GALERIE
Jour2Fete

Elle livre une composition exceptionnelle en femme victime d’un déni grossesse qui la conduit au tribunal pour avoir abandonné son nouveau- né sur un container. Rencontre

Comment êtes- vous arrivée sur ce deuxième long métrage de Béatrice Pollet ?

Maud Wyler : J’ai eu la chance que Béatrice demande à me rencontrer et m’explique qu’elle avait écrit un film et un rôle pour moi… après m’avoir vue dans Le Combat ordinaire de Laurent Tuel en me parlant d’une scène en particulier qu’elle avait vu comme un virage dans mon jeu. Et ce qui est fou, c’est que le jour de tournage de cette scène, j’apprenais que j’étais enceinte ! Là, je comprends qu’elle est capable de lire en moi comme dans un livre ouvert. Je suis désarmée et intriguée.

Elle vous parle tout de suite du sujet central de Toi non plus tu n’as rien vu : le déni de grossesse ?

Oui avant de me donner le scénario à lire et le DVD de son premier film, Le Jour de la grenouille avec Joséphine de Meaux que je trouve d’une poésie incroyable. Elle m’explique aussi tout son travail de documentation préalable à son écriture. Et je me souviens m’être dit spontanément que n’étant pas mère elle- même, Béatrice avait vraiment un point de vue objectif et une vraie curiosité autour de cette question de devenir mère

Elle vous donne des films à voir ?

Le Procès de Viviane Amsalem de Shlomi et Ronit Elkabetz mais ce qui est troublant, c’est qu’à partir de ce premier rendez- vous, on ne va plus vraiment échanger sur le sujet du film. Le scénario sera ma base. Et c’est parce que je ne sais pas comment je vais y arriver que j’ai encore plus envie d’y aller ! Je ressens à la fois la confiance que Béatrice le fait et la responsabilité qui m’incombe. Il y a une forme de solitude dans tout cela. Et comme le film va mettre deux ans à se financer, j’ai le temps de rêver à ce rôle, de l’oublier puis de le voir régulièrement revenir à moi. Quelque chose continue de travailler dans l’inconscient et dialogue avec qui tu es.

Ce rôle de mère victime d’un déni de grossesse ressemble cependant à une série d’Himalaya à escalader. Et on est épaté par la manière puissante et fluide avec laquelle vous l’incarnez. Mais dans quel état étiez- vous le tout premier jour de tournage ?

L’angoisse est là bien sûr. Mais très vite, le plaisir du jeu l’emporte sur elle. La joie, la curiosité de ce qui va se passer. J’ai bien présent à l’esprit que le tournage va être très serré, avec deux prises par scène maximum. Cette règle du jeu implique d’être juste et précise dès la première. Une solidité… pour arriver au niveau de fragilité du personnage ! Or, dès le deuxième jour, j’ai dû me confronter aux scènes les plus dures à mes yeux : celles de la reconstitution, dans le cadre de l’enquête, de ce moment où elle a accouché seule dans la cuisine et emmené son bébé vers la poubelle. Celles où elle prend conscience de son geste. Pour avancer, il ne faut pas trop réfléchir, comme si tu laissais ton cerveau et ta rationalité de côté. Et pour tout dire, au fond, je fais comme je peux. Je vois cependant la confiance totale que me fait Béatrice et que sa direction passe par cette confiance, que je n’ai pas besoin des mots, juste d’un regard d’approbation. Mais quand je rentre à l’hôtel, la nuit, je suis pleine de spasmes, mon corps évacue le stress. Et ce n’est là que je mesure vraiment ce que je viens de faire.

Tenir un premier rôle change les choses ?

Le plaisir n’est pas démultiplié. Car tenir un second rôle est plus léger et la légèreté emmène la joie. Là, c’était âpre, pas confortable. Il fallait traverser le chaos. Impossible de tricher. Quand tu joues dans une vraie prison et que tu croises le regard de vraies détenues, je peux vous assurer que je n’en sors pas comme je rentre. Car ça me bouleverse. Je devais prendre la mesure de tout cela pour épouser le côté réaliste du propos. Mais ce tournage a été une immense expérience pour moi. Forcément inoubliable.