Critique : Valérian et la Cité des mille planètes, la Space Oddity de Luc Besson

Valérian et la Cité des mille planètes

Geste de cinéma démesuré, Valérian a du mal à tenir la distance mais est bourré de visions de SF pures.

Un prologue en forme de montage sequence qui raconte la conquête de l'espace depuis 1975, la rencontre avec des races aliens et la construction d'Alpha, une cité galactique neutre (à partir de la Station spatiale internationale) au son de "Space Oddity" de Bowie. Puis un récit sans paroles de la destruction d'aliens sur une planète paradisiaque, enfin une mission bizarre de deux agents "spatio-temporels" dans un grand souk existant sur deux niveaux de réalité... La première heure de Valérian et la Cité des mille planètes pourrait bien rester dans les annales, en associant brillamment les deux grandes tendances de la science-fiction : la prospection (que va-t-il se passer dans l'avenir ?), et l'imagination jusqu'au délire (créatures, décors, objets). Lorsque Luc Besson pioche avec joie dans le bestiaire space opera de Christin/Mézières et ne raconte rien ou pas grand-chose (la mission de Valérian et Laureline est un pur gimmick pour traverser le "Big Market" demi-virtuel), il se laisse aller à la poésie, il suit son rythme de fan de SF pure, d'oeuvre-univers où chaque recoin de l'image fourmille de détails et d'humour ; quelque part entre Jack Vance pour le phrasé (poétique, rimbaldien) et Iain M. Banks (pour le propos cosmique gentiment anar).

Mais dans la space oddity de Besson, les étoiles sont finalement trop familières. Lorsque le carcan du scénario -déjà vu et prévisible- se referme sur Valérian, le film semble fonctionner sur les réserves, vite à court d'énergie. Le film, trop long (près de 2h20), ne possède pas la légéreté dégraissé du Cinquième élément qui cherchait la rapidité pure, et s'épuise vers une conclusion trop longue, trop classique, loin du délire en liberté de sa première partie. C'est également peut-être dû à un déséquilibre du script (clairement, c'est Laureline l'héroïne, alors que le film revient sans cesse vers Valérian) à la construction finalement bancale. Lorsque Valérian plane et fait des riffs, on le suit dans son "dérèglement de tous les sens", mais lorsqu'il joue à Die Hard dans l'espace, ça retombe aussi sec. Reste toutefois le geste de cinéma, sans aucun précédent dans l'histoire du cinéma français : un geste de cinoche démesuré, mégalo, sincère et unique, qui porte la marque de son auteur à chaque plan, pour le meilleur comme pour le pire.

Bande-annonce de Valérian et la Cité des mille planètes, en salles le 26 juillet :

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