Jusqu'ici tout va bien est une vraie comédie feel good imparable [critique]
Mars Films

Gilles Lellouche et Malik Bentalha sont impeccables devant la caméra de Mohamed Hamidi.

L’histoire de Jusqu'ici tout va bien est simple : pour échapper à une sanction pour fraude fiscale, le patron d’une agence de com’ parisienne doit déménager ses bureaux et ses employés dans le pire quartier de La Courneuve. Lorsqu’il débarque là-bas, c’est un cauchemar : voitures brûlées, racket à tous les étages… le film va mettre en scène la rencontre entre ce startupeur sûr de lui (Gilles Lellouche impeccable) et un jeune des banlieues vaguement maître chien qui va leur servir de caution et de fixeur (Malik Bentalha, parfait). Asseyez-vous la comédie peut commencer.

Sur le papier c’est cousu de fil blanc : le choc des contraires. Un thème rebattu mais explosif puisque récemment, Neuilly sa mère, sa mère avait montré comment ce genre d’idées pouvaient vite sombrer dans une caricature et un cynisme opportun. Le film de Mohamed Hamidi est beaucoup plus fin et malin que ça. Plus drôle aussi et habité par un véritable idéal. Il est surtout très réussi parce qu’il y flotte un parfum de comédie italienne. Hamidi sait raconter en quelques plans la débrouille quotidienne, la solidarité bourdonnante et l’énergie du collectif qui permet de survivre dans ces banlieues. On n’est jamais dans la satire, mais plutôt dans un humour tendre (qui sait être corrosif) qui va vite, propulsé par les machines de guerre que sont ses acteurs.

Car ce qui compte ce n’est pas seulement le message (on s’en sortira en s’entraidant et en mélangeant nos différences), ce sont les personnages, tous parfaitement typés et qui forment une belle bande de clowns comme au meilleur temps de la comédie ritale. Lellouche et Bentalha semblent organiser leur échec (professionnel ou personnel) comme d’autres se créent des lettres de noblesse : avec constance et application. Ils se débattent dans des zones en ruine et leur maladresse touche au sublime. Bentalha, Pierre Richard 2.0, est épatant en maître-chien flippé des canidés. A ses côtés on trouve le bras droit de l’agence, sévère mais juste, joué avec un sens du tempo idéal par Sabrina Ouazani. On croise une bande de gitans qui tente de professionnaliser son trafic de shit, une comptable qui vire zen et Krishna, un DA plus vrai que nature, des gamins qui traînent et qui font office de chœur antique. Et au milieu de tout cela : Lellouche impérial, à l’aise dans tous les registres, cabot quand il faut, émouvant quand c’est nécessaire, et réussissant à lier sa team. Le tout est emballé par des vannes et des gags qui font mouche sans jamais avoir peur du cliché ou du politiquement incorrect (un des personnages tente de faire diversion et d’attirer l’attention des flics en répétant de timides "nique la police", et finit par gueuler un "Allahu Akbar" qui rameute les condés illico). Une vraie comédie feel good imparable.

Jusqu'ici tout va bien, prix du public au festival de l'Alpe d'Huez, sort le 27 février au cinéma. Bande-annonce :

Jusqu'ici tout va bien : Gilles Lellouche et Malik Bentalha face à notre stagiaire de 3ème