Nouvelle Vague
Jean-Louis Fernandez

Zoey Deutch trouve un rôle à sa mesure dans Nouvelle Vague de Richard Linklater, en incarnant la légendaire Jean Seberg. Rencontre.

Révélée dans Everybody Wants Some!! et remarquée ensuite dans des comédies comme The Politician ou Retour à Zombieland, Zoey Deutch, fille de l’actrice Lea Thompson et du cinéaste Howard Deutch, continue d’alterner entre projets populaires et rôles plus audacieux. Avec Nouvelle Vague de Richard Linklater, qui retrace le tournage d’À bout de souffle de Godard, elle franchit un cap décisif dans sa carrière, en incarnant Jean Seberg et en tournant pour la première fois en français. On la rencontrait le mois dernier lors de son passage au Festival du cinéma américain de Deauville.

Première : Quelle a été la plus grande différence entre tourner avec Richard Linklater sur Everybody Wants Some!! il y a près de dix ans et sur Nouvelle Vague ?
Zoey Deutch : Étrangement, il n’y en a pas vraiment. Sa façon de fonctionner est toujours strictement le même : énormément de répétions en amont et beaucoup de communication, afin de peaufiner les personnages. Mais une fois sur le plateau, pendant le tournage des scènes, il n’est pas du genre à donner beaucoup d’indications. D’ailleurs, ça me faisait vraiment peur sur Everybody Wants Some!! Je pensais qu'il me trouvait tellement nulle qu'il n'osait rien me dire et que j'allais être coupée au montage (Rires.) Sur Nouvelle Vague, j’avais beaucoup plus d’expérience et je savais à qui j’avais à faire. 

On imagine tout de même qu’il a dû s’adapter à tourner quasi uniquement avec des acteurs français, alors qu’il ne parle pas la langue…
C’est vrai. Il travaille toujours avec les même gens depuis plus de 20 ans, mais là c’était la première fois qu'il travaillait avec une équipe entièrement nouvelle, car tout le monde était Français. Sauf moi (Rires.) Et j’étais d’ailleurs la seule qu’il connaissait. C’est un peu miraculeux qu’il ait réussi à appliquer les mêmes méthodes de façon aussi fluide. Mais ça dit beaucoup de la clarté de sa vision.

Nouvelle Vague
Jean-Louis Fernandez

À quoi ressemblait votre processus de travail pour vous glisser dans la peau de Jean Seberg ?
Ce qui m'a vraiment aidée à surmonter mon angoisse à l'idée d'incarner cette personne que j'aime et que je respecte tant, c'est que Richard m'a rappelé qu'on faisait une interprétation et non pas une imitation. Ce qui voulait dire s’offrir un peu de liberté pour combler certains trous et créer de nouvelles choses qui me semblaient authentiques - en tout cas par rapport à la masse d’infos que j’ai récoltées sur Jean. Et en premier lieu, il fallait que j’apprenne le français et à parler comme elle. Son accent est très spécifique puisqu’elle venait de Marshalltown, dans l’Iowa. J’ai donc eu deux tuteurs : un pour le français « normal » et une autre, Michèle Halberstadt, notre productrice, pour sonner comme Jean Seberg. Elle me donnait des cours car elle entendait la différence : « Non, Zoey, Jean le disait comme ça. » Et ce qui m’a rendue complètement dingue après, c’est qu’on n’a réenregistré aucun de nos dialogues en post-production, comme c’est normalement le cas sur n’importe quel film.

Aucun ?
Aucun. Michèle m’a dit un jour : « On a terminé le montage. » J’étais terrifiée mais je me disais que si m’étais loupée à un moment, on pourrait le corriger. Ben non ! (Rires.) Mais durant le tournage, il y avait une autre question : quand Jean allait-elle s’exprimer en anglais plutôt qu’en français ? Richard a été super sympa et m’a confié cette tâche : « Prends le script et décide quand ça te semble le plus adapté. » Il m’a vite semblé évident qu’elle devait parler en anglais quand elle discute avec son mari et quand est en colère. Le naturel qui revient, quoi. Alors j’ai étudié sa voix et son phrasé avec une interview, disponible sur YouTube, où elle faisait visiter son appartement parisien. J’ai tout mémorisé, comme si c’était un monologue. Et il fallait aussi que je m’imprègne de ses mouvements, sa façon de marcher… J’ai revu beaucoup de ses films et également À Bout de souffle, bien entendu, pour avoir exactement en tête chaque scène qu’on allait recréer dans Nouvelle Vague. Je l’ai pris comme une sorte de chorégraphie à apprendre : « Combien de pas fait-elle ? Combien de temps garde-t-elle la main sur la bouche ? » C’est devenu une danse. Très méta, la danse (Rires.) 

Vous voyez Nouvelle Vague comme un tournant dans votre carrière, une sorte de décision consciente d’aller explorer d’autres territoires de cinéma, d’autres types de rôles ?
J’ai en tout cas l’impression d’être entrée dans un nouveau chapitre de ma vie. Et si ça se reflète dans ma carrière, tant mieux. J’imagine que ça n’est pas un hasard. Je me sens très différente d’il y a encore quelques années, plus connectée à moi-même, plus dans le contrôle de ce qui m’arrive. Juré n°2, Nouvelle Vague et la pièce de théâtre que j’ai faite dans la foulée m’ont profondément changée. Et avant ça, j’avais pris un peu de recul, une sorte d’année sabbatique. Enfin… Les six premiers mois étaient intentionnels. Après, le téléphone ne sonnait plus, avant que Clint Eastwood ne m’appelle. Mais c’est très bien, j’avais besoin de me réinventer. Je sais mieux qui je suis, ce que j’aime et ce que je n’aime pas.

Donc la Zoey Deutch hilarante de Retour à Zombieland ne reviendra plus ?
Ah non, je ne dis pas du tout ça ! J’ai adoré faire ce film, on s’est beaucoup marré. D’ailleurs, en arrivant à l’hôtel à Deauville, des gens attendaient pour me demander des autographes : la plupart avait des clichés très glamour à me faire signer mais à un moment, un type a sorti une photo de moi dans Zombieland, toute dégueulasse et en train de vomir (Rires.) C’était hilarant. Mais au fond, je crois que ça me ressemble plus qu’un cliché pris sur un tapis rouge !

Nouvelle Vague de Richard Linklater, actuellement au cinéma.