L'Affaire Bojarski de Jean- Paul Salomé
Le Pacte

Auteur du meilleur démarrage au box-office de la semaine avec L’Affaire Bojarski, le réalisateur revient sur sa collaboration avec Reda Kateb et Bastien Bouillon.

Après avoir enchaîné Belphégor, Arsène Lupin et Les Femmes de l’ombre, cela fait près de 20 ans que vous ne vous étiez plus confronté à un film historique d’époque…

Jean- Paul Salomé : Et c’est tout sauf un hasard. L’aventure Les Femmes de l’ombre avait été compliquée pour tout un tas de raisons. Donc sans m’être clairement dit qu’on ne m’y reprendrait plus, je m’en suis tenu éloigné et l’idée d’y revenir me terrifiait un peu. Jusqu’au jour où mon producteur de La Baronne m’assure qu’il a un sujet pour moi et me parle de Jan Bojarski avant de me confier toute une documentation sur lui. Je n’avais jamais entendu son nom, j’avoue, et donc je découvre sa vie hors norme : ingénieur polonais venu se réfugier en France pendant la guerre qui a contrefait un nombre hallucinant de billets avec une perfection telle que certains s’arrachent encore en ventes aux enchères, le tout sans que personne dans sa famille ne soit au courant. L’envie de réaliser un film sur lui est donc immédiate. Parce que je suis touché par cet homme ni aimable, ni sympathique, qui, à travers cette activité de faux- monnayeur où il excelle comme personne, va chercher une reconnaissance impossible. Car elle ne peut passer que par le fait de se faire arrêter par l’Inspecteur Mattei, le meilleur flic de France qui est à ses trousses. J’y vois la possibilité d’un récit à la fois profondément romanesque et intime.

L'affaire Bojarski
Guy Ferrandis

De par la personnalité secrète et mutique de Bojarski, ce rôle constituait un vrai défi pour celui qui allait l’incarner…

Bojarski n’a en effet personne à se confier. Avec mon co-scénariste Vincent Darré, on avait écrit, au départ, quelques scènes qui permettaient ces échanges mais elles ont disparu au fur et à mesure des versions, comme des béquilles devenant peu à peu inutiles. Ce qui rend de fait par ricochet le rôle le plus passionnant pour celui qui allait l’incarner. Mais il me fallait un grand acteur sans quoi tout ce principe nous conduirait dans le mur. Et Reda est de cette trempe- là. Il habite les silences comme peu savent le faire. Regardez ses films. Même seul à l’image, sans dialogue, il se passe toujours quelque chose. Il a accepté le rôle avant même que le scénario soit écrit. Et il ne m’a jamais lâché en dépit du temps long que prend toujours la concrétisation d’un tel projet qui a comme tant d’autres été reporté, décalé et parfois près d’être annulé pour des questions de financement. Le plus complexe au cinéma, c’est l’incarnation. Et à ce jeu-là, Reda est impressionnant

L'Affaire Bojarski de Jean- Paul Salomé
Le Pacte

C’est Bastien Bouillon qui incarne Mattei qui le traque. Lui aussi est arrivé très en amont du projet ?

Non, à la toute fin du processus tout comme Sara Giraudeau qui joue la femme de Bojarski

Son phrasé diffère de celui qu’on a l’habitude d’entendre de lui. C’est une demande de votre part ?

Non, en tout cas pas directement. J’avais fait pour toute l’équipe – comédiens et techniciens – une liste de dix grands classiques que je trouvais intéressants par rapport à L'Affaire Bojarski : Touchez pas au grisbi, Razzia sur la chnouf, Le Cercle rouge, Flic, Le Samouraï… Et à Bastien Bouillon, je lui avais dit de regarder plus particulièrement les films avec Paul Meurisse. Non pas pour le singer mais pour observer comment celui-ci campait ses personnages, qu’ils soient flics ou voyou. Avec cette élégance semblable à celle de Mattei qui, dans la vie, était un vrai dandy marié à une grande bourgeoise et menant un train de vie loin, très loin, de ses émoluments de fonctionnaire.

L'Affaire Bojarski de Jean- Paul Salomé
Le Pacte

Et sans que je m’en rende vraiment compte sur le plateau, Bastien a pris cette tonalité dans la voix et dans la diction différente de la manière dont il parle dans la vie. Mais sans en faire une performance à la Actor’s studio. Cela traduit juste vocalement la manière dont il s’est emparé du personnage. C’est sur la table de montage que j’ai vraiment pris conscience de son travail. On pourrait se demander si la mayonnaise allait prendre entre sa diction singulière et le jeu naturaliste de Reda. Et au final, c’est un des points fort du film.

L'Affaire Bojarski. De Jean- Paul Salomé. Avec Reda Kateb, Bastien Bouillon, Sara Giraudeau… Durée 2h03. Sorti le 14 janvier 2026