The Phoenician Scheme
TPS Productions, LLC

Anderson dérange un peu son univers pour faire de la place à des tribulations façon Tintin. À la fois amusant et étonnamment sombre.

Vous êtes lassés du cinéma de Wes Anderson ? Marre de ses récentes explorations tantôt nostalgiques (The French Dispatch), tantôt théoriques (Asteroid City) ? The Phoenician Scheme, en compétition au Festival de Cannes, pourrait bien vous réconcilier avec un réalisateur toujours aussi maniaque, mais qui prend un malin plaisir à fissurer légèrement le moule. On est en 1950 et le richissime et impitoyable industriel Anatole "Zsa-zsa" Korda (l’impeccable Benicio Del Toro) s’est mis à dos plusieurs gouvernement et concurrents. Lancé dans l’ultime phase d’un projet d’infrastructure maritime et terrestre, il voyage de pays en pays pour convaincre ses investisseurs de rester dans le coup, tout en tentant de renouer avec sa fille et en évitant les tueurs à gage lancés à ses trousses…

Une sorte de Tintin en terres andersoniennes, où complots, tentatives d’empoisonnement et sens de l’aventure dopent le récit. Très BD, très rigolo (Zsa-zsa offrant une grenade à ses invités comme on proposerait une pomme ; ses « morts » répétées ; la scène du basket avec Tom Hanks et Bryan Cranston…) et surtout moins bien rangé que ses deux précédents films : The Phoenician Scheme s’autorise à foutre un coup de pied dans la maison de poupées, avançant coûte que coûte en injectant des explosions et du chaos. Un film absurde sur l’absurdité d’un monde peuplé d’hommes violents et nombrilistes, grand gamins obsédés par leur pouvoir. 

Wes Anderson est finalement comme nous tous et l’ère Trump a imprégné insidieusement son imaginaire. Dans ce cas précis, on n’oserait pas s’en plaindre.

The Phoenician Scheme de Wes Anderson, avec Benicio Del Toro, Mia Threapleton, Michael Cera… Durée : 1 h 41. Le 28 mai au cinéma.