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Les critiques de Première

  1. Première

    Glen Powell se lassera-t-il un jour des retours dans le passé ? Point ici, de tornades meurtrières (Twisters), de loopings aériens (Top Gun : Maverick) ni de missions suicides ultra-médiatisées (The Running Man), mais la réécriture moderne d’une satire anglaise signée Robert Hamer, Noblesse oblige (1949). Dans le fond, l’intrigue reste la même : le produit d’une grossesse naturelle décide de réviser sa place dans l’ordre de succession d’une famille richissime en éliminant, avec une facilité déconcertante, tout parent qui se trouverait entre lui et le pactole.

    Dans la forme, en revanche, on innove. Fi de la fantaisie qui faisait l’originalité d’un film un peu oublié : l’interprétation, par un seul Alec Guinness, des huit victimes du parricide. Aujourd’hui, les noms se bousculent au générique : Ed Harris (qui fait… du Ed Harris), Zach Woods ou encore Topher Grace en suppliciés, Margaret Qualley (peut-être la plus convaincante du lot) en femme fatale ridiculement vénale et Jessica Henwick en naïve fiancée.

    Le casting est à l’image de la production : tiré à quatre épingles. Oubliés, les plans à l’épaule, l’urgence et la noirceur de Emily, criminelle malgré elle (2022), premier long métrage du réalisateur John Patton Ford. A la place, une mise en scène vernie, académique. Reste son obsession pour l’argent et ses effets, dans un film pensé comme le commentaire distancié, ironique, d’une économie fondée sur l’inégalité des chances. “L’argent achète le bonheur”, “Être riche, c’est encore mieux que ce qu’on croit”, énonce, railleur, le criminel acquis à la cause capitaliste depuis sa cellule de prison. Pour le mordant, on repassera. Pour la crédibilité d’un Glen Powell dont le sourire tapageur ne suffit pas ici à faire des miracles, aussi.

    Chloé Delos-Eray