Matthew Vaughn : "Michael Caine, c'est notre Alain Delon"

Kingsman

Rencontre avec le réalisateur de Kingsman.

Matthew, Kingsman est sans doute l’un des films les plus british jamais tournés… Ouh là, venant d’un Français, je ne sais pas comment je dois prendre cette remarque… Ah ah ! Non, sérieusement, vous avez raison, cette idée de célébration de la britishness était effectivement au cœur du film. Kingsman est né au cours d’une conversation très très arrosée dans un pub. Ce soir-là, avec Mark Millar (auteur de Kick-Ass et du comics qui a inspiré Kingsman), on éclusait des pintes en parlant films d’espionnage. On se lamentait du fait que le genre est désormais complètement dépourvu de fun. Bond, Bourne, c’est deux fois le même personnage, il n’y a plus que leur accent pour les distinguer… Après ça, le script a été super facile à écrire, c’est vraiment un best-of de tout ce que j’ai fait jusqu’à présent – le film de gangsters avec Layer Cake, le film de super-héros avec Kick-Ass et X-Men… C’est drôle à dire, mais c’est sans doute mon film le plus personnel.

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Perso, mais quand même très gros… Quand je commence à réfléchir à un film, je me fous du budget. D’ailleurs, à la base, Kingsman était censé être un petit film indé. Mais il n’a jamais cessé de grossir, grossir et grossir encore… Au bout d’un moment, j’ai fait les comptes et compris que la facture allait être salée ! Au final, il doit coûter quelque chose comme le tiers d’un James Bond. Vu d’Hollywood, c’est minuscule. Pour les indés, c’est une énorme machine de guerre.

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Une alternative british au blockbuster yankee ? C’était un peu l’idée, oui. Vous imaginez un studio produire ça ?

L’immense plaisir qu’on prend devant Kingsman vient de la façon très minutieuse avec laquelle vous gérez le ton du film. Tout y est une question de dosage. C’est ironique mais jamais cynique, postmoderne et référentiel mais jamais poussiéreux… Merci de le souligner. On s’est donné du mal et ça fait du bien de savoir que le message a été reçu. Parce qu’une chose est sûre : personne ne nous donnera jamais un Oscar pour Kingsman ! Mais oui, en effet, l’idée était vraiment de célébrer les spy movies. Que ce soit joyeux, jamais cynique ou négatif. Il s’agissait de ne pas se prendre au sérieux, sans sombrer pour autant dans la parodie. Ni Bourne, ni Austin Powers !

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Les Américains ont les films de super-héros, les Français ont les films de doctorants de troisième cycle et les Anglais, eux ont les films d’espions. Comment et pourquoi ce genre est-il devenu le symbole ultime de la fiction british selon vous ? On a Ian Fleming, Harry Palmer, Chapeau melon et bottes de cuir, John Le Carré, c’est vrai que la tradition est riche… Je ne sais pas vraiment comment l’expliquer. Nous les Anglais sommes tellement discrets, réservés, on ne montre jamais nos émotions, peut-être qu’on est les espions ultimes après tout. Roger Moore a dit un jour : «  James Bond est le plus mauvais espion de la planète, dès qu’il débarque quelque part, il y a quelqu’un pour le reconnaître : « Bonjour Mr Bond » ». Ah ah ! Bon, ça contredit en partie ma théorie, mais j’aime bien cette blague…

Il a toujours été question que Colin Firth tienne le rôle principal ? Depuis ce fameux soir au pub avec Mark Millar ? Hum… Je ne sais plus. Aucun souvenir. Comme je vous le disais, on avait pas mal bu ce soir-là. La question de départ était la suivante : qui est le David Niven d’aujourd’hui ? On est arrivé à Colin assez naturellement.

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Et Michael Caine ? C’était inenvisageable de faire le film sans lui ? Sur tous mes films, je me fais un devoir d’embaucher un acteur que j’adorais quand j’étais gosse. Sur Stardust, j’avais carrément sous la main Robert de Niro ET Peter O’Toole… Pas mal, non ? Michael Caine est un inépuisable réservoir à anecdotes. Avoir le privilège de discuter avec lui entre les prises est en soi une raison suffisante de faire ce job.

Comment expliquer aux Français ce qu’il représente aux yeux des Anglais ? Facile : c’est notre Alain Delon.

Vous vous plaignez que le genre « espion » soit devenu trop sérieux aujourd’hui. Vous pensez que Bond redeviendra fun un jour ? Bien sûr. Bond survivra à tout. Dans les années 70, on l’envoyait dans l’espace pour concurrencer Star Wars. Il a survécu à Moonraker, il survivra à Jason Bourne.

Il y a quelques années, vous avez failli réaliser Casino Royale. Kingsman, c’est votre revanche ? Eh oui, pendant 24h, j’ai cru que j’allais réaliser un James Bond… J’ai pu donner mon avis sur le script, dire aux gens de la MGM des phrases comme « Daniel Craig est vraiment un super choix ». Ah ah ! Puis ils ont changé d’avis… Ça a été dur. Mais tout va bien aujourd’hui. J’ai bien évacué ma frustration grâce à Kingsman.

Interview Frédéric Foubert

 


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