Open Range
Chris LARGE - © 2004 Tig Productions / Cobalt Media Group / Beacon Pictures

Open Range, sorti en 2004, est diffusé ce lundi 5 août sur France 3 à 21h05. L’occasion de (re)découvrir notre critique publiée à l’époque dans Première.

Fallait pas tuer le chien. En route pour accompagner leur troupeau, Boss Spearman et Charley Waite s’arrêtent à proximité d’une petite ville où ils sont agressés par les hommes de main du tyran local Denton Baxter. Bilan : un mort, un blessé et un chien tué du côté de Boss, qui part avec Charley affronter Baxter. En ville, ils s’attirent la sympathie de quelques habitants, en particulier de la sœur du médecin…

Règlement de comptes

Open Range est un western classique jusqu’au bout des cornes de vache. On y voit l’affrontement traditionnel entre le capitalisme sauvage (les grands propriétaires) et l’entreprise individuelle (les éleveurs itinérants). Le passage rapide de l’état sauvage à la civilisation oblige les personnages à faire la part de ce qu’il y a de bon et de moins bon dans ce changement. Kevin Costner, dans le rôle central, traîne l’habituel passé de tueur et cherche la rédemption en s’adaptant, ce qui, dans son cas, consiste à dormir sous un toit et à se marier. Chacun de ces thèmes rappelle les classiques du genre, de Rio Bravo à Impitoyable sans que jamais le film n’arrive à se hisser à ce niveau.

Rien de nouveau sous le soleil donc (ni sous la pluie, l’un et l’autre servant à refléter l’humeur du personnage de Costner). Le scénario se contente de prendre son temps pour détailler de façon réaliste et nuancée aussi bien la vie au grand air que les comportements collectifs. Les habitants ne sont pas tous des pleutres passifs : certains s’engagent contre la tyrannie de Baxter.

Ce qui fait la force du film, c’est évidemment son interprétation, comme souvent lorsqu’un acteur réalise. Robert Duvall y trouve probablement le rôle dont il avait rêvé toute sa vie, même s’il a déjà joué dans des westerns. Entre la nature de son personnage qui ne dit jamais un mot inutilement et la propension du scénario à le faire discourir sur la liberté individuelle, il y a une contradiction que Duvall fait passer avec une classe incroyable.

Kevin Costner s’est réservé un rôle qu’il affectionne, celui du fêlé qui rumine un sombre passé. Son implication sentimentale avec la sœur du médecin est touchante (merci Annette Bening) bien qu’insuffisamment dégrossie pour ne pas paraitre artificielle.

Derrière la caméra, Costner évite de justesse la lourdeur et la grandiloquence, mais pas la lenteur. La photo de James Muro travaille beaucoup la lumière, et, pour un ancien steadycamer, il surprend par la stabilité de ses cadrages ? Les vastes espaces (canadiens) sont filmés comme un paradis perdu et accentuent le contraste avec la violence urbaine. Le film, qui aurait pu être tourné il y a vingt ans, se voit avec plaisir, mais perplexité : à aucun moment, il n’arrive à faire oublier que ce qu’il raconte a déjà été dit avant, et mieux.