4 Le Cinquième plan de la jetée

La Jetée, 1962, monument cinématographique de Chris Marker, court métrage vertigineux hommage à Sueurs froides ayant lui-même inspiré Terry Gilliam et son Armée des douze singes. Le film composé d’images arrêtées plonge un homme dans des failles spatio-temporelles faisant de lui le témoin de sa propre mort sur la jetée d’Orly. Que montre au juste ce « cinquième plan » qui donne son titre à ce documentaire ? Une vue de dos en noir en blanc d’un couple avec enfant accroché à la barrière face aux pistes d’atterrissage.

Thomas Baurez
T'as pas Changé Commandeur
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T'as pas changé

Le deuxième long en solo de Jérôme Commandeur résonne avec les récents Partir un jour, Connemara et Adieu Jean- Pat, qui comme lui ont raconté le retour, plus ou moins à marche forcée, de personnages sur les terres de leur enfance. Ici, on suit quatre ex lycéens qui après la mort de l’un de leurs camarades, décident, 30 ans après leur bac, de réunir toute leur promo à l’occasion d’une fête. L’humeur est ici à la comédie émouvante.

Thierry Chèze
2 Grafted

Après Together, Else ou The Ugly Stepsister, la tendance body horror ne faiblit pas avec Grafted, qui raconte l’emménagement compliqué d’une jeune étudiante chinoise en Nouvelle-Zélande.

Frédéric Foubert
1 France, une histoire d'amour

Voilà encore une nouvelle preuve que les meilleures intentions du monde ne suffisent pas à faire un grand film. Après des années passées à observer le monde vu d’en haut, Yann Arthus- Bertrand part ici sillonner la France, des quartiers Nord de Marseille aux plages de Calais pour photographier et donner la parole à des femmes et des hommes peu habitués à être sous le feu des projecteurs. Et si son documentaire entend célébrer l’humanité et la fraternité, il souffre de la comparaison avec Les Habitants de Raymond Depardon ou Demain de Mélanie Laurent et Cyril Dion.

Thierry Chèze
4 Duel à Monte- Carlo del Norte

Bill Plympton, maître vénéré d’un cinéma d’animation trash et crayonné qui ne ressemble à aucun autre (L’Impitoyable lune de miel !, Les Mutants de l’espace…), s’essaye au western. Duel à Monte-Carlo del Norte raconte l’affrontement, dans une petite ville forestière, entre un mystérieux cow-boy guitariste et un maire corrompu, qui veut raser les baraques des pêcheurs pour construire un hôtel de luxe.

Frédéric Foubert
2 The Cord of life

Un musicien chinois qui revient sur sa terre natale, un side-car qui l’emmène sous les cieux immenses des steppes mongoles… Plusieurs motifs de The Cord of Life font écho à l’excellent Black Dog, sorti en début d’année. Mais là où le film de Hu Guan jouait la carte du néo-western mutique, celui de la jeune cinéaste Sixue Qiao tient du drame familial délicat. Le récit s’attache à Alus, compositeur hipster, qui quitte la grande ville pour partir avec sa mère, malade d’Alzheimer, à la recherche d’un arbre mythique.

Frédéric Foubert
Les Braises - Virginie Efira
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Les Braises

Le temps long du cinéma complexifie tout quand on entend s’emparer d’un phénomène comme les Gilets Jaunes. Car étant acquis qu’on arrivera longtemps après la bataille (et les films qui l’ont traité, donc le remarquable Boum Boum de Laurie Lassalle), ça oblige à trouver un axe inédit que seul pouvait apporter le recul.

Thierry Chèze
Deux procureurs
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Deux procureurs

Retour à la fiction pour Sergei Loznitsa, après une demi-douzaine de documentaires. Le cinéaste ukrainien dépeint dans Deux Procureurs le périple kafkaïen d’un jeune procureur de la ville de Briansk, au sud-ouest de Moscou. On est en 1937, au sommet de la terreur soviétique, et ce bolchévique idéaliste va peu à peu prendre conscience de la réalité des purges staliniennes, en voulant défendre un prisonnier politique qui est miraculeusement parvenu à lui envoyer un message de détresse, rédigé en lettres de sang.

Frédéric Foubert
L'inconnu de la Grande Arche : affiche
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L'Inconnu de la Grande Arche

Un gros cube transpercé de vide dans lequel se lit la perspective parisienne très napoléonienne qui passe par l’Arc de Triomphe et regarde l’Obélisque de la place de la Concorde. Ce gros cube sis dans le quartier d’affaires de La Défense est tout à la fois l’œuvre de son créateur, « l’inconnu » Johan Otto von Spreckelsen, Danois de 53 ans n’ayant construit jusqu’ici que sa « maison et quatre églises », et de son instigateur, le président-roi François Mitterrand alors à l’aube de son premier septennat.

Thomas Baurez
4 La Vague

D’abord le club : les stroboscopes, la sueur et les couloirs saturés. Le rythme monte progressivement à mesure que la caméra fend la foule. La boîte de nuit est un chaos jusqu’à ce que l’écran se fige sur une fille qui danse. Tout se calme, tout se tend. Un peu plus tard, on retrouve cette fille dans la cour d’une université chilienne. Cette fois-ci, les corps s'organisent, la caméra respire, et soudain tout explose : le béton devient caisse claire, la foule un orchestre. Mots d’ordre scandés, chorégraphie qui claque, l’énergie pure du numéro musical file des frissons.

Gael Golhen
2 Une vie ordinaire

Ça commence par la fin, la guerre, celle que Poutine a déclaré à l’Ukraine en février en 2022. « Comment avons-nous pu laisser faire ? » se demandent alors des manifestants russes révoltés. Retour en arrière : 2009, deux jeunes filles Katya et Yulia ont été placé (à tort) dans un hôpital psychiatrique. Le cinéaste Alexander Kuznetsov les suit entre ces deux balises temporelles pour réfléchir à ce qu’indépendance et liberté veulent dire dans la Russie d’aujourd’hui. Un constat forcément sans appel.

Thomas Baurez
4 Un poète

Lorsqu’il erre dans les rues de Medellín, Oscar ne dégage pas seulement des effluves d’alcool : il empeste la malédiction du poète. Pire encore, il le fait sans le panache des grands noms qui l’ont précédé, puisque sa déclinaison de l’artiste tragique s’affiche davantage pathétique que romanesque. Alcoolique, chômeur, immature, suicidaire, lâche, autodestructeur : Oscar coche toutes les cases du loser irrécupérable. Même lorsqu’il s’essaye à la philanthropie en transposant ses rêves inaccomplis sur une ado douée en poésie, il réussit à se foirer.

Lucie Chiquer
2 On falling

Imaginez Un jour sans fin, mais remplacez le contexte fantastique par celui de la précarité des immigrés. Car nul besoin d’un scénario saugrenu pour se retrouver prisonnier d’une boucle temporelle : aujourd’hui, la routine métro-boulot-dodo suffit. Aurora, immigrée portugaise établie en Écosse comme préparatrice de commandes dans un entrepôt, en subit les frais. Chaque jour, elle répète les mêmes gestes, entend les mêmes conversations, mange les mêmes repas, scrolle inlassablement sur les réseaux.

Lucie Chiquer
4 Ce que cette nature te dit

Le nouveau Hong Sang-soo dure 1h48 ; cela faisait dix ans qu’un de ses films n’avait pas duré aussi longtemps (précisément, depuis Un jour avec, un jour sans en 2015). Avec un scénario plus contrarié qu’à son habitude, le génie tragicomique du réalisateur sud-coréen jaillit ici dans toute sa beauté. Un jeune homme rencontre sa belle-famille durant une journée et une nuit, mais les différences de classe refont vite surface. Comportements minables, alcool triste, repas en plan séquence, nous sommes bien dans un film de Hong Sang-soo.

L'étranger - affiche
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L'Etranger

La puissance de L’Etranger de Camus est aussi insondable que la psyché de Meursault. Qui y a-t-il derrière sa mine (faussement) apathique qui ne verrait le mal, ni le bien, nulle part ? L’homme accomplit pourtant ce que le Bartelby de Melville préférait ne pas faire, une action qui l’engage totalement. Action irréversible. Un meurtre en l’occurrence. On le sait le roman débute par une hésitation, le « ou peut-être hier je ne sais pas. » Adapter L’Etranger en images, c’est se heurter au mur d’une interprétation condamnée à ne pas être suffisante.

Thomas Baurez
The Smashing Machine (poster américain)
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Smashing Machine

L’une des clés de Smashing Machine réside peut-être dans son utilisation d’une reprise de My Way par Elvis Presley. Le morceau illustre un montage sequence montrant l’entrainement du héros du film, Mark Kerr, pionnier du free-fight dans les 90s. My Way, chanson qui fait le bilan d’une vie, est le support musical idéal pour un biopic, racontant en l’occurrence les hauts et les bas d’un sportif, les sommets des podiums comme les tréfonds des séjours en rehab.

Frédéric Foubert
La Femme la plus riche du Monde
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La Femme la plus riche du monde

Pour son sixième long métrage, Thierry Klifa (Le Héros de la famille) s’empare avec malice et finesse d’un sujet o combien casse- gueule : la fameuse affaire Bettencourt et le lien particulier qui a uni Liliane Bettencourt au photographe François-Marie Banier. En changeant les noms des protagonistes, le cinéaste ne bégaie jamais avec les nombreux articles et documentaires consacrés au sujet.

Thierry Chèze
3 Le Secret des mésanges

Co- scénariste des merveilleux La Prophétie des grenouilles et Mia et le migou, Antoine Lanciaux met en scène pour son premier long métrage les aventures de Lucie, âgée de 9 ans, rejoignant le temps de vacances d'été sa mère dans le village natal où elle a grandi et mène des fouilles archéologiques. Un séjour riche en surprises où la petite fille s'évertuera à découvrir un secret de famille enfoui au fil d'un scénario aux rebondissements excellement orchestrés.

Thierry Chèze
Kaamelott Deuxième volet
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Kaamelott- Deuxième volet (partie 1)

Le premier film Kaamelott, sorti à l’été 2021 dans le chaos covidé des salles de cinéma soumises au pass sanitaire, avait laissé aux fidèles de la saga un goût d’inachevé. L’attente avait été longue (12 ans !) depuis la fin de la série télé, mais le film paraissait néanmoins « rushé », inabouti, comme sorti trop vite de la salle de montage. Quatre ans plus tard, on y repense comme à un apéritif, une mise en bouche, un petit échauffement avant que les choses sérieuses ne commencent vraiment.

Pierre Lunn
Jeremy Allen White devient Bruce Springsteen
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Springsteen: Deliver me from nowhere

En 2021, l’industrie musicale retrouvait ses sommets financiers de 1999. Depuis, elle les dépasse sans effort. Grâce au streaming, les chansons sont devenues des produits spéculatifs - et rien de plus rentable qu’un biopic pour doper les écoutes d’un catalogue. C’est dans ce contexte que naît le film Deliver Me From Nowhere, consacré à l’enregistrement de Nebraska, l’album le plus iconoclaste de Bruce Springsteen. Une oeuvre très personnelle, hantée, faite en dépit des attentes du public et de la maison de disque.

1 Pet shop days

Un film d’Olmo Schnabel ? Oui, il s’agit bien du fils du peintre et cinéaste Julian Schnabel. On ne dit pas ça pour enfermer Olmo dans la case infamante des nepo babies, mais pour expliquer pourquoi autant de bonnes fées se sont penchées sur le berceau de son premier long-métrage : Martin Scorsese et Michel Franco produisent, Willem Dafoe, Peter Sarsgaard et Emmanuelle Seigner sont devant la caméra.

Frédéric Foubert
2 The Neon people

Comme tout bon cinéphile qui se respecte, le français Jean-Baptiste Thoret n’écoute que lui. Dans ses films de réalisateur en revanche, on l’entend moins, voire pas. Il écoute les autres avec patience. L’Amérique et ses démons restent le socle de ses voyages. Après We Blew It (2017) et Michael Cimino, un mirage américain (2021), voici ce Neon people qui part à la rencontre de ces homeless vivants dans des tunnels d’évacuation d’eau au sein des entrailles de Las Vegas. A la surface, le Strip et ses mirages, en dessous, l’enfer invisibilisé du réel.

Thomas Baurez
2 Klara déménage

Le récit tient une phrase : Agie aide à déménager son amie Klára qui vient de quitter son mari. Et en une journée, où vont se multiplier les aller- retour entre l’ancien domicile de Klára et le nouveau, chacun distillant du trouble chez Agie par rapport à son couple. Zsofia Szilagyi assume à 100% un parti pris de narration répétitive et de naturalisme qui captive dans un premier temps mais peine à tenir la distance sur 90 minutes. Car ce qu’on y voit et ce qu’on imagine se dérouler dans les têtes des protagonistes finit par devenir trop lisible.

Thierry Chèze
3 Imago

Lorsque Déni hérite d’un lopin de terre dans une vallée en Géorgie, près de la Tchétchénie dont il est exilé depuis de nombreuses années, il entreprend de documenter les découvertes qui accompagneront son retour au pays. Ce motif vu et utilisé à l’excès dans tous les arts (de Retour à Reims de Didier Eribon en littérature à Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino) trouve ici le chemin d’une certaine singularité : cet héritage devient le prétexte d’une libération de la parole entre le réalisateur et les siens.

1 La Disparition de Josef Mengele

Après Limonov, la ballade, d’après Emmanuel Carrère, Kirill Serebrennikov adapte La Disparition de Josef Mengele, best-seller d’Olivier Guez qui racontait l’errance sud-américaine de « l’ange de la mort » nazi, tortionnaire d’Auschwitz ayant réussi à échapper à son jugement pendant plus de trente ans.

Frédéric Foubert
2 Les Cavaliers des terres sauvages

Au cœur des massifs argentins, Michael Dweck et Gregory Kershaw (Chasseurs de truffes) filment une communauté de « gauchos », des gardiens de troupeaux traditionnels. On regrette que le regard politique posé sur ces familles soit trop discret, réduit à un petit sermon sur le port de l’uniforme à l’école. Et que le lourd travail d’esthétisation du plan (noir et blanc élégant, épure du cadre) tende vers l’imagerie d’une pub pour parfum. Mais durée des séquences sauve le documentaire et invite malgré tout à l’immersion dans la pampa des gauchos.

Nicolas Moreno

Arco
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Arco

J’ai perdu mon corps, Flee, Linda veut du poulet !… Cristal du long métrage à Annecy, le premier long d’Ugo Bienvenu ne dépareille dans la liste des récents lauréats. Tant Arco est une merveille. Merveille d’animation en 2D numérique sur matte paintings réalisés à la main, renversante de beauté, sous influence digérée de Miyazaki. Merveille de scénario (co- écrit par Félix de Givry) qui ravira les amateurs d’Amblin comme les amoureux de Wall- E, pour sa capacité à parler à tous les publics.

Thierry Chèze
L'homme qui rétrécit - affiche
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L'homme qui rétrécit

On pourrait s’arrêter au défi techno raconté dans ce magazine : les plans de motion control, les décors géants retravaillés, ces matières réinventées pour qu’une goutte d’eau ou une allumette retrouvent une échelle crédible. L’homme qui rétrécit version Kounen/Dujardin aurait pu n’être qu’un numéro de haute voltige visuelle. Mais derrière la révolution se cache un grand film poétique et spirituel : une tentative étrange et bouleversante de raconter comment un homme se retranche du monde pour mieux accepter sa disparition.

Gael Golhen
La Petite Dernière
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La Petite dernière

La Petite dernière qui marquait l’entrée dans la compétition cannoise d’Hafsia Herzi réalisatrice prolonge en montant de plusieurs crans ce qui a fait le sel de ses films précédents, Tu mérites un amour et Bonne mère. Cette mise en scène qui magnifie les visages, les regards et les corps. Sa virtuosité dans l’art des dialogues. Cette même maestria à orchestrer des scènes chorales agitées que des moments d’intimité. Le tout au service de son tout premier exercice d’adaptation.

Thierry Chèze
Le Jour J Kev Adams
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Le Jour J

Chez les Porte, les hommes, de génération en génération, ont une fâcheuse tendance de mourir en héros. Alors en juin 44, la mère du jeune Denis a réussi à le faire planquer sur une base militaire anglaise… factice où, sa seule mission est de déplacer au quotidien des soldats postiches pour tromper l’année. Mais sa rencontre avec un jeune médecin algérien qui rêve de rencontrer De Gaulle et une soirée particulièrement arrosée vont les entraîner tous deux à prendre part au débarquement. Même s’ils n’en connaissent ni la date, ni le lieu exacts.

Thierry Chèze