20th Century Fox

Rencontre avec une star au firmament.

Mise à jour du 16 mars 2018 : En octobre 2015, Première avait rencontré Matt Damon pour parler de son bon film de SF Seul sur Mars. Un entretien que nous repartageons aujourd'hui, car le film sera diffusé pour la première fois en clair dimanche soir sur TF1.

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Entretien du 20 octobre 2015 : Sur l’affiche américaine de Seul sur Mars, un message recouvre le visage de l’astronaute joué par Matt Damon : « Bring him home. » (« Ramenez-le sur Terre. ») Manière de dire que toute la planète désire son retour. Désirer est le mot : du latin desiderare, il signifie littéralement « dé-sidérer », « faire redescendre des étoiles ». Pourtant, à en juger par le box-office, Matt Damon est bel et bien une superstar au firmament. Pour Première, il parle de ses affinités avec son personnage, de son entente avec Ridley Scott et de ses rapports avec les metteurs en scène en général, et les plus grands en particulier.

Quoi ? Seul sur Mars n'est pas une histoire vraie ?

Lorsque vous êtes arrivé sur le plateau de Seul sur Mars, la plupart des autres acteurs avaient déjà fini de tourner. Vous vous êtes senti isolé ?
Mais non. Ridley était avec moi tout le temps, ainsi que les cinquante membres de l’équipe. Si nous avions vraiment fait Robinson Crusoé, ça aurait été plus compliqué. À la différence de Tom Hanks dans Seul au monde, qui était isolé sur une île, mon personnage se sait observé. Il utilise des caméras pour laisser des messages aux générations futures.

Même si votre personnage se bat pour sa survie personnelle, ce qu’il expérimente sera utile à la communauté. Vous sentez-vous proche de lui ?
C’est l’un des thèmes qui m’a attiré : participer à une entreprise qui dépasse l’individu, donner la priorité à l’intérêt général plutôt qu’à sa propre sécurité. Désolé si ça sonne comme un discours politique.

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Mais c’est politique. Et c’est raccord avec votre implication personnelle dans une ONG.
J’ai pris conscience de l’énormité du problème de l’eau. Comme personne n’en parlait, j’ai cofondé Water.org, une organisation qui aide à financer des systèmes d’approvisionnement en eau. Plutôt que de creuser des puits, nous utilisons un modèle plus efficace, basé sur le microcrédit et le microfinancement. Résultat, nous touchons bien plus de monde. Jusqu’à présent, nous avons fourni de l’eau potable et des sanitaires à 3 millions de personnes. Mais il reste du travail, 770 millions de gens sont toujours privés de toilettes.

Il y a beaucoup d’humour dans le film, mais il est à double tranchant, parce qu’il cache beaucoup de noirceur. Comment l’avez-vous dosé ?
Tout l’humour que déploie le personnage pour garder le moral vient du livre (écrit par l’américain Andy Weir). Mais il repose sur un équilibre très délicat, c’est vrai. Nous en avons beaucoup parlé avec Ridley. La note est très difficile à tenir, parce qu’il faut rester juste. Si on va trop loin dans l’humour, on affaiblit la tension à laquelle est soumis le personnage. Mais si on fait l’inverse, on s’engage dans un film complètement différent, comme La Mort suspendue de Kevin MacDonald, qui détaille la désolation d’une sorte de crise existentielle, liée à la solitude et à l’instinct de survie. C’est un film incroyable, mais ce n’est pas ce que nous voulions faire.

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Comment situez-vous Ridley Scott par rapport aux autres réalisateurs que vous avez connus ?
Ridley planifie dans les grandes lignes, mais lorsqu’on est aussi méticuleux, on est aussi flexible et ouvert. Sa méthode consiste à préparer le terrain pour confronter les opinions. Ensuite, il est l’arbitre ultime. Tous les plus grands – Spielberg, Soderbergh, Clint (Eastwood), les Coen – ont en commun ce sens de la collaboration. Après, chacun le fait à sa façon. Il y a tellement de décisions à prendre et la responsabilité financière est telle que la pression révèle immanquablement leur personnalité.

Vous-même, avez-vous envisagé de passer à la réalisation ? Vous auriez eu l’occasion d’apprendre à bonne école !
Il y a dix-huit ans, quand je préparais Le Talentueux Mr. Ripley, le metteur en scène Anthony Minghella venait de gagner plein de prix avec Le Patient anglais. À notre première entrevue, il s’est mis à me poser des questions sur Francis (Coppola), Gus (Van Sant) et Steven (Spielberg), avec qui j’avais travaillé l’année précédente. Je lui ai dit que j’étais surpris qu’un maître tel que lui me pose ces questions à moi qui n’avais que 27 ans. Il m’a alors expliqué que les cinéastes sont isolés, comme s’ils vivaient sur leur île. Chacun invente sa propre façon de faire, ils ont rarement l’occasion de voir leurs collègues travailler. Depuis ce jour, j’ai scruté très attentivement ce que faisaient les réalisateurs. Un jour ou l’autre, je trouverai le bon créneau pour m’y mettre.

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Il y a quelques années vous avez été classé par le magazine Forbes parmi les acteurs les plus rentables. Est-ce que ça a changé votre façon de choisir vos rôles ?
C’était il y a une dizaine d’années. Ils avaient calculé que pour chaque dollar investi sur moi, j’en rapportais 29. Il faut préciser que leur calcul était basé sur mes trois derniers films d’alors qui avaient cartonné. Deux ans après, Forbes publiait une liste des dix plus mauvais investissements, et j’en faisais partie ! Cette liste n’a qu’une valeur éphémère. Il en existe une autre, plus proche de la réalité, qui circule à Hollywood. Nous ne la voyons jamais, mais on sait si on en fait partie ou non, en fonction des scripts qui nous sont proposés. Elle a une grande importance, parce qu’elle permet de travailler avec les vrais bons réalisateurs. C’est ce qui m’a valu d’être choisi par Alexander Payne pour tourner avec lui l’année prochaine, sur un très bon sujet, avec un très gros budget pour lui.

Dans Seul sur Mars, les Chinois jouent un rôle important dans le sauvetage de votre personnage. Pouvez-vous nous parler de La Grande Muraille, que vous avez tourné avec Zhang Yimou ?
C’était incroyable. J’ai passé cinq mois en Asie avec ma famille. Comme Ridley, Zhang Yimou est un de ces maîtres avec qui je rêvais de travailler depuis toujours. La Grande Muraille est une des plus grosses coproductions jamais entreprises avec la Chine. L’équipe était composée à parts égales d’Occidentaux et d’Asiatiques, il y avait des traducteurs partout dans chaque département. C’est un film fantastique d’époque, centré sur un ordre clandestin de soldats chargés de protéger la Grande Muraille contre des monstres chinois mythiques qui l’attaquent tous les cinquante ans. Je n’avais jamais rien fait de tel auparavant.    

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