tricot de peau et regard ahuri… François Damiens transforme son personnage en une sorte de Superdupont qui aurait pris ses certitudes au pied de la lettre. Bourrin, nationaliste, mais d’une candeur confondante, il devient miraculeusement attachant. Autour de lui, le cinéaste aligne une troupe bigger-than-life : Thomas Ngijol est un cabot idéal ; Audrey Lamy, une fliquette en lutte permanente contre le machisme ambiant ; Brahim Bouhlel, un petit prince geek du Minitel et Xavier Lacaille, caméléon hilarant qui change d’identité comme de sweat fluo.
Cette bande ressemble à une escouade de super-héros bancals : jamais à leur place, mais portés par une conviction désarmante. Le timing comique de Saurel est renforcé par une direction artistique bluffante, qui rend tout crédible et parfaitement absurde en même temps. Chaque détail sonne juste, de la moustache réglementaire aux intérieurs brun-orange saturés de tabac froid. On pense naturellement à OSS 117 : même goût du rétro, même plaisir à dépoussiérer des codes périmés avec une tendresse ironique. Mais Saurel ne s’arrête pas à la parodie. Sous les vannes, affleure une lucidité douce-amère sur une France persuadée d’être moderne alors qu’elle couvait déjà ses vieilles crispations. Cette petite mélancolie - celle des héros dépassés, trop maladroits pour comprendre le monde qui arrive - donne au film une profondeur inattendue.