Richard Linklater raconte le tournage d’A Bout de Souffle dans une comédie vive et joyeuse, à peine alourdie par sa dimension patrimoniale et touristique.
Le Texan Richard Linklater vient à Paris reconstituer la fabrication d’A Bout de Souffle, le Godard inaugural qui fit de la Nouvelle Vague un raz-de-marée, début 1960. Le réalisateur de Boyhood, roi du coming-of-age movie, envisage cette mythologie française comme le prétexte d’un nouveau film d’apprentissage, de jeunesse, de premières fois. C’est Génération rebelle délocalisé dans le Quartier Latin.
Son talent pour recréer des petites bulles d’espace-temps dans lesquelles il fait bon vivre fonctionne ici à plein, et se double d’un extraordinaire exercice de style « à la manière de », un pastiche superbement confectionné, porté par des comédiens irrésistibles, qui donne à ce Nouvelle Vague des airs de vrai-faux film de Godard – celui des sixties, primesautier et fantaisiste.
Linklater ambitionne sans doute d’inciter les jeunes cinéastes d’aujourd’hui à retrouver l’insouciance et l’envie de tout déconstruire qui agitaient Godard et Cie à l’époque. Un geste en légère contradiction avec la démarche patrimoniale de l’entreprise, ses révérences respectueuses qui sont aussi celles d’un touriste américain à Paris, d’un fan qui a clairement choisi d’« imprimer la légende ».
On n’a ainsi jamais accès à l’intériorité de Godard, constamment planqué derrière ses lunettes noires et ses aphorismes, et qui restera jusqu’au bout cette silhouette sortie d’une BD ligne claire. Mais ce n’est pas l’intention du film, qui se veut pédago mais cool, un cours d’histoire du cinéma pour rire et en accéléré, comme la visite du Louvre dans Bande à part.
De Richard Linklater Avec Guillaume Marbeck, Zoey Deutch, Aubry Dullin... Durée 1h45. Sortie le 8 octobre 2025







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