Les Américains ont adoré Le Bureau des Légendes. Tellement qu’ils ont décidé de le refaire. Plus sombre, plus musclée, mais moins grisante, cette nouvelle version tente le grand écart entre fidélité et réinvention. Avec classe, mais sans le frisson.
À l’origine, c’est Éric Rochant lui-même qui voulait chapeauter ce remake US de sa série culte. Il a finalement préféré passer la main. Et voilà donc The Agency, adaptation très fidèle du Bureau des Légendes (2015–2020), cette série d’espionnage made in France portée aux nues à l’étranger, jusqu’à figurer dans le classement du New York Times des meilleures séries internationales de la décennie.
Alors, qu’ont fait les Américains de notre cher Bureau ? Une adaptation jusqu’au-boutiste, qui reprend la plupart des intrigues de la saison 1 – au centre, on retrouve le difficile retour à la vie réelle d’un agent de la CIA qui a vécu des années sous couverture en Afrique, et qui veut poursuivre son histoire d’amour impossible - avec un vernis plus sombre, plus musclé. Une série d’espionnage indéniablement sophistiquée, capable de creuser autant la psyché fissurée de ses agents que les jeux troubles de la diplomatie contemporaine. C’est intelligent, dense, souvent passionnant... mais jamais aussi tendu que l’original. Le souffle des premières saisons françaises, quand Marina Loiseau s’enfonçait en Iran, manque cruellement. Plus cérébrale que tendue, plus élégante que haletante.
À l'instar d’un Michael Fassbender qui impose son chic, sa prestance, et illumine l’écran en agent en décomposition intérieure. Autour de lui, Richard Gere, Jeffrey Wright et Lashana Lynch offrent une galerie de seconds rôles aussi réjouissante que le duo Henri Duflot / Marie-Jeanne Duthilleul.
CHIC SANS CHOC
La mise en scène de Joe Wright (Orgueil et Préjugés) soigne l’esthétique, avec un style feutré, très british. Mais cette coquetterie visuelle éloigne le remake du réalisme brut de la version française, et c'est peut-être là que The Agency finit par se perdre un peu : le rythme est trop intellectualisé. Lent, parfois étiré à l’excès, quitte à plomber l’intensité dramatique. Oui, ce Bureau en deviendrait presque ennuyeux, hésitant constamment entre deux tonalités : divertissement pop-corn ou fresque subtile et complexe. À force de jongler entre ses ambitions, The Agency n'arrive jamais à la hauteur de son modèle et n’entrera certainement pas dans la légende. Mais la copie est belle, et n'est pas l'œuvre d'un malotru...
The Agency, saison 1 en 10 épisodes, à voir chaque jeudi sur Canal Plus en France.







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