On a rencontré le cinéaste iranien, emprisonné puis assigné à résidence dans son pays pendant 14 ans, la veille de l’obtention de sa Palme d’Or ô combien méritée. Confidences.
Comment est né l’idée d’Un simple accident et cette rencontre fortuite entre des hommes et des femmes emprisonnés comme vous avez pu l’être vous-même et celui qui fut leur bourreau ?
L’idée du film est née quelques mois après ma sortie de prison. Après avoir pu prendre un peu de recul, j’ai commencé à me demander ce que j’allais pouvoir faire. Et j’ai tout de suite compris que je n’allais pas pouvoir échapper à tout ce j'avais vécu derrière les barreaux, toutes les histoires que j'avais entendues. Tout me ramenait à ça. Et c’est la combinaison de toutes ces histoires – les miennes et celles des autres – qui m’a permis de créer les personnages de ce scénario en essayant de représenter au mieux ces personnes- là, de les donner à voir dans la diversité de leurs profils comme de leurs réactions. Et c’est cette matière qui me permet d’écrire une histoire.
Sans la dévoiler, la scène finale d’Un simple accident qui repose entièrement sur le son est absolument mémorable. Quand vous vous lancez dans l’écriture, vous l’avez en tête ?
Pas du tout ! Ce qu'il me faut, c'est le déclic, le point de départ. Et après, je navigue à vue. En tout cas sur ce film-là, car sur d’autres, ça a pu m’arriver d’avoir tout de suite l’arc total du récit. Mais pour Un simple accident, cette fin n’a jamais cessé de changer. Et ce jusqu’à la dernière ligne droite du mixage. J’ai vraiment énormément hésité car j’avais mis en boîte plusieurs fins possibles.
Comment vit-on justement un tournage clandestin, comme vous avez hélas l’habitude de les faire ?
C’est évidemment compliqué. Chaque minute peut faire basculer les destins de tous ceux qui sont sur le plateau, devant comme derrière la caméra. On vit tous dans un stress permanent. Dès que quelqu’un passe tout près, vous êtes déconcentré, vous vous demandez qui c’est, pourquoi il passe là, s’il vient vous espionner pour vous dénoncer. Et ce stress, cette pression restent quelque part intacts aujourd’hui. Ainsi mes comédiennes qui ont eu un courage infini de participer à ce film et d’y jouer sans voile ont été convoquées par la police et ont subi des interrogatoires après l’annonce de la sélection d’Un simple accident à Cannes. On leur a fixé des ultimatums et pourtant elles ont décidé de venir malgré tout. Sans savoir évidemment ce qui se passera à leur retour
Votre premier Cannes remonte à pile 30 ans où vous aviez décroché la Caméra d’Or pour votre premier long métrage, Le Ballon blanc. Quel souvenir en gardez-vous ?
Franchement, je n’avais aucune idée d’où je mettais les pieds. J’ai fait ce film très jeune, je sortais tout juste de la fac. Donc la seule chose que j’ambitionnais avec Le Ballon blanc, c’était d’être reconnu par mes profs qui attendaient beaucoup de moi. Et puis, à l’époque, il n’y avait pas les réseaux sociaux, les médias iraniens ne parlaient pas de Cannes. Donc ce fut une découverte totale pour moi.
UN SIMPLE ACCIDENT: L'IRANIEN JAFAR PANAHI FRAPPE FORT [CRITIQUE]Trente ans plus tard, vous qui avez été si longtemps interdit de sortie du territoire donc de présenter vos films en festival, comment avez-vous vécu la projection cannoise d’Un simple accident ?
Là encore, avec plein de surprises. Je ne m’attendais pas par exemple à ce que les spectateurs rient autant. Mais j’ai aussi entendu des pleurs. En fait, j’étais aux aguets et j’ai vraiment ressenti la manière dont les spectateurs se reconnaissaient dans mon film. A un moment, j’ai vu l’un d’eux se lever. Et vous allez trouver ça ridicule mais j’ai cru qu’il s’en allait, qu’il n’aimait pas. Et puis il a juste changé de place pour mieux profiter de la projection. J’ai pu souffler ! (rires)
Un simple accident. De Jafar Panahi. Avec Vahid Mobasheri, Maria Afshari, Ebrahim Azizi... Durée : 1h41. Sortie le 10 septembre







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