La saga Harry Potter film par film : 3. Le Prisonnier d’Azkaban

La saga Harry Potter film par film : 3. Le Prisonnier d’Azkaban

Retour sur le succès fou de Harry Potter pour se préparer à la sortie des Animaux fantastiques.

Durant une décennie, Harry Potter a ensorcelé la planète. Première vous propose de replonger dans son univers magique avant de découvrir son spin-off/préquel Les Animaux fantastiques au cinéma la semaine prochaine. Il est temps de (re)découvrir les secrets du Prisonnier d’Azkaban.

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L’histoire : Harry Potter fugue de chez les Dursley après avoir fait gonfler l'une de ses tantes moldues et découvre alors qu’un redoutable sorcier s’est évadé de la prison d’Azkaban, Sirius Black. Accusé d’avoir trahi les parents du héros, il se serait échappé pour retrouver Harry et le tuer. Espérant le protéger, ainsi que les autres étudiants de Poudlard, Dumbledore accepte que le château soit surveillé par les "Détraqueurs", ces gardiens de prison au pouvoir glaçant : ils aspirent toute la joie de quiconque les approche de trop près.

Les coulisses : Exténué par le tournage rapproché des deux premiers épisodes de Harry Potter, Chris Columbus reste producteur de cette suite, mais laisse sa place de réalisateur à Alfonso Cuaron (Y tu mama tambien), qui le tournera durant quasiment toute l’année 2003 (de février à novembre). Le blockbuster sort en juin 2004, et non avant Noël comme ses prédécesseurs. Et c’est loin d’être le seul changement au sein de la saga…

Cuaron s’entoure en effet d’une équipe en partie renouvelée : si le scénariste Steven Kloves et le compositeur John Williams sont toujours là, Michael Seresin, le chef opérateur de Midnight Express et Fame, ainsi que la costumière française Jany Temime vont transformer le look général de Harry Potter. Le livre, qui relate comment les héros quittent l’enfance pour entrer dans l’adolescence, marquait déjà une rupture avec les deux précédents, mais c’est encore plus frappant à l’écran. "Tout va changer" prévenait l’affiche. Cette publicité n’était pas mensongère. Visuellement, notamment, ce troisième volet est le plus imaginatif.

 

La réplique : "Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises." La formule permettant d’ouvrir la carte du Maraudeur illustre parfaitement le changement de ton de ce troisième épisode, où le trio grandit et se rebelle. Les vêtements "normaux" jurent avec les tenues d’écolier, la trop sage Hermione se lâche, Harry désobéit aux figures d’autorité… Ce sont d’ailleurs ces mots qui sont choisis pour conclure le film, avant que ne débute le générique de fin le plus inspiré de toute la saga, animé par les pas des élèves et des professeurs qui rodent dans Poudlard. En plus, il est rempli de blagues cachées destinées à être décryptées par les fans de Harry Potter les plus attentifs.

La "scène de sexe" bien cachée de Harry Potter 3 décryptée par son créateur

Le sort : On aurait pu choisir "Expecto Patronum", qui permet de créer un Patronus capable d’éloigner les Détraqueurs, car c’est le plus répété au fil du film, mais on lui préfère "Lumos maxima". Dès l'ouverture, la magie opère, et Cuaron fait bien ressentir que la rébellion sera au cœur de son film. Harry lit en cachette en éclairant son ouvrage avec sa baguette, désobéissant ainsi à son oncle, qui lui avait ordonné d'aller dormir. Un avant-goût de toutes les "bêtises" qu’il ne cessera de faire par la suite : fuguer, foncer dans les rues de Londres à bord du Magicobus, mentir aux professeurs, utiliser la carte des Maraudeurs pour échapper à la surveillance des professeurs...

La Warner Bros. a bien compris l’impact de cette formule sur les spectateurs et l’a depuis réutilisée… pour promouvoir Les Animaux fantastiques. En jouant ainsi la carte de la nostalgie, la firme parvient à replonger en un instant les fans dans son univers magique.

http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Les-Animaux-Fantastiques-Lenorme-clin-doeil-du-teaser-Harry-Potter-3

La scène : La séquence du Magicobus fourmille d’idées originales (c'est d'autant plus rafraîchissant qu'elles ne viennent pas toutes du roman de J.K. Rowling), et la scène du retour dans le temps de Harry et Hermione pour sauver Buck est également mémorable, mais comme souvent dans Harry Potter, ce sont surtout des détails qui marquent les esprits. Les affiches "Wanted", où un Sirius Black animé apparaît très menaçant, instaurent par exemple un climat inquiétant durant la première partie du film. A la fin, une fois que la vérité sur Sirius a été découverte et que la particularité du professeur Lupin se déclenche malgré lui, Rogue se retrouve face au loup-garou en compagnie de Harry, Hermione et Ron, et il a alors un réflexe de protection qui sème pour la première fois le doute sur son personnage. Présenté jusqu’ici comme un professeur froid, qui s’acharne qui plus est sur Harry, Rogue est à présent plus ambigu. On est pourtant à quatre épisodes de la révélation finale le concernant.

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Le casting : Le Prisonnier d’Azkaban marque l’arrivée d’un nouvel interprète de Dumbledore, Michael Chambon, suite au décès de Richard Harris quelques semaines avant la sortie de La Chambre des secrets. Il n’est évidemment pas le seul à rejoindre la saga à succès, chaque nouvel épisode accueillant son lot de sorciers et de moldus interprétés par des comédies reconnus. Emma Thompson (ex-compagne de Kenneth Branagh, alias Gilderoy Lockhart, avec qui elle a tourné plusieurs adaptations de Shakespeare) et David Thewlis (Naked, de Mike Leigh) sont engagés comme professeurs de divination et de défense contre les forces du mal, Timothy Spall est Peter Pettigrow et surtout, Gary Oldman joue le rôle le plus mystérieux de cet épisode, Sirius Black. Annoncé comme le grand méchant de cette suite, il s’avère en fait être un allié de taille de Harry dans sa lutte contre Voldemort. Célèbre jusqu’ici pour ses rôles de "bad guys" (Léon, Dracula, Le Cinquième élément...), il incarne ici l’un des modèles positifs de Harry, un personnage très important dans son parcours.

Casting Harry Potter 3

 

Le Prisonnier d’Azkaban au box-office : Harry Potter est une saga qui ne connaît pas l’échec. Ce troisième blockbuster a enregistré le plus petit score de tous, soit la bagatelle de 796 millions de dollars à travers le monde. Paradoxalement, l’épisode le plus créatif de tous est donc le plus faible auprès du public... Mais peut-on vraiment parler de faiblesse quand on atteint de telles sommes ?  

 

Le Prisonnier d’Azkaban dans Première : "Comment ça se fait ? Dans Harry Potter, il y a des babas cool partout". C’est par ces mots que s’ouvre le premier article consacré à Harry Potter dans le numéro de juin 2004. Daniel Radcliffe est une nouvelle fois en couverture du magazine, où deux articles lui sont consacrés : dans le premier, la nouvelle costumière décrit le changement de look des personnages ("Dumbledore, c’est un hippie avec beaucoup de classe. Il a voyagé, en vrai ou dans sa tête, et a tout vu. Je l’ai habillé de plusieurs couches de soie mauve très légère car c’est un homme d’esprit, raffiné en tout point. Il devait avoir l’air très glorious.», puis dans un dossier "Scary Potter" sont annoncés les principaux changements de cet épisode.  En commençant bien sûr par son metteur en scène : "Ce que l’on pouvait reprocher à Chris Columbus: avoir oublié d’ajouter un petit supplément d’âme aux deux premiers livres de J. K. Rowling. Ce que l’on souhaitait de la part d’Alfonso Cuarón (Y tu mamá también; La Petite Princesse): qu’il apporte sa vision, un point de vue, à la saga Potter. (…) Son grand pote, Guillermo Del Toro, réalisateur de Blade 2, l’a encouragé en lui donnant cet étrange conseil: "N’essaie pas de faire ton film à partir de l’oeuvre. Lance-toi et sers Harry Potter, fonce et rends service au matériau." Raté. Longs plans-séquences, multiples prises de vues au grand angle et nombreux mouvements de caméras, révolution du look des jeunes acteurs et dramatisation poussée de l’histoire, font de ce film, comme le confirme Gary Oldman, non pas un Harry Potter 3 mais un film d’Alfonso Cuarón. Souhait précédemment exprimé exaucé."

Couv Harry Potter 3

 

Notre critique : Alors que l’écran est encore noir, les premières notes de musique s’égrènent comme un avertissement. Il s’agit bien de la mélodie d’Harry Potter, mais on y perçoit quelques dissonances troublantes destinées à installer, bien avant la première image, le climat fantastique et les nombreux bouleversements souhaités par Alfonso Cuarón, le nouveau réalisateur de ce troisième épisode. (…) La saga Potter se métamorphose avec ses acteurs, elle devient plus rebelle, plus torturée. Donc plus contemporaine. D’autant qu’Alfonso Cuarón, après les visions sans supplément d’âme livrées par Chris Columbus, a fait le choix de la noirceur, des doutes et des peurs liés à l’adolescence. Largement tourné au grand angle, son film est plus cru et rend bien compte de la métamorphose physique des enfants. Il vient au plus près observer le tumulte intérieur qui menace chez Harry, sorte de poor lonesome cow-boy incompris. Autres modifications profondes au service de ce parti pris: le travail sur l’obscurité effectué par le chef op, qui fait basculer l’ambiance vers l’étrange, et celui de la costumière, qui pousse le style des protagonistes vers un psychédélisme néobaba assez étonnant. Enfin, Alfonso Cuarón et son scénariste ont multiplié les impasses et les raccourcis. Décision judicieuse puisqu’ils leur permettent de mettre l’accent sur l’intensité dramatique de l’histoire en évitant les scories qui parasitaient les deux premiers. Le Prisonnier d’Azkaban (chaque ado n’est-il pas prisonnier de lui-même?) est un rite de passage vers l’âge adulte et réalisé comme tel. Harry Potter, c’est plus seulement pour les petits, c’est aussi pour nous !
(à suivre)

Elodie Bardinet (@Eb_prem)


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