Le prince oublié
Pathé

Michel Hazanavicius signe un conte modeste mais efficace.

Dans Le Redoutable, son précédent film, Michel Hazanavicius tirait le portrait de Godard dont il détournait la grammaire cinématographique pour faire un biopic « à la manière de ». Un drôle de projet, méta en diable, dont on trouve des traces résiduelles dans Le Prince oublié, film de commande dans lequel le cinéaste reprend l’idée du commentaire dans le commentaire : on est à la fois avec Djibi (Omar Sy) et dans sa tête ; dans la réalité objective et fictionnalisée. Djibi, c’est un père veuf qui a construit une relation fusionnelle avec sa fille, Sofia, à qui il raconte des histoires extraordinaires (qui s’incarnent à l’écran) dont il est le prince, et elle, la princesse. Mais à son entrée au collège, Sofia n’a plus besoin d’histoires pour s’endormir, ce qui précipite leur monde imaginaire dans le chaos. En s’éloignant de son père, la jeune fille relègue le prince de la fiction aux oubliettes... Oui, on pense beaucoup – un peu trop – à Vice-Versa dont Le Prince oublié est une version inversée qui adopte le point de vue des adultes. L’émancipation est bien celle du papa qui doit se résoudre à voir partir sa fille un jour. C’est donc la chronique d’une séparation, tendre et cocasse, que nous conte un Michel Hazanavicius étonnamment très premier degré – il voulait faire un film pour sa fille. Cet hymne à la paternité, s’il manque de mordant narratif et de trouvailles visuelles (une bonne idée cependant : assimiler le monde imaginaire à un plateau de cinéma), peut réussir à émouvoir par son côté ligne claire.