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Hubert Charuel signe un premier film singulier, entre drame rural et thriller mental.

Hubert Charuel vient de recevoir le César du meilleur premier film pour Petit Paysan. A sa sortie, Première avait soutenu ce long métrage original.

Petit Paysan : rencontre avec l’équipe du film

Petit Paysan met en scène Pierre, jeune éleveur laitier passionnément épris de son travail et de ses vaches qu’il bichonne avec des attentions d’amoureux. Sa vie sociale est volontairement limitée, sa vie affective flirte avec le néant. Le jour où l’une de ses bêtes est frappée d’un virus venu de Belgique, son univers s’écroule. Pierre sombre… Fils et petit-fils de paysans, Hubert Charuel a rompu avec la tradition familiale en tentant (et réussissant) la Fémis. Nul ne sait ce que le monde rural a perdu mais tout le monde va pouvoir constater ce que le 7e art y a gagné : un réalisateur à l’univers original, qui puise autant dans l’héritage naturaliste français que dans le cinéma de genre américain – il ne faut pas trop le chauffer pour qu’il cite à l’envi Tarantino, les Coen, Scorsese, on en passe. Ultra-réaliste (il a été tourné dans la ferme familiale avec des proches en guest-stars), son film brille par sa photo expressionniste et ses visions aux frontières du surréalisme. On pense à Claire Denis qui, elle aussi, aime ancrer ses films dans des contextes précis pour mieux les tordre à ses obsessions étranges et inquiètes.

Docufiction et thriller mental. Le basculement est au cœur de Petit Paysan. Celui d’un mode de vie et de production (Pierre travaille à l’ancienne) mais, surtout, celui d’un homme gagné par la paranoïa et hanté par la peur de l’effacement : la fin de sa ferme signifierait aussi la sienne. Charuel retranscrit de la meilleure des façons le mal-être paysan, qui se traduit à la fois par une puissante présence au monde (le côté « terrien ») et un inexorable sentiment d’abandon de la part des pouvoirs publics, en l’imbriquant dans un récit aux airs de thriller mental. On s’instruit (vous saurez tout sur les contrôles sanitaires) tout en étant intrigué, dérouté par les choix de Pierre, dictés par une santé mentale déclinante. On s’amuse aussi, l’interaction entre le héros et sa sœur, vétérinaire pragmatique, fonctionnant selon le principe du duo mal assorti. Porté par l’interprétation hallucinée de Swann Arlaud, Petit Paysan sort réellement des sentiers battus. Sans jeu de mots.
 

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