Première
En 1576, la Boétie discourait de la servitude volontaire. Quatre siècles plus tard, le Britannique Harry Lighton illustre le concept dans un premier geste de réalisateur particulièrement décomplexé. Il faut rendre à César, ou plutôt à l’écrivain Adam Mars-Jones (Box Hills, 2020), l’idée originale de cette histoire d’amour pas comme les autres entre Colin, dispensateur de contraventions et choriste à capella à ses heures perdues, et le chevalier en armure de cuir venu le sauver de la monotonie de sa vie de tanguy trentenaire. Très vite, comme l'asphalte défile sous les roues du destrier chromé de Ray (“pillion” désignant précisément le siège arrière d’un deux-roues), un déséquilibre s’installe, matérialisé par l’injonction d’une dévotion ménagère, par un collier en forme de cadenas ou encore par des ébats sexuels façon prises de catch. C’est profondément malaisant, terriblement grisant.
D’abord, grâce au casting : aux grands yeux innocents d’un Harry Melling longtemps associé à la frange grasse de l’horripilant cousin de Harry Potter, s’oppose le gigantisme d’un Alexander Skarsgård froid, implacable, vampirique, rappelant les débuts du Norvégien dans True Blood. Il y a aussi Douglas Hodge et Lesley Sharp en parents poules, échantillon d’une “normalité” relationnelle – hétéro, saine et immuable, dans la santé et la maladie. Pourtant, si le film fait mouche, c’est parce que dans cette étude de la soumission délibérée, de la toxicité revendiquée, le cinéaste se passe de commentaire, se gardant bien d’apposer quelconque prisme moral sur la réalité parallèle de ces motards branchés domination. Et voilà le spectateur livré à lui-même, tâtonnant dans cette obscurité, forcé de se faire son propre avis. Brillant dispositif cinématographique que celui-ci.
Chloé Delos-Eray