Brooklyn Affairs
Warner Bros.

Son apparition dans Brooklyn Affairs confirme que Bruce Willis n’a pas besoin d’avoir le premier rôle pour qu’on ne voie que lui. La preuve par cinq.

Le Bûcher des Vanités (Brian De Palma, 1990)

A la fin des années 80, dans l’esprit du grand public, Bruce Willis est déjà John McClane, mais il est aussi le jeune premier gouailleur et débraillé qu’on a adoré à la télé (Clair de Lune) et chez Blake Edwards (Boire et Déboires, Meurtre à Hollywood). C’est ce Willis-là que Brian De Palma embauche aux côtés de Tom Hanks pour incarner le journaliste alcoolique du Bûcher des Vanités, l’adaptation du livre de Tom Wolfe, un rôle grâce auquel l’acteur va peaufiner ses attitudes de bad boy sarcastique mais au cœur pur, qui feront de lui l’acteur le plus cool des nineties. En bonus, De Palma lui offre une scène d’ouverture faramineuse, le genre de tracking shot tape-à-l’œil dont il a le secret. Pas forcément le plus grand plan-séquence de l’histoire du cinéma, mais le plus grand plan-séquence de l’histoire du cinéma avec Bruce Willis dedans.

 

Pulp Fiction (Quentin Tarantino, 1994)

Pulp Fiction
StudioCanal

Bruce Willis est au premier plan de The Gold Watch, le deuxième segment de Pulp Fiction, mais, à l’échelle du film, il n’est qu’un second rôle. Tout le monde ici, de toute façon, est un second rôle, le principe du film étant de sublimer les personnages archétypaux qui faisaient tapisserie dans les films noirs des années cinquante : le tueur à gages, le chef mafieux, sa maîtresse, etc. Willis est génial dans la peau de Butch Coolidge, le « boxeur qui doit se coucher dans la cinquième », l’un des rares ici à jouer au premier degré, dans un pur style rétro, inspiré d’Aldo Ray et Ralph Meeker. Le genre de rôle que Rick Dalton (DiCaprio dans Once upon a time… in Hollywood) aurait pu tenir à l’époque.

Planète Terreur (Robert Rodriguez, 2007)

Planete Terreur
TF1 Video

On aurait pu citer un autre second rôle chez Robert Rodriguez (Hartigan dans Sin City), voire une autre apparition chez Tarantino (Groom Service, aux côtés de QT himself), mais on préfèrera s’arrêter sur cette performance dans le film grindhouse Planète Terreur, où il est tordant en officier vétéran trahi par son pays (après qu’il a tué Ben Laden), et qui, à la tête d’une unité de barbouzes, décide de transformer la population en zombies. Il n’est pas interdit de voir dans le lieutenant Muldoon le prototype du rôle que tiendra Willis quelques années dans G.I. Joe : Conspiration. Une autoparodie, oui, mais là c’est fait exprès.

Moonrise Kingdom (Wes Anderson, 2012)

Moonrise Kingdom
StudioCanal

Qu’allait bien pouvoir produire la rencontre entre Wes Anderson et Bruce Willis ? Entre le dandy raffiné et le gros bras lessivé ? Réponse : des étincelles. Même ceux qui ne goûtent que moyennement la fable salingerienne Moonrise Kingdom sont obligés d’admettre que Willis est extraordinaire en shérif de province à lunettes, paternaliste et affectueux, emmenant le film vers des sommets de poésie grâce à sa voix éteinte et ses yeux mi-clos. Une performance sublime qui fait rêver à une filmo alternative où l’acteur aurait profité de la soixantaine pour enchaîner ce genre de performances down-tempo dans des films d’auteurs… Ah, doux rêveurs que nous sommes !

Brooklyn Affairs (Edward Norton, 2019)

Il suffit de le voir débarquer au début de Brooklyn Affairs, feutre mou sur le crâne et œil qui frise, pour retrouver notre Bruce, celui qu’on aime, qui impose en quelques plans son charisme hard-boiled à l’ancienne. Si Edward Norton avait tourné son film au milieu des années 70, c’est Robert Mitchum qu’il aurait appelé pour jouer ce rôle de figure paternelle, de vieux sage dur à cuire. Norton le magnifie en deux plans-trois mouvements : on sait qu’on ne le verra pas longtemps, mais aussi que sa présence va planer sur tout le film. Au passage, c’est la confirmation que Willis porte superbement le chapeau, comme dans Dernier Recours ou Billy Bathgate. Tiens, Billy Bathgate, pourquoi on l’a pas mis dans ce top, celui-là ?

Brooklyn Affairs, de Edward Norton, avec Edward Norton, Gugu Mbatha Raw, Alec Baldwin, Bruce Willis… En salles le 4 décembre. Bande-annonce :