Richard Gadd pousse encore plus loin la violence psychologique de Mon Petit renne, et signe une plongée incandescente dans une fraternité toxique. Une série éprouvante, magnétique, impossible à oublier.
Faire aussi tordu que Mon Petit renne, ce n’était pas gagné d’avance. Mais Richard Gadd s’est surpassé.
L'auteur écossais signe encore une fois l’œuvre la plus perturbante que vous verrez cette année. Le malaise est total, du premier au dernier épisode, et pourtant, une forme d’euphorie brutale s’en dégage. Comme si la violence émotionnelle finissait par devenir grisante.
Avec Half Man, Richard Gadd livre une dissection acérée de la masculinité. Une mini-série qui agit à la fois comme une étreinte tendre empoisonnée et un coup de poing dans la gueule revigorant. Si Mon Petit renne vous mettait dans l’inconfort, Half Man va vous faire plisser les yeux plus d'une fois, tandis que Niall le sensible et Ruben l’enragé se provoquent mutuellement, de leur enfance traumatique jusqu’à l’âge adulte. Leurs mères respectives se découvrent une histoire d’amour lesbienne sur le tard. Et les voilà qui doivent partager une chambre dans cette petite maison de la banlieue pauvre de Glasgow. Niall n’est pas très populaire au lycée. Intelligent mais introverti, il est la cible de brimades auxquelles son nouveau "demi-frère" va mettre un terme dans un déluge de coups de poing. Ruben est habité par cette rage permanente, une soif de violence qui ne demande qu’à être étanchée. Niall comprend très vite qu’il évolue en terrain miné avec ce nouveau compagnon de chambrée, aux antipodes de sa personnalité craintive. Fasciné autant que terrifié, il va passer sa vie à graviter autour de cette force destructrice. À la nourrir, parfois. À la subir, souvent.
Sur trente ans, Half Man dissèque la lente contamination de cette relation. Une étude de personnages vertigineuse, construite en allers-retours constants, où les trajectoires se croisent, se percutent, puis s’éloignent pour mieux se retrouver. Niall et Ruben ne cessent de s’influencer, de s’admirer, de se jalouser, jusqu’à s’empoisonner mutuellement.
Et ça donne des scènes d’une intensité rare. Des face-à-face électriques. Des confrontations les yeux dans les yeux, longues, étouffantes, où la menace d’un chaos plane cruellement au-dessus de leurs têtes. Richard Gadd et Jamie Bell, dans les rôles adultes, sont impressionnants de justesse et de brutalité contenue. Un travail qui trouve un écho troublant chez leurs versions jeunes, incarnées par Stuart Campbell et Mitchell Robertson. Le miroir est glaçant.
Half Man est une épreuve télévisuelle. Une série qui s’envenime à mesure qu’elle avance, qui refuse toute catharsis facile. Comme Mon Petit renne, elle pose des questions sans jamais chercher à rassurer. Mais elle le fait avec une puissance narrative et une fureur d’interprétation qui emportent tout sur son passage. Sa représentation des relations masculines toxiques nous submerge, tandis qu’on se passionne pour ces deux trajectoires fracassées, modelées par des années de violence, de manque, de dépendance affective.
On ressent tout, du moindre frémissement de colère à la douleur la plus profonde. Même si ces personnages sont enfermés dans leurs failles, presque impossibles à comprendre et à apprivoiser. C’est peut-être pour ça, au fond - parce qu’on arrive à mettre cette distance - que la série reste regardable.
Comme Mon Petit renne, Half Man est le genre de série qu’il vous sera difficile d’oublier.
Half Man, mini-série en 6 épisodes, à voir sur HBO Max en France.







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