Sous le capot de Fast and Furious

Sous le capot de Fast and Furious

À quoi carbure si bien la saga ?

On ne va pas se mentir, le dernier Fast and Furious a, pour nous, démontré les limites de la franchise. Action étouffante, histoires tordues et rebonds scénaristiques over-the-top... La saga portée par Vin Diesel depuis plus de 15 ans ne connaît aucune limite pour combler son public – et le comble toujours plus. Alors que F&F 8 bat un record historique de démarrage au box-office mondial, on fait le point sur l’énigme cinématographique de la décennie, ou comment un film à pop-corn du samedi soir est devenu la locomotive inégalée du blockbuster d’action. Et un monument de pop-culture.

Plus vite, plus furieux

Avec l’âge, la franchise Fast and Furious est devenu un rouleau compresseur. Depuis le reboot officiel de la saga avec l’épisode 4 en 2009 (qui réintroduisait le casting noyau dur du premier film sorti en 2001) et le changement de cap artistique avec le numéro 5 deux ans plus tard, les auteurs n’ont fait que repousser les limites de l’imaginaire pour délivrer épisode après épisode un divertissement toujours plus délirant. Les courses sauvages de bagnoles tunées n’excitent plus le public ? Passons au film de braquages. Les braquages ne font plus recettes ? Affrontons des paramilitaires et des tanks. Les tanks sont so eighties ? Laissons la Toretto family affronter un sous-marin nucléaire tout en négociant un virage vers le technothriller.

Alors c’est quoi la prochaine étape ? Vin Diesel dans l’espace pour déjouer les plans d’une station spatiale voulant détruire la Terre ? Et pourquoi pas... L’un des scénaristes, Chris Morgan, a lancé le plus sérieusement du monde dans une interview à Uproxx : « On ira dans l’espace que si on a un concept cool. Par exemple : et si le frère disparu de Dom, Richard B. Riddick (franchise de space opéra portée également par Vin Diesel, ndlr), arrivait dans la suite ?"  Car c’est ça qui galvanise le public de Fast and Furious : cette capacité à transfigurer l’action et à aller aussi loin qu’il le faudra pour garder l’attention. On pourrait facilement oublier qu’au départ, il s’agissait d’un humble petit polar urbain, racontant l’histoire simple d’un flic infiltré dans un gang, dont la seule spécificité relevait des engins motorisés fluos tape à l’œil avec bas de caisses et néons sous le châssis. Depuis l’épisode 5, Fast and Furious a basculé, construisant au fil des films une franchise totale, un phénomène pop-culturel, un rendez-vous incontournable qu’on va voir entre potes. Car l’histoire de cette saga, depuis le départ, est avant tout une histoire de « famille ». 

Salute la familia

Dans le premier Fast and Furious, l’un des principaux enjeux scénaristiques était l’histoire d’amour qui se développe entre le personnage de Brian (feu Paul Walker) et Mia (Jordan Brewster), la sœur cadette de Dom (Vin Diesel). Brian ayant gagné l’amitié et la confiance de Dom, celui-ci l’autorise à fréquenter sa sœur et l’introduit dans la famille. Ce concept de la famille, dont certains membres sont unis par le sang et d’autres par l’amitié, demeure le pilier de la franchise. Bien plus que les grosses voitures, les pépées en bikinis, le rap mainstream indigeste et les effets-spéciaux pyrotechniques. En 8 films, la série a construit un schéma familial rassurant face à l’adversité, schéma duquel beaucoup de fictions, notamment télé, tirent leur succès. Au sein de ce cocon familial de substitution on retrouve des personnages archétypaux sur lesquels le public peut se reposer, ou s’identifier : Dom fait office de patriarche droit mais également de grand-frère protecteur. Letty, sa compagne, est la « maman » du groupe vers qui l’on peut se tourner en cas de besoin et qui sort les griffes si on touche aux siens. Brian était le gendre idéal, beau et loyal à la fois, prêt à tout pour ses amis quitte même à trahir son engagement dans la police et ses idéaux. Mia, sa femme, est la petite sœur ultra-protégée et convoitée par les mâles alpha pour sa beauté. Puis la famille s’est étendue, film après film, et l’on trouve désormais Hobbs (Dwayne Johnson), dans le rôle du tonton balaise qui vient en aide au chef de famille, Tej (Ludacris) et Roman (Tyrese Gibson) qui sont quant à eux les cousins tchatcheurs et dragueurs. Et comme tout le monde n’est jamais vraiment méchant dans toute cette histoire, dans le huitième épisode Jason Statham, alors bad-guy du précédent opus, intègre lui aussi la familia. D’abord à contrecœur puis celui-ci flanche finalement devant cet amour fraternel qui unit la Toretto family.

Cette famille savamment construite au fil des épisode donne au public l’impression de se retrouver parmi les siens et de faire aussi partie de la bande. Ce n’est d’ailleurs pas anodin que certains films de la saga se terminent sur un repas avec les traditionnels bénédicités propres à la culture américaine. C’est dans ce dernier instant salutaire, qui fait suite au déroulé de l’action où Dom et ses pairs ont failli mourir mille fois et qui précède le générique de fin, que le quatrième mur semble s’abattre entre les héros et le public. D’ailleurs, l’aspect multiculturel du groupe séduit énormément le public américain facilitant l’identification du spectateur aux personnages qu’il voit à l’écran. Dom, Letty, Mia et Hobbs sont latinos et hispaniques, Brian est blanc, Tej et Roman sont noirs, Han est asiatique… Dans un pays où le multiculturalisme est souvent mis à mal par le communautarisme et par la récente élection de Donald Trump à la Maison Blanche, Fast and Furious et sa famille abattent les frontières et mélange les cultures. Cette dynamique de famille marche si bien qu’elle est en réalité devenue un argument marketing. Au risque de confondre parfois la réalité et la fiction ? 

Hors cadre

Fast and Furious est une franchise en adéquation avec son époque. Les réseaux sociaux sont un terrain idéal de promotion qu'exploite à fond Vin Diesel, acteur principal et producteur des films. Sur son compte Facebook, Vin Diesel enchaîne les live-direct avec le réalisateur F. Gary Gray en amont de la sortie du film pour faire du teasing. Il publie également des photos de tournage dont une récente avec Paul Walker qui engrange plus de 15 millions de likes. Sur son Instagram, le comédien partage des photos de lui et ses petits camarades, en promo ou hors promo, généralement tout sourire dehors. Ces photos de la "famille" côtoient celle de la vraie famille de l'acteur, en particulier celle où il pose avec ses enfants. On trouve également des montages d'images de Paul Walker fait par les fans que Vin Diesel relaie sur son compte officiel en guise d'hommage. Les barrières de la fiction sont affranchies et c’est sans doute ce qui a donné pareille dimension à la mort de Paul Walker le 30 novembre 2013, qui a précisément perdu la vie dans un accident de voiture. Les fans sont abasourdis par la nouvelle et sa mort devient un événement qui dépasse largement le cadre cinématographique. La clip hommage à l’acteur, See You Again signé Wiz Khalifa, a réalisé le record du milliard de vue en moins de 24h sur YouTube, cumulant à l'heure actuelle plus du double. Le monde réagit non pas à la mort d’un acteur, mais d’un membre de la famille. Il a fallu d’ailleurs intégrer cet événement tragique dans les films : l’ombre de Paul Walker plane sur la fin du septième opus où l’on aperçoit symboliquement la voiture de Brian prendre un chemin différent de celui de l’équipe – et on pleure. Il est toujours là dans le 8e, certains voulant même lui demander de l’aide. Le personnage de Letty les coupe : "Non, il a changé de vie et il faut le laisser tranquille." Rest in peace Paul. Ou comment Fast & Furious a transcendé un acteur de séries B (Brick MansionsKill Bobby Z) en James Dean de la génération Y.

Mais, comme dans toutes les familles, les sourires et la déconnade peuvent parfois être de façade. Lors de la promo de Fast and Furious 8, Vin Diesel et Dwayne Johnson, les frères-ennemis à l’écran, avaient affirmé qu’il ferait un match de catch pour déterminer qui est le plus fort des deux. Malgré l’engouement de la presse et des fans face à ce véritable show médiatique, le match n’aura jamais lieu. Une embrouille serait née entre les deux hommes sur le plateau de tournage. D’abord prise un temps pour une rivalité fictive à but promotionnel, la dispute véritable aurait pris de telles proportions que Vin Diesel aurait même supprimé une scène post-générique dont Dwayne Johnson était le héros. La rivalité a priori saine a ainsi fait place à de la jalousie. Très récemment, il semblerait que les deux hommes se soient rabibochés en vue de l’épisode 9. Coup médiatique ou non, difficile d’en savoir plus tant le marketing autour des acteurs est devenu une extension des films.

Et comme F&F est une saga de son temps, le dernier coup de capot est d’avoir intégré un personnage féminin fort. Au départ, les femmes étaient divisées en deux catégories : les filles fortes, voire garçons manqués (Letty en tête), et les filles faciles aux courbes chaloupées faisant le drapeau sur la ligne de départ des rodéos sauvages. Puis, dans le dernier épisode, Charlize Theron vient semer le trouble. Badass, sexy et machiavélique, elle illustre un nouveau virage : le choix de transformer l’éternel bad-guy en une diva terroriste prouve une nouvelle fois que la saga veut dépasser les codes du genre et se montre capable d’attirer un public féminin qui jusqu’ici se limitait, schématiquement, aux filles qui acceptaient d’accompagner leurs copains en salles. 

Fast & Furious 8 : pourquoi Charlize Theron est la méchante idéale

Fast and Furious 8 est en salles depuis le 12 avril. 

 

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