Gael García Bernal Magellan
Janus Films

En s’intéressant à la figure du grand explorateur portugais, Lav Diaz fascine par la pertinence de son regard. Le dernier sommet de l'année cinéma 2025.

Le cinéma dominant (occidental) même guidée par un soi-disant humanisme impose par l’énergie d’une mise en scène sûre d’elle-même une vision du monde en surplomb. C’est par ce regard que s’effectue les nouvelles évangélisations. A contrario, des films comme Pacifiction tourments sur les îles ou plus récemment Le Rire et le couteau auscultaient des territoires post-coloniaux - Tahiti pour Serra (coproducteur de ce Magellan) ; la Guinée-Bissau pou Pinho – afin de questionner ce néo-impérialisme par le cinéma. Chez l’un et l’autre, la mise en scène en perpétuelle recherche appréhende un espace et désamorce toute (ré)appropriation.

Dans une logique similaire, le philippin Lav Diaz (La femme qui est partie, Quand les vagues se retirent…), grand explorateur de formes s’empare aujourd’hui de la figure de Magellan (1480 - 1521). Une façon pour lui de réfléchir à l’identité passée et actuelle de son propre pays. C’est en effet sur les côtes de Cebu que le « grand » navigateur portugais va s’échouer et échouer en 1521. Adepte du temps long, Diaz propose des cadres strictes dont la sublime précision ouvre des fenêtres sur des horizons à la pureté virginale. C’est aux êtres, aux choses mais aussi aux spectateurs d’en éprouver la puissance. La beauté picturale n’est jamais le produit d’un vertige bricolé. Comme il est dit ici, « aucun geste » ne saurait être « plus sacré qu’un arbre » Ce regard égalitaire, profondément sensible, raconte l’évolution d’un homme (Gael Garcia Bernal génial), peu à peu guidé par des délires de conquêtes d’espaces et d’âmes. Cela produit une tension sourde d’où peut naître une réflexion sur notre propre rapport au monde décrit. Dément.

De Lav Diaz. Avec Gael Garcia Bernal, Roger Alan Koza, Dario Yazbek… Durée : 2h43. Sortie le 31 décembre 2025