le pacte / snd / pathé distribution

Ce qu’il faut voir cette semaine.

L’ÉVENEMENT

PLACE PUBLIQUE ★★★☆☆
De Agnès Jaoui

L’essentiel
Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri reviennent en forme avec une comédie chorale désenchantée sur le vieillissement et la fin des idéaux.

Ils le disent eux-mêmes : chacun de leurs films est une variation autour du thème du droit du plus fort. Et d’après Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, après des années de lutte inégale marquées par le libéralisme triomphant, ce sont les cyniques qui l’ont emporté sur les humanistes. À ma droite, Bacri en vieil animateur télé qui s’accroche à son poste ; à ma gauche, Jaoui en respectable lobbyiste tiers-mondiste à bout de sou(ffle).
Christophe Narbonne

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PREMIÈRE A ADORÉ

NOTRE ENFANT ★★★★☆
De Diego Lerman

Au volant de sa voiture, Malena, médecin, quitte Buenos Aires et engloutit 800km pour aller chercher le bébé qu’elle doit adopter. Elle arrive dans une petite ville pauvre et dépeuplée, tapissée d’une terre rouge que la chaleur fait vibrer. Voilà pour le décor oppressant où elle va subir pendant quelques jours un parcours du combattant. Cette manière de circonscrire étroitement son héroïne permet au réalisateur argentin Diego Lerman (Refugiado) de la plonger très profondément dans les abysses d’une procédure d’adoption kafkaïenne.
Anouk Féral

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ALLONS ENFANTS ★★★★☆
De Stéphane Demoustier

C’est tout à la fois un petit bijou et un petit miracle. Un moyen métrage autoproduit et tourné par Stéphane Demoustier (révélé par son premier long, Terre battue, en 2014) avec ses deux enfants, sans distributeur -donc sans savoir s’il allait connaître un jour une vie en salles. Et qui, après avoir été primé au festival de Berlin, débarque donc finalement sur grand écran. Un conseil : ne le ratez pas ! Car rares sont les cinéastes à savoir ainsi raconter une histoire à hauteur d’enfants, sans jouer les adultes omniscients. On y suit Cléo et Paul, jumeaux âgés de 3 ans, qui l’un après l’autre, vont échapper à la surveillance de leur nounou lors d’une balade dans les jardins de La Villette. Cléo cherche alors Paul… qui cherche Cléo, alors que la nounou dépassée panique à l’idée de ne pas les retrouver. Stéphane Demoustier filme ces heures buissonnières au rythme de ces enfants qui, après des instants de panique, vivent ces moments comme un jeu. Il y a du Truffaut dans la manière qu’a Demoustier de voler des regards, des gestes, des expressions sans jamais donner l’impression de trahir ceux qu’ils filment au cœur d’un parc de la Villette transformé en un infini terrain de jeu. Et ce en réussissant aussi le portrait des deux adultes lancés à leur poursuite : cette nourrice aux abois et cette jeune femme – remarquablement interprétée par Vimala Pons – qui, se retrouvant malgré elle responsable de cette petite fille perdue sans savoir comment rentrer chez elle, va être confrontée par surprise à son ex. Servi par une gestion fluide des rebondissements, ce « Lost in Belleville » vaut vraiment le détour.
Thierry Cheze

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PREMIÈRE A AIMÉ

LARGUÉES ★★★☆☆
D’Eloïse Lang

Deux sœurs, une musicienne délurée et une mère de famille rigide, emmènent leur maman en plein divorce fêter ses 60 ans dans un Club Med à la Réunion. Ça n'en a peut-être pas l'air avec ce pitch à première vue 100% comédie française A.O.C, mais Larguées est en fait le remake d'une comédie danoise, All Inclusive, sortie en 2014.
Sylvestre Picard

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JERSEY AFFAIR ★★★☆☆
De Michael Pearce

Ceux qui ont eu la bonne idée de regarder la mini-série Guerre et Paix diffusée sur la BBC reconnaîtront immédiatement le minois faussement revêche et la voix subtilement rauque de Jessie Buckley. D’ailleurs dans Jersey Affair, l’actrice irlandaise de 28 ans, joue une jeune femme proche de celle qu’elle incarnait dans l’adaptation de Tolstoï. Soit un être au bord de l’implosion, soumis à un environnement familial étouffant, l’empêchant de déployer son potentiel. Au contact du fruste et mystérieux Pascal, un véritable indigène de Jersey, la jeune Moll va goûter à la liberté, au grand dam de sa famille de bourgeois coincés. Mais un tueur en série sévissant sur l’île risque de mettre à mal ce nouvel élan. Thriller en sourdine, Jersey Affair déploie, comme une grenade qui exploserait au ralenti, un jeu du chat et de la souris tendu et menaçant. A la fois esquintés et séduisants, les deux personnages centraux ressemblent à leur environnement, un paysage accidenté, attirant mais soumis aussi à des vents puissants. Bien qu’il pêche parfois par excès de caractérisation de ses protagonistes, Michael Pearce étonne avec cette première oeuvre qui oscille ouvertement entre le mélodrame et l’angoisse, le cinéaste faisant le choix de rester sur le fil, avançant par touche comme un impressionniste du thriller. Si Jersey Affair doit beaucoup au jeu charismatique de Jessie Buckley, cette dernière peut, de son côté, compter sur Johnny Flynn, vu dans la série Lovesick, pour incarner son parfait négatif, entre sensualité passive et inquiétante douceur. 
Perrine Quennesson

KATIE SAYS GOODBYE ★★★☆☆
De Wayne Roberts

Le décor fait penser à un vieux Scorsese des familles, Alice n’est plus ici. Un boui-boui perdu au milieu de l’Arizona, dans un bled battu par les vents et la poussière, habité par une faune folklorique de routiers sympas, de serveuses à la coule et de clients fauchés qui vivotent dans le trailer park d’à côté. Mais le parcours de l’héroïne évoque plutôt un calvaire à la Lars Von Trier. Katie tend systématique l’autre joue, et sourit sans faillir face aux coups bas que lui réserve l’existence : sa colocation glauque avec sa maman prostituée (Mireille Enos) dans un deux-pièces miteux, les passes qu’elle consent elle-même à faire pour une poignée de dollars dans des ruelles sordides à la nuit tombée, son coup de foudre pour le garagiste du coin, un repris de justice qui menace de péter les plombs à tout moment… Flirtant avec les clichés « sundanciens » (caméra fébrile, ruralité, bons sentiments), le réalisateur Wayne Roberts parvient pourtant à capturer cet inframonde redneck sans une once de misérabilisme ou de condescendance, mais plutôt avec la candeur et l’opiniâtreté de son héroïne interprétée par Olivia Cooke (grosse sensation du moment chez les directeurs de casting, l’actrice est également ces jours-ci à l’affiche du Ready Player One de Spielberg). Très sûr de lui, Roberts a d’ailleurs annoncé que ce Katie says goodbye était la première partie d’une trilogie consacrée à des personnages en rupture de ban, qui finiront par tous se croiser dans le dernier volet. Il vient de tourner la suite, Richard says goodbye, sur un prof cancéreux joué par Johnny Depp. A suivre, donc.
Frédéric Foubert

THE STRANGERS – PREY AT NIGHT ★★★☆☆
De Johannes Roberts

Y a-t-il plus cliché qu'un film d'horreur qui martèle dès sa première scène qu'il est tiré de faits réels pour s'octroyer un minimum de crédibilité ? Assurément : un film d'horreur où une famille d'américains moyens se retrouve isolée dans un camping abandonné, prise au piège d'une bande de psychopathes bien décidés à jouer au chat et à la souris toute la nuit. Le genre de cul-terreux masqués et mutiques, adeptes de la découpe façon boucherie chevaline. The Strangers : Prey at night ne révolutionne aucunement le genre, puisant, sur le fond comme sur la forme, chez ses aînés Tobe Hooper, John Carpenter ou encore Wes Craven. Trois maîtres en la matière, responsables de nos cauchemars les plus tenaces, et auxquels on pense encore irrésistiblement aujourd’hui quand on entend au cinéma une porte qui grince, une ampoule qui grésille, ou quand on voit une silhouette menaçante venir à notre rencontre. Mais Johannes Roberts balaye d'un revers de hache le cahier des charges grâce à sa radicalité jusqu'au-boutiste et une mise en scène sophistiquée parsemée de néons fluo et de tubes New Wave. The Strangers : Prey at night sort très vite de sa zone de confort, trouvant sa voie loin des clins d’œil à répétitions et de la facilité du jump scare. C’est un survival pervers, à la fois jouissif et violent, guidé par l'immoralité et le goût de la chasse à l'homme. Il y a là de quoi nourrir quelques nouveaux cauchemars, si le temps a émoussé ceux que vous ont filé Freddy Krueger et Michael Myers.
François Rieux

NICO 1988 ★★★☆☆
De Susanna Nicchiarelli

Icône des années 1960, muse d’Andy Warhol et chanteuse éternellement associée au Velvet Underground, l’allemande Nico (de son vrai nom Christa Päffgen) a ensuite mené une carrière solo plutôt confidentielle. En suivant l’artiste dans la seconde partie des années 1980, au moment où elle entame une ultime tournée en Europe, le film de Susanna Nicchiarelli porte un regard inédit sur cette star à la destinée méconnue. Loin des paillettes, ce curieux biopic dresse le portrait tourmenté d’une créatrice qui ne trouva l’épanouissement musical qu’une fous débarrassée de la célébrité et d’une mère droguée en quête de rédemption auprès d’un fils longtemps délaissé. Affrontant ses blessures intimes à travers des compositions gothiques, punk et expérimentales, l’ex-égérie incarne ici une héroïne flamboyante et égocentrique, fragile et déphasée. Car le film a la bonne idée de faire des musiciens, compagnons et managers de la chanteuse d’attachants bras cassés qui oscillent entre gentils ringards et losers magnifiques. Le périple de la troupe sur les routes européennes réserve alors, sous ses airs de farce désabusée, des instants de pure extase musicale où les chansons réinterprétées par Trine Dyrholm (impressionnante dans le rôle de Nico) distillent une mélancolie mystique et cabossée.  Non sans évoquer la fougue désenchantée du cinéma de R.W Fassbinder, Nico 1988 capte les dernières lueurs d’un mythe en train de s’évanouir sous nos yeux et réhabilite une artiste intransigeante.
Damien Leblanc

JEAN ZIEGLER, L’OPTIMISME DE LA VOLONTÉ ★★★☆☆
De Nicolas Wadimoff

Militant communiste proche de Sartre, l’écrivain, penseur et essayiste suisse Jean Ziegler met en pratique depuis plus de cinquante ans ce que lui a conseillé Che Guevara en 1964 : combattre le « monstre » (la finance internationale) de l’intérieur. Réalisé par un de ses anciens étudiants, ce documentaire apporte un éclairage passionnant sur ce personnage haut en couleur qui n’a rien perdu de sa fibre révolutionnaire.
Christophe Narbonne

 

PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIMÉ

ESCOBAR ★★☆☆☆
De Fernando Léon de Aranoa

Au cinéma et ailleurs le crime paie toujours un peu. Le roi colombien de la poudre (aux yeux ?) Pablo Escobar – narcotrafiquant star des golden eighties jusqu’à sa mort violente en 1993 - n’en finit pas d’exciter les scénaristes. De la série Narco aux récents longs-métrages Paradise Lost avec Benicio ou Barry Seal avec Cruise, le roi du cartel de Medellin - déjà culte de son vivant - peut dormir sur ses deux oreilles. Et Javier Bardem a beau crier haut et fort aujourd’hui qu’il porte son Escobar depuis des lustres attendant que les planètes s’alignent enfin pour le produire, ce biopic arrive un peu en bout de ligne.
Thomas Baurez

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GAME NIGHT ★★☆☆☆
De Jonathan Goldstein & John Francis Daley

Le point de départ (sociologique) a le mérite d’être amusant. Il s’agit de ces quadras qui, pour tromper l’ennui, par goût du jeu ou pour sociabiliser, passent des nuits entre amis à jouer au Monopoly, au Risk ou au Time’s Up. Le pitch est aussi rigolo : un soir, un couple voit débarquer le frangin du héros qui va pimenter leur soirée en proposant à la bande d’amis un jeu de rôle grandeur nature. Pas de bol : le frère en question est recherché par des mafieux et déclenche une cascade de quiproquos. Le temps d’une nuit, nos héros ordinaires sont alors pris en chasse par des truands, des flics et secourus par un voisin bizarre. La nuit de folie évoque de très, très loin After Hours ou La Mort aux trousses, en moins ambitieux et avec beaucoup (trop) de rebondissements téléphonés. C’est finalement toujours le problème de ces comédies d’action hybrides, qui n’arrivent jamais à mélanger les genres de manière satisfaisante : quoiqu’il arrive, ce qui compte à la fin, c’est le nombre de rires arrachés aux spectateurs. L’intrigue policière s’essouffle vite et les effets de style paraissent souvent laborieux. Restent donc les acteurs. Ils font le boulot : Jason Bateman et Rachel McAdams jouent avec naturel ce couple très normal parachuté dans un film d’action -mais qui n’oublie jamais de commenter en direct ses mésaventures. Jesse Plemons, Michael C. Hall et Kyle Chandler brillent sans forcer, mais c’est Billy Magnussen, en voisin demeuré, qui vole vraiment le show. Le résultat ressemble à une bonne partie de Taboo entre potes qu’on s’empressera d’oublier le lendemain matin.
Gaël Golhen

MY WONDER WOMEN ★★☆☆☆
D’Angela Robinson

La réalisatrice de My Wonder Women Angela Robinson a forcément dû lire le passionnant bouquin The Secret History of Wonder Woman : l'historienne Jill Lepore y retrace l'histoire de la superhéroïne à travers la figure de son créateur William Marston, psychologue un brin charlatan (créateur d'un détecteur de mensonges, adepte du bondage et vivant avec deux femmes, Olive et Elizabeth, figures du féminisme américain). Le film laisse malheureusement une impression de survol un peu léger de l'histoire de « Marston et ses femmes », sans vraiment plonger dans la mythologie pop et féministe de Wonder Woman. Reste la dynamique passionnante du trio de tête Luke Evans/Rebecca Hall/Bella Heathcote, qui font de My Wonder Women l’agréable face B d'un certain blockbuster sorti l'an dernier.
Sylvestre Picard

MES PROVINCIALES ★★☆☆☆
De Jean-Paul Civeyrac

Jean-Paul Civeyrac compte une poignée de fervents admirateurs qui se délectent de ses films où se mêlent érotisme sophistiqué, marivaudage intello, surréalisme discret, le tout porté par des acteurs inconnus. Entre Jean-Claude Brisseau et Philippe Garrel, il creuse le sillon d’un cinéma d’auteur exigeant, post-Nouvelle Vague, qui fait fi des modes, quitte à paraître daté. Dans Mes provinciales, classique -et trop long- récit d’apprentissage sur un étudiant en cinéma monté à Paris, en plein doute (artistique et amoureux), Civeyrac oppose ainsi les valeureux soutiens de Godard à ceux de Verhoeven et Fincher qu’il brocarde sans nuances : le “méchant” fan de genre fera son long métrage, pas les autres. On a le droit de ne pas être d’accord avec cette vision binaire et un peu fausse.
Christophe Narbonne

 

PREMIÈRE N’A PAS AIMÉ

SONATE POUR ROOS ★☆☆☆☆
De Boudewijn Koole

La sonate n’est pas d’automne mais la parenté -établie par le titre français- avec le cinéma d’Ingmar Bergman est bien réelle : où il est question d’incommunicabilité entre une mère et sa fille aînée. De passage en Norvège, où la mère et le fils cadet habitent (ils sont hollandais), Roos va devoir surmonter les silences pour enfin se libérer. Bergmanien certes, mais surtout prévisible et ampoulé. Le réalisateur sait faire de belles images (un tunnel de stalactites musicales...) qui font moins sens que décoration.
Christophe Narbonne

 

Et aussi
Love addict de Frank Bellocq
Eternity has no door of escape d’Arthur Borgnis

Reprises
Rétrospective R.W. Fassbinder partie 1
Intégrale Jean-François Stévenin

Prochainement au Cinéma