Ce qu’il faut voir en salles
L’ÉVÉNEMENT
SCREAM 7 ★☆☆☆☆
De Kevin Williamson
L’essentiel
Premier épisode de la franchise horrifique réalisé par son créateur Kevin Williamson, le septième Scream enchaîne les figures imposées sans la moindre trace d’humour, d’inventivité ou d’énergie.
« Jouer la carte de la nostalgie » : c’est l’ambition de ce septième opus de Scream, après la tentative de passage de témoin à une nouvelle génération des épisodes 5 et 6 . Neve Campbell, immarcescible interprète de Sidney Prescott, est donc de retour en tête d’affiche et Kevin Williamson (soit le créateur de la saga en personne) se retrouve pour la toute première fois dans le fauteuil du réalisateur… A soixante ans, Williamson se retrouve donc à devoir disserter de nouveau, entre deux gerbes d’hémoglobine, sur les clichés du cinéma d’horreur et l’évolution de la pop culture. Et fait mine de s’intéresser à la passion contemporaine pour les true crimes et, surtout, à la banalisation des deepfakes et de l’IA générative, qui jettent un voile de suspicion généralisé sur les images qui inondent nos smartphones. Voilà pour l’ambition méta, caractéristique des Scream depuis 1996, mais qui reste ici au stade des intentions. Tant le film frappe par son absence d’énergie, d’envie, d’invention. Et d’humour, surtout, ainsi que de pertinence dans le commentaire pop, qui sont censés être les piliers sur lesquels reposent la franchise (et la carrière de Williamson).
Frédéric Foubert
Lire la critique en intégralitéPREMIÈRE A BEAUCOUP AIME
IS THIS THING ON ? ★★★★☆
De Bradley Cooper
Dans son troisième long métrage de réalisateur, Bradley Cooper met en scène Alex (Will Arnett donc) et Tess (Laura Dern), un couple en pleine rupture. Un soir de vague à l’âme, Alex pousse les portes d’un club de stand-up et se lance micro en main dans une courte impro sur sa nouvelle condition de bachelor. La prestation est hésitante mais la présence indéniable et le public, compatissant. Une catharsis est en marche. Alex va devenir un habitué des lieux, adopté par la petite faune des pros du micro. Il pourrait dès lors y avoir un décalage entre l’univers de la scène où Alex se sentirait de plus en plus à son aise pour expier ses ressentiments voire ses fautes et la « vraie » vie où le dialogue serait rompu. L’intérêt est au contraire de montrer le continuum entre l’estrade et la coulisse. Ici la parole circule en permanence, se réinvente mais ne s’épuise jamais. Ce flux ininterrompu impose une dynamique restituée par une mise en scène toujours à bonne distance des êtres et des choses. Et Alex et Tess pris dans l’enchevêtrement de leur vie intime, sans cesse ramené à ce qui est censé les relier, profite de ce chaos pour réenchanter ce qui peut l’être.
Thomas Baurez
Lire la critique en intégralitéEPiC: ELVIS PRESLEY IN CONCERT ★★★★☆
De Baz Luhrmann
Baz Luhrmann n’avait pas tout dit sur Elvis. Quatre ans après son biopic électrisant, le réalisateur lui consacre aujourd’hui un documentaire, quelque part entre le concert film et le portrait impressionniste. C’est en bossant sur son film de 2022 qu’il est tombé sur un trésor : près de soixante heures d’archives inédites dormant dans un entrepôt de la Warner. Boostées par les sortilèges numériques des équipes de Peter Jackson, ces images désormais rutilantes nous propulsent au cœur des shows 70s de l’Elvis « vieillissant » (il n’a que 35 ans) et produisent un effet d’immersion magique, quelque part entre Get Back et Apollo 11. Le King s’y révèle charmeur, cabot, très en voix, bête de scène ultime, et Luhrmann poursuit ainsi son entreprise de réhabilitation de la période kitsch du chanteur. A voir si possible en IMAX, le son à fond, pour avoir l’impression d’être aux premières loges de l’hôtel Intercontinental de Las Vegas, circa 1970.
Frédéric Foubert
Lire la critique en intégralitéLE SON DES SOUVENIRS ★★★★☆
De Oliver Hermanus
Paul Mescal et Josh O’Connor incarnent un duo d’étudiants qui se rencontrent au début du XXe siècle autour du piano d’un bar enfumé. Ces musicologues amateurs tombent rapidement amoureux, mais les années - et la guerre - vont les séparer, après un bref été à sillonner les forêts du Maine pour enregistrer des chants folkloriques. La caméra d’Hermanus, d’un tact presque ancien, s’attache à l’indicible : des regards qui durent une seconde de trop, des doigts qui se frôlent… Chaque geste devient une confession, chaque silence un aveu. Pierre angulaire de ce grand film sur les vies qu’on n’a pas vécus, sur les amours irrésolues et sur la nécessité de préserver ce qui nous est cher (les voix comme les sentiments), Mescal trouve en Lionel un rôle qui traverse les années : du jeune fermier timide à l’homme mur cherchant à comprendre ce qui s’est perdus en chemin. Sa perf, toute en nuances et modulations, reflète l’ambition du film : saisir la beauté fragile de ce qui disparait. Et Hermanus, en enregistrant cette histoire, signe sans doute son plus beau morceau : un film qui murmure, mais qu’on n’oublie pas.
Gaël Golhen
Lire la critique en intégralitéWOMAN AND CHILD ★★★★☆
De Saeed Roustaee
Avec Woman and Child, l’iranin Saeed Roustaee continue de disséquer le patriarcat qui ronge son pays, à travers le destin tragique d’une infirmière, Mahnaz, mère et veuve de 40 ans. La première partie de son film se concentre sur son fils, Aliyar, un garçon turbulent qui perturbe sa classe et organise des jeux d’argent clandestins. Puis, le récit bascule à la faveur d’un drame, et le monde de cette mère s’effondre. Hamid, le prétendant avec qui elle devait se remarier, est tombé amoureux de sa jeune soeur. Son beau-père complote contre elle, et sa mère l’assène d’injonctions sociales insupportables. Plus l’histoire avance, plus Mahnaz subit l’injustice et les trahisons familiales, éprouvant sa pugnacité et sa dignité. Et Woman and Child nous rappelle le Farhadi de la grande époque (Une séparation), offrant un complément parfait, bien qu’un ton en dessous, à la Palme d’Or Un simple accident. Inépuisable pourvoyeur de destins tragiques, le cinéma persan n’a pas fini d’exercer son pouvoir de fascination sur nos yeux occidentaux.
Edouard Orozco
Lire la critique en intégralitéRUE MALAGA ★★★★☆
De Maryam Touzani
Maryam Touzani (Le Bleu du caftan) connaît bien la rue Malaga, située dans le quartier espagnol de Tanger. C’est la ville où elle a passé sa jeunesse et qu’elle a donc choisie pour développer ce portrait d’une octogénaire qui, se pensant arrivée dans la dernière ligne droite de son existence, va retrouver une jeunesse qu’elle n’avait sans doute jamais vécue. Cette femme s’appelle Maria. Elle est la reine de cette rue et qu’il lui est inenvisageable d’imaginer vivre ailleurs. Jusqu’au jour où sa fille vient lui annoncer qu’étranglée financièrement, elle doit vendre cet appartement pour se sortir la tête de l’eau. Rue Malaga se concentre sur les conséquences de ce geste. La manière dont Maria va refuser le déménagement à Madrid pour se réinstaller en douce dans son appartement. On se doute que tout ça n’aura qu’un temps. Mais il y a de la malice dans la manière dont la cinéaste développe cette parenthèse enchantée, à l’intérieur de laquelle cette femme libre va se reconnecter à ses désirs et vivre une histoire d’amour qu’elle n’attendait plus. La manière sensuelle dont Touzani filme l’intimité sexuelle de ces octogénaires, laissée habituellement hors champ fait un bien fou. Et le choix de confier Maria à l’irrésistible Carmen Maura n’a rien d’anodin. Il y a du Almodovar – dont elle a été une des muses – dans sa personnalité comme les couleurs rouge-oranger qui dominent son univers.
Thierry Cheze
ORWELL : 2+2=5 ★★★★☆
De Raoul Peck
En 1946, l’écrivain George Orwell s’isole dans sa propriété d’une île écossaise pour mettre la dernière main à son prophétique roman, 1984. Ce classique de la science-fiction imagine une société répressive entièrement soumise à l’autorité de Big Brother qui contrôle les affects, les pensées, les faits et gestes d’une population sous contrôle permanent. A partir des extraits du journal de l’écrivain britannique, Raoul Peck trace un récit réflexif où la voix- off d’Orwell commente sa vision d’un monde censément futuriste mais qui colle parfaitement au nôtre. Par un habile et édifiant montage, Peck dessine la façon dont nos images d’actualité (guerre en Ukraine, Gaza détruite, Haïti dévasté, discours décomplexés des nouveaux autocrates …), résonnent avec les prédictions orwelliennes basées sur sa lecture à peine exagérée de la réalité post-Deuxième Guerre Mondiale dans laquelle il baignait. On sort de là à la fois groggy et stimulé par la puissance du geste.
Thomas Baurez
PREMIÈRE A AIME
CHERS PARENTS ★★★☆☆
De Emmanuel Patron
Trois enfants. Un petit patron (Arnaud Ducret fantastique en droitard cynique), une éternelle étudiante (Pauline Clément fabuleuse), et un critique/écrivain un peu lose (Thomas Solivéres juste et bien coiffé) se retrouvent chez leurs parents. Ces derniers (Miou-Miou et André Dussollier) leur annoncent qu’ils partent pour le Cambodge afin d’y fonder un orphelinat avec l’argent gagné à l’Euro Million. Panique générale. Vexations, règlements de comptes, hypocrisies acrobatiques et mauvaise foi olympique : chacun va se battre pour récupérer une part d’un gâteau qui n’a pas encore été découpé. Adapté d’une pièce de théâtre à succès, Chers parents est une farce à l’italienne, un quasi huis-clos familial où l’amour et l’argent jouent à Colin-Maillard, et où chaque dialogue est potentiellement une grenade dégoupillée. Porté par cinq acteurs au sommet, le film trouve l’équilibre entre la satire sociale, la vraie comédie familiale avec un vrai sens du rythme.
Pierre Lunn
UN ETE A LA FERME ★★★☆☆
De Hugo Willocq
Alors que le Salon de l’Agriculture vient d’ouvrir ses portes, ce premier long métrage donne le coup d’envoi des différents documentaires sur le monde agricole qui vont sortir dans les semaines à venir. Un coup d’envoi réussi car sur fond de crise agricole et de difficultés économiques et matérielles des petites structures, Hugo Willocq réussit à trouver un axe et à s’y tenir. En l’occurrence la question de la transmission quand, le temps d’un été, l’aîné des enfants de l’agriculteur qu’il suit, âgé de 12 ans, s’intéresse pour la première fois vraiment aux travaux de la ferme en vue peut-être un jour d’un passage de relais. Dépourvu de toute voix-off comme d’interview face caméra, Un été à la ferme raconte avec pudeur et délicatesse la manière dont un père se rapproche comme jamais de son fils par le goût du travail bien fait et de la terre. Une réussite
Thierry Cheze
WELCOME TO EUROPE ★★★☆☆
De Thomas Bornot et Cyril Montana
On a découvert le duo Thomas Bornot-Cyril Montana en 2020 avec Cyril contre Goliath, récit à la Don Quichotte où Montana tentait de lutter contre la collectionnite aigüe de Pierre Cardin qui en rachetant peu à peu les maisons de son village natal et en les laissant vide, le tuait à petit feu. Avec Welcome to Europe, projet bien plus ambitieux, ce petit-fils de réfugié politique espagnol, décide, en mémoire de son grand-père, d’entamer un périple de Paris jusqu'aux frontières de l'Europe à la rencontre de celles et ceux qui ont quitté leur pays. Son culot indéniable lui permet de filmer dans des lieux où les caméras sont souvent interdites. Et ce documentaire qui mêle ces récits d’exilés à des analyses politiques et scientifiques d’une grande pédagogie met à mal nombre d’idées reçues sur ce sujet clivant. On regrettera juste que Montana se mette un peu trop en scène au fil du récit. Car si cela se justifiait pleinement dans son premier long, construit comme un affrontement à distance entre Pierre Cardin et lui, un effacement total derrière celles et ceux à qui il donne la parole et l’ont si peu aurait ici plus approprié.
Thierry Cheze
Retrouvez ces films près de chez vous grâce à Première GoPREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME
CINQ CENTIMETRES PAR SECONDE ★★☆☆☆
De Yoshiyuki Okuyama
Alors qu’il n’a pas encore 30 ans, Takaki en paraît le double. Non sur son visage mais dans sa manière d’être au quotidien. Avec ses collègues de travail comme avec celle qui partage sa vie, il fait montre d’une incapacité à partager quoi que ce soit. Cinq centimètres par seconde s’emploie à raconter en flashbacks et flashforwards (avec ses années collège et lycée) comment celui qui fut un gamin curieux et passionné, a pu en arriver là. En l’occurrence comment un lien fort, dans l’enfance, avec une jeune fille de son âge, puis une séparation violente quand elle a dû déménager du jour au lendemain, peuvent façonner une vie. A cause des occasions perdues qui ne se retrouveront pas comme par le lien invisible qui ne se défera pas. Cinq centimètres par seconde est adapté d’un film d’animation du génial Makoto Shinkai (Suzume). Et le passage aux héros en chair et en os dessert le propos dans sa gestion du mélo. Tout ce qui faisait mouche en animation – à commencer par l’utilisation massive de la musique – donne ici naissance à un trop- plein de mièvrerie guimauve dégoulinante qui impose l’émotion au lieu de la suggérer. Dommage.
Thierry Cheze
JUSTA ★★☆☆☆
De Teresa Villaverde
Avec Justa, Teresa Villaverde (Les Mutants) plonge dans une région portugaise ravagée par un incendie de grande ampleur et déploie un récit autour de la manière dont les survivants essaient de se reconstruire, quelle que soit la gravité de leurs blessures. Un film aride dont on ne peut que louer la rigueur de la mise en scène sous influence de Robert Bresson mais qui, à force de redouter toute dérive lacrymale, finit par assécher son propos et susciter l’ennui, tant sa cérébralité écrase tout le reste. Le pur film de festival, dans toute sa splendeur.
Thierry Cheze
PREMIÈRE N’A PAS AIME
QUARTIER LIBRE ★☆☆☆☆
De Christophe Delsaux
Un architecte arrive dans une cité d’une ville de banlieue pour s’occuper de sa rénovation et se heurte évidemment à la méfiance des habitants du lieu, inquiets des destructions à venir et de voir leur quotidien mis à mal par ce vent de nouveauté. Un sujet passionnant et a priori riche en multiples sous-intrigues liées aux dommages collatéraux de la situation mais dont ce film ne paraît jamais vraiment prendre la mesure. Christophe Delsaux reste à la surface des choses à cause de ce parti pris malheureux de construire son récit autour du jeu de manipulation – et de séduction – entre une des habitantes qui fait vivre sa famille grâce à un petit trafic de contrefaçon et cet architecte. Entre situations téléphonées et réalisation transparente, Quartier libre n’arrive jamais à décoller.
Thierry Cheze
Et aussi
A rising fury, de Lesya Kalynska et Ruslan Batytskyi
Tenir debout, de Romas Zabazaurkas
Les reprises
La Famille Homolka, de Jaroslav Papousek
The Grandmaster, de Wong Kar-Wai
James et la pêche géante, de Henry Selick
Nosferatu, fantôme de la nuit, de Werner Herzog
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