La Danse des renards de Valéry Carnoy
Jour2Fête

Un premier long métrage sensible de Valéry Carnoy, avec un Samuel Kircher impérial en jeune boxeur ingénu que le passage à l’âge adulte et la masculinité toxique vont frapper de plein fouet.

Au jeu duquel des deux s’imposera comme l’enfant sauvage favori du coming of age français, les frères Kircher se renvoient la balle. En 2023, Le Règne animal nous montrait l’ainé de la fratrie, Paul, en proie à une violente métamorphose, seule manière d'expier sa douleur face aux maux d'une société gangrénée jusqu’à l’os. Un traumatisme corporel dont hérite le cadet, Samuel, dans La Danse des renards. Mais là où le premier nouait un pacte avec sa bestialité, le second prend au contraire ses distances. Aux prémices du récit, une chute de dix mètres : celle de Camille, jeune boxeur en sport-études, qui s'en sort avec un bras cassé. Plus de peur de que mal, mais une douleur fantôme qui ouvre les vannes à une vague d’émotions jusqu’ici étrangères au blondinet, longtemps conditionné à écouter son corps au détriment du reste. Sa chair guérira mais son identité (d’homme, de sportif, d’ami) restera meurtrie de cet accident. Loin de la transformation animale, il mute en un être sensible, au grand désarroi de ses camarades et de son meilleur ami Mattéo.

Au fond, Valéry Carnoy dissèque moins le corps de son héros que les dynamiques masculines de l'adolescence. Il y trouve la fraternité d’abord, forte d’encouragements et de tendresse dissimulée. Puis vient la cruauté, celle qui naît des non-dits, des insultes que l’on regrette, de l’engrenage de la violence collective. Quant aux jeunes non-professionnels qui s’y adonnent, leur spontanéité galvanise la performance de Samuel Kircher, incandescent de bout en bout, même dans le déchirant silence d’une rupture amicale. La Danse des renards, c’est la fougue de la jeunesse qui emporte tout sur son passage et ne laisse derrière elle qu’une amitié déchue. Les lumières se rallument, le cœur, lui, reste serré.

De Valéry Carnoy. Avec Samuel Kircher, Fayçal Anaflous, Jean-Baptiste Durand... Durée: 1h30. Sortie le 18 mars 2026


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