Affiches Sorties de la semaine du 31 décembre 2025
Apollo Films/ Nour Films/ Universal

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
QUI BRILLE AU COMBAT ★★★☆☆

De Joséphine Japy

L’essentiel

Joséphine Japy réussit ses débuts de cinéaste avec ce récit d’une rare sensibilité sur l’impact de la maladie génétique d’une enfant sur sa famille, où Mélanie Laurent impressionne

En 2014, dans Respire, Mélanie Laurent offrait à Joséphine Japy un personnage qui allait changer le cours de sa carrière. Ici, c’est au tour de Joséphine Japy de passer derrière la caméra avec une histoire inspirée par sa propre petite soeur atteinte d’un trouble génétique et la déflagration qu’a eu ce handicap lourd sur sa famille. Et pour jouer la mère au bord de l’épuisement de cette enfant qui tente de gérer ce qui peut l’être, elle a donc choisi de faire appel à… Mélanie Laurent ! Un rôle aussi passionnant que casse-gueule tant les roller coaster émotionnels contradictoires surgissent à tout moment que Mélanie Laurent transcende avec une virtuosité jamais performative. Mais sa composition n’aurait pas le même impact sans le regard d’une réalisatrice qui signe surtout des débuts enthousiasmants derrière la caméra. Sa capacité à transcender un sujet aussi personnel, à ne jamais laisser l’émotion prendre les commandes sans pour autant l’étouffer se révèle impressionnante. La promesse de beaux lendemains.

Thierry Cheze

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PREMIÈRE A BEAUCOUP AIME

MAGELLAN ★★★★☆

De Lav Diaz

Grand explorateur de formes, le philippin Lav Diaz (La femme qui est partie) a choisi de s’emparer  de la figure de Magellan (1480 - 1521) Une façon pour lui de réfléchir à l’identité passée et actuelle de son propre pays. C’est en effet sur les côtes de Cebu que le « grand » navigateur portugais va s’échouer et échouer en 1521. Adepte du temps long, Diaz propose des cadres strictes dont la sublime précision ouvre des fenêtres sur des horizons à la pureté virginale. C’est aux êtres, aux choses mais aussi aux spectateurs d’en éprouver la puissance. La beauté picturale n’est jamais le produit d’un vertige bricolé. Comme il est dit ici, « aucun geste » ne saurait être « plus sacré qu’un arbre » Ce regard égalitaire, profondément sensible, raconte l’évolution d’un homme (Gael Garcia Bernal génial), peu à peu guidé par des délires de conquêtes d’espaces et d’âmes. Cela produit une tension sourde d’où peut naître une réflexion sur notre propre rapport au monde décrit. Dément.

Thomas Baurez

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PREMIÈRE A AIME

SUR UN AIR DE BLUES ★★★☆☆

De Craig Brewer

Une romance musicale consacré à un couple d’artistes du Wisconsin connu pour ses covers de Neil Diamond ? Aux Etats-Unis, où la scie « Sweet Caroline » est entonnée à tue-tête dans une fête de famille sur deux, c’est peut-être facile à vendre, mais chez nous, où la belle voix de baryton de Diamond n’a jamais déclenché de grandes passions, c’est plus compliqué. Pas grave : on peut entrer dans ce film en se laissant porter par l’énergie contagieuse d’un Hugh Jackman des grands jours, en mode Greatest Showman. L’acteur incarne un chanteur galérien qui, après son coup de foudre avec une musicienne country (Kate Hudson), va lancer un tribute band dédié à Diamond, qui deviendra culte, au point de faire la première partie du mastodonte grunge Pearl Jam. Les artistes amoureux connaitront aussi beaucoup de malheurs, auxquels on ne croirait pas sans la mention « inspiré d’une histoire vraie ». Et le film raconte très bien, sous son enrobage un brin guimauve, comment la musique pop ne se contente pas de rythmer nos vies, mais peut aussi les sauver, en les rendant supportables dans les moments les plus noirs.

Frédéric Foubert

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LOS TIGRES ★★★☆☆

De Alberto Rodriguez

Antonio de la Torre est un acteur physique. Terrien, costaud, doué pour l’incarnation taiseuse. On aime le voir bouger dans le cadre, s’exprimer sans un mot – qu’il recharge son fusil à double canon dans La Colère d’un homme patient ou court à perdre haleine dans El Reino. Sur ce plan-là, Los Tigres, le nouvel Alberto Rodriguez (La Isla Minima), est un bonheur. De la Torre y joue un scaphandrier pas causant, spécialisé dans la réparation de navires marchands, aux côtés de sa sœur (Barbara Lennie), avec qui il partage un passé familial compliqué. Acculé par des problèmes financiers, il va se mettre en tête de voler la drogue planquée dans un cargo… L’intrigue est classique, la métaphore sur le poids asphyxiant du patriarcat sans doute un peu trop flêchée, mais Los Tigres séduit par son atmosphère quasi- documentaire, la minutie dans sa description d’un univers professionnel méconnu. Pour ça – et son de la Torre en majesté – on peut plonger sans hésiter.

Frédéric Foubert

LAURENT DANS LE VENT ★★★☆☆

De Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon

Puisque sans attaches, Laurent arrive en coup de vent dans la vallée d’une station de ski en plein hors-saison. Il n’a ni domicile ni projet fixe, il cherche à prendre un nouveau départ. Le film quitte très rapidement les rails de la rédemption et de la réinsertion sociale, lui préférant le hasard de la déambulation et la subversion des modèles marginaux. Ce jeune homme de 29 ans suscite une curiosité magnifique (d’où vient-il ? est-il dépressif ou juste timoré ?), et touche à une certaine dérive existentielle propre à la jeune génération d’aujourd’hui. Mais les personnages secondaires qu’il croise ne sont hélas pas tout à fait à sa hauteur, comme trop balisés par leurs sociotypes ; on les a tous vu ailleurs et en mieux, par exemple chez Guiraudie… Les saisons passent mais Laurent reste le même être indéterminé dont on ne sait que faire. Le film termine donc trop tôt : que deviennent les gens comme Laurent après six mois ? Un an ? Dix ans ? On reste un peu sur notre faim.

Nicolas Moreno

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

LE PAYS D’ARTO ★★☆☆☆

De Tamara Stepanyan

Céline (Camille Cottin), une Française, débarque en Arménie sur les terres natales de son défunt mari. Malheureusement l’administration locale ne parvient à identifier cet homme qui avait semble-t-il des choses à cacher. Débute alors pour elle un road-trip dans un pays fracturée de partout (séquelles encore visibles du tremblement de terre de 1988, tensions toujours vives avec l’Azerbaïdjan voisin…). Elle va bientôt faire la rencontre d’une jeune femme (Zar Amir Ebrahimi) qui va l’impliquer à son insu dans un dangereux trafic. A mesure que Céline progresse dans ce parcours de combattante, le passé trouble de son mari se révèle dans toute sa tragique complexité. « Les hommes sont tous des menteurs… », tranche une bureaucrate. Si avec ce premier long de fiction la cinéaste arménienne issue du documentaire ne parvient pas toujours à rythmer son récit, l’extrême sensibilité de l’ensemble emporte (presque) tout.

Thomas Baurez

EN GARDE ★★☆☆☆

De Nelicia Low

Ce premier long met en scène les retrouvailles entre Jie, un jeune talent prometteur de l’escrime et son grand frère, sortant de 7 ans derrière les barreaux pour avoir tué un adversaire lors d’une compétition. Accident ou geste volontaire ? Des années après, le doute reste présent dans l’esprit de Jie et nourrit toute l’ambiguïté du film. Ce suspense est indéniablement accrocheur mais souffre d’un scénario ayant tendance à ronronner et à enfermer ses personnages dans des carcans archétypaux trop importants quand il s’agit de les en libérer dans la dernière ligne droite.

Thierry Cheze

LA DERNIERE VALSE ★★☆☆☆

De Anselm Chan

Impossible de ne pas accroché par l’entame de ce film, immense carton au box- office hong- kongais et choisi comme son représentant dans la course à l’Oscar. On y voit Dominic, un organisateur de mariages, criblé de dettes à la sortie du COVID, sauvé in extremis par la main tendue d’un organisateur de pompes funèbres prenant sa retraite qui lui confie son activité. Tout est dit d’emblée du mélange des contraires qui sera ici à l’œuvre et symbolisée par le duo formé par Dominic et Maître Man (campé par Michael Hui, légende de la comédie hong-kongaise des 70’s et 80’s, source d’inspiration de Stephen Chow), prêtre taoïste respecté qui goûte peu la touche créative – à succès - apportée aux cérémonies funéraires. Mais sa durée joue contre cette exploration singulière du deuil et des traditions qui s’essouffle au fil de ses 2h20 conclues par un final sirupeux brisant l’équilibre parfait qui existait jusque là entre rires et larmes. Dommage.

Thierry Cheze

 

PREMIÈRE N’A PAS AIME

VADE RETRO ★☆☆☆☆

De Antonin Peretjatko

Quand on a aimé l’humour génialement absurde de La Fille du 14 juillet, difficile de ne pas souffrir devant le nouveau Antonin Peretjatko. Il y avait pourtant matière à une comédie délirante, mordante et politique à travers l’histoire d’un vampire de bonne famille aristo-réac sommé de trouver une femme de sang pur à mordre et à épouser s’il veut survivre et ne pas être renié par ses parents. Mais une fois le pitch posé, rien ne fonctionne. Et faire appel à des comédiens décalés (Estéban, Arielle Dombasle) dans un film décalé a pour conséquence directe de vous faire tourner en rond.

Thierry Cheze

 

Et aussi

Anaconda, de Tom Gormican