Affiches Sorties de la semaine du 9 juillet 2025
Warner/ Memento/ Le Pacte

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
SUPERMAN ★★★☆☆

De James Gunn

L’essentiel

La réinvention du super-héros mythique de DC Comics n’est pas une révolution mais dépoussière efficacement le genre.

Le réalisateur/scénariste James Gunn (la trilogie Les Gardiens de la Galaxie) se retrouve ici face à un cahier des charges quasi intenable : réinventer Superman tout en faisant de lui la rampe de lancement d’un nouvel univers DC Comics, dont le cinéaste est le co-patron. Et le bonhomme s’en sort avec les honneurs. À l’opposé de la vision de Zack Snyder, Gunn gomme l’esprit de sérieux et la parabole christique pour imposer une légèreté pop (presque pulp) au personnage, qui se retrouve autant dans les vannes constantes que dans la colorimétrie. Le film assume son côté vintage, à cheval entre les comics et le cinéma des années 80, et va à la vitesse de l’éclair, en se concentrant quasi entièrement sur la confrontation entre Superman et Lex Luthor (Nicholas Hoult, délicieusement cabotin). Mais en voulant trop de choses à la fois et en peinant parfois à tout réconcilier, la dramaturgie en prend un sérieux coup et la grammaire des scènes d’action laisse à désirer. Même si quelques idées visuelles sortent du lot (la verticalité et l’échelle impressionnante de certaines bastons ; une faille géante au milieu de la ville ; le très rigolo chien Krypto lancé dans la bataille…). Il y a là en tout cas suffisamment de tentatives loufoques et d’énergie cinétique pour dépoussiérer le cinéma super-héroïque des dix dernières années. C’est à la fois peu et beaucoup.

François Léger

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PREMIÈRE A BEAUCOUP AIME

DES FEUX DANS LA PLAINE ★★★★☆

De Zhang Ji

C’est le genre de polar tortueux dont le cinéma chinois nous gratifie régulièrement : Black Coal, Only the Rivers Flows, Le lac aux oies sauvages… Des films qui outre leur puissance visuelle dessinent les contours d’un pays-monde que les grandes mutations économiques à l’orée du nouveau millénaire auront déboussolé. Des feux dans la plaine débute ainsi en 1997 pour se poursuivre en 2005. Entre ces deux boussoles, un vide existentiel. Tout ici a une odeur d’apocalypse avec les fermetures d’usines qui laissent des êtres exsangues, sans but. Une série de meurtres inexpliqués recouvre ces plaines du Sud de la Chine d’une odeur malsaine. Qui ? Pourquoi ? Dans cet entrelacs d’intrigues et de chausse-trappes, une jeune femme marquée dans sa chair sera le visage sacrificiel de toute une société de vaincus. La beauté insidieuse de la mise en scène est au diapason de ce vertige enténébré. Fort.

Thomas Baurez

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ROCK BOTTOM ★★★★☆

De Maria Trénor

En 1974, Robert Wyatt a sortie en solo le magnifique Rock Bottom, concept album aussi intimiste que symphonique aux compositions savantes et ténébreuses notamment hantées par l’accident qui a rendu le musicien tétraplégique lors d’une fête londonienne. Ce film d’animation rend ici hommage à ce monument discographique dans une sorte de transe sonore et visuelle qui s’octroie des libertés avec les faits. Adoubée par Wyatt himself qui a seulement exigé que les morceaux de l’album soient utilisés dans l’ordre chronologique, l’espagnole Maria Trénor resserre son récit autour du couple Wyatt – Alfie et de leur vie de bohème sur l’île de Majorque juste avant le drame. Les couleurs volontairement assombries de l’animation démythifient l’orgie psychédélique ambiante. Un style qui évoque le travail de l’auteur de bande-dessinée américain Charles Burns (Black Hole) dans cette façon d’interroger la clarté de la ligne pour mieux délimiter les contours d’un monde chaotique.

Thomas Baurez

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JEUNESSE (RETOUR AU PAYS) ★★★★☆

De Wang Bing

Il aura fallu cinq années de tournages à Wang Bing pour venir à bout de son immense fresque documentaire Jeunesse, présentée sous la forme d’une trilogie et d’une durée totale avoisinant une dizaine d’heures. Le cinéaste n’en est pas à son coup d’essai (À l’ouest des rails, Les Âmes mortes) ; mais il modèle ici pour la première fois le portrait d’une jeune génération chinoise coincée, littéralement dans ces milliers d’ateliers, mais aussi plus généralement dans un territoire dénué de perspectives d’avenir. Contrairement à ses deux précédents volets, le Retour au pays de cette partie s’intéresse plus largement à la vie privée de ces travailleurs noyés dans l’anonymat de la masse, dans leurs chambres puis dans leurs familles à la campagne. Wang Bing les suit, caméra à l’épaule, observant en silence la générosité de ces jeunes Chinois qui lui ont ouvert en grand les portes de leur intimité pour un résultant bouleversant. L’ultime pièce d’un chef d’œuvre du genre.

Nicolas Moreno

LE RIRE ET LE COUTEAU ★★★★☆

De Pedro Pinho

Le voyage n’est pas de tout repos avec Pedro Pinho. Avec Le Rire et le couteau, primé à Un Certain Regard, le cinéaste portugais invite le spectateur à suivre Sergio jusqu’au bout de la Guinée Bissau durant plus de 3h30. Raison officielle : vérifier l’impact environnemental d’un projet de route sur la population ; mais ce qu’il y trouve dépasse toutes les attentes, et pourtant, rien n’est spectaculaire. Il y rencontre d’abord des gens, des communautés (LGBT par exemple), des individus perdants d’office à la grande loterie internationale du néolibéralisme. La longueur des séquences laisse vivre ce monde et Sergio de se confronter à lui, tentant d’établir une égalité dans les rapports, en vain. Le film impressionne surtout par sa manière de déjouer les attentes : dans un village isolé par la montée des eaux, Sergio apprend par exemple que les habitants préfèrent une route à la perpétuation d’une tradition… Voyage éblouissant jusqu’au bout d’une réalité insoupçonnable.

Nicolas Moreno

 

PREMIÈRE A AIME

IN THE SUMMERS ★★★☆☆

De Alessandra Lacorezza

Grand Prix du Jury de Sundance et de Deauville 2024, ce premier long raconte les liens complexes, distendus mais jamais totalement défaits entre un père et ses deux filles, dont leur mère a la garde. Un récit sur une décennie, en quatre temps, ceux de quatre étés où elles viennent passer les vacances chez lui. Le temps de l’enfance, de la pré- adolescence, de l’adolescence et de l’âge adulte. Ce scénario joue à merveille avec les ellipses et laisse le spectateur imaginer ce qui a pu se passer d’un été à l’autre avant que les dommages collatéraux de ce qui a été dit ou tu refassent peu à peu surface. Inspiré à sa réalisatrice par sa relation avec son père d’origine colombienne, In the summer séduit par le regard jamais complaisant porté sur ses personnages et sa manière de créer un attachement envers eux sans comprendre forcément à chaque instant le pourquoi et le comment de leurs réactions. Des débuts prometteurs.

Thierry Cheze

OTHER ★★★☆☆

De David Moreau

Des années après Ils, David Moreau revient à son obsession pour l’horreur domestique. On suit ici Alice (Olga Kurylenko) qui revient dans sa maison d'enfance suite au décès de sa mère. Elle est seule dans cette maison abandonnée et très vite, son quotidien va devenir un cauchemar. Un mystérieux système de vidéosurveillance dope étrangement le retour de souvenirs traumatiques. Le pitch est solide, mais ce qui séduit vraiment, c'est le tour de force de Kurylenko. Quasiment seule à l’écran, l'actrice porte le film sur ses épaules. Elle fait naviguer son personnage entre vulnérabilité et détermination. Face au passé ressurgissant, elle passe de la méfiance à la terreur pure, de la colère sourde à la résilience et déploie une palette stupéfiante. Sa gestuelle, son visage, révèlent l'effroi grandissant qui s’empare d’Alice. Et Moreau mise tout là-dessus, transformant un thriller atmosphérique en expérience vraiment viscérale.

Pierre Lunn

TITOUAN, LES ENFANTS DU CORAIL ★★★☆☆

De Karim Mahjouba

Dans un grand voyage au cœur des paysages bleu turquoise de la Polynésie française, Karim Mahdjouba livre un récit écologique, intimiste et plein d’espoir. Avec une volonté assumée de sensibiliser au réchauffement climatique, Titouan, les enfants du corail dresse un magnifique portrait d’une jeunesse engagée dans la protection des récifs coralliens. En expédition sur l’île de Moorea, on y fait la découverte des Coral Gardeners : ce groupe d’amis surfeurs partis de rien et aujourd’hui à l’initiative d’un mouvement d’ampleur en matière de restauration corallienne. Grâce à des avancées scientifiques et technologiques destinées à acquérir les meilleures méthodes de bouturage, ce petit collectif devient rapidement une référence internationale qui compte parmi ses rangs de nombreux chercheurs du monde entier. A leurs côtés et grâce à des images sous-marines à couper le souffle, on découvre au fil de l’eau les multiples propriétés de ces petits organismes marins.

Marie Janeyriat

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

I LOVE PERU ★★☆☆☆

De Hugo David et Raphaël Quenard

Depuis son surgissement dans le cinéma français en 2020, en passant de la simple figuration aux premiers rôles (avec un César à la clé pour Chien de la casse), Raphaël Quenard, futur Johnny sur grand écran, n’a pas chômé. Plus d’une trentaine de films en 5 ans ! Et après un premier court ensemble avec son pote Hugo David (L’Acteur), le voici aux commandes avec le même de son premier long où il joue de sa propre image et de sa course effrénée vers le succès avec un sens indéniable de l’autodérision. On pense ici forcément aux Clés de bagnole de Laurent Baffie qui évoluait le même registre, y compris dans l’utilisation de visages connus dans leurs propres rôles (Zadi, Poelvoorde, Civil…). Mais les meilleures plaisanteries restent les plus courtes. Et en dépit de sa gouaille, toute la deuxième partie où il part au Pérou après une déception sentimentale finit par tourner en rond jusqu’à l’épuisement. Un moyen métrage aurait été une forme plus appropriée.

Thierry Cheze

BUFFALO KIDS ★★☆☆☆

De Juan Jesus Garcia Galocha et Perdo Solis Garcia

Ce long métrage d’animation espagnol, situé au tout de début du 20ème siècle, met en scène deux orphelins qui entreprennent le voyage d'Irlande où ils vivent en Californie à la recherche de leur oncle, en espérant qu'il les adoptera. Un voyage riche en péripéties certes mais qui reste au fond assez attendu, assez convenu dans ses rebondissements, à l’image d’une animation ultra- classique où rien ne dépasse. Avec cependant une grande réussite : l’écriture du personnage de petit garçon en fauteuil roulant que le duo rencontre au fil de ses aventures et la manière subtile avec lequel son handicap est ici abordé.

Thierry Cheze

LA TRILOGIE D’OSLO- AMOUR ★★☆☆☆

De Dag Johan Haugerud

Deuxième volet de la trilogie où Dag Johan Haugerud (dont les précédents longs étaient inédits en France) arpente la carte du Tendre et ses multiples ramifications, Amour met en scène une femme médecin célibataire dont la manière d’envisager les relations amoureuses se voit percuter par ses échanges avec un des infirmiers de l’hôpital où elle exerce. Un homosexuel qui lui raconte son plaisir à multiplier les aventures sans lendemain avec des hommes croisés sur des sites de rencontre. Comme si elle prenait soudain conscience des nouvelles formes de séduction – ou de consommation  – induite par les applis et de la possibilité d’une vie sentimentale épanouie même sans engagement. Des trois films de cette trilogie, Oslo se révèle le moins convaincant. A cause de sa thématique au fond assez banale mais surtout parce qu’il est le seul à donner le sentiment de tirer à la ligne, de faire bégayer des situations, en dépit de la qualité de son interprétation. Privilégiez plutôt Rêves ou Désir.

Thierry Cheze

 

 

PREMIÈRE N’A PAS AIME

VALENSOLE 1965 ★☆☆☆☆

De Dominique Filhol

À l’image de ceux qui demeuraient sceptiques face aux dires de Maurice Masse – qui déclarait en 1965 avoir observé un OVNI dans son champ de lavande à Valensole – difficile également de croire en ce film qui, malgré de bonnes intentions, se transforme rapidement en une parodie sudiste de Christopher Nolan. Ni les acteurs grimés à outrance, ni les beaux paysages provençaux ne parviennent à rehausser ce scénario fade d’une quelconque dramaturgie. Pour un Interstellar franchouillard, on repassera.

Lucie Chiquer

 

Et aussi                                                                                                                    

Marius et les gardiens de la cité phocéenne, de Tony Datis

Phi 1.618, de Theodor Ushev

La reprise                                                                                                                

Pusher, la trilogie, de Nicolas Winding Refn