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Brune, dark, dingue : l’aura d’Eva Green, à l'affiche de Miss Peregrine, est naturellement burtonienne. Peut-être même trop ?

Eva, on ne s’étonne pas que Tim Burton vous ait choisie pour jouer son premier alter ego féminin...
Son alter ego ?

Miss Peregrine est une sorte 
de marraine de la bizarrerie.
 Ce qui semble naturellement vous correspondre et fait de vous une actrice éminemment burtonienne.

Je n’ai aucune idée de ce à quoi 
peut bien ressembler une actrice burtonienne. Enfin si. De là à trouver que je corresponds à cette image... Les yeux, peut-être. Tim a souvent travaillé avec des actrices aux grands yeux qui ressemblaient à ses dessins de jeunesse. Mais pour le reste, il ne correspond pas vraiment au public cible des films dans lesquels je joue. Je lui ai même interdit de regarder la série Penny Dreadful. (Elle y interprète une médium dans le Londres du 
XIXe siècle, peuplé d’un best of des créatures gothiques les plus célèbres.)

Pourquoi ?
Mais parce qu’il crèverait de peur ! (Rire.) C’est beaucoup trop dérangeant, trop violent pour lui. Tim est très barré, ses films ont aussi une dimension macabre, mais il a des fantasmes plus... fantaisistes, plus colorés.
 Quand je tourne Dark Shadows sous 
sa direction, j’ai l’impression de jouer dans une comédie.

La nuance est peut-être là : vous avez tous les deux des univers dingues, mais vous arrivez dans le sien au moment où il s’est assagi. En d’autres termes, vous êtes burtonienne, mais... ...
trop burtonienne pour Tim Burton lui-même ? (Rire.) Possible. Je ne peux pas m’empêcher d’aller vers des personnages denses, inquiétants, presque des caricatures de femmes fatales, comme dans Sin City 2 de Frank Miller et Robert Rodriguez ou White Bird de Gregg Araki. Il faut dire qu’on me vient me chercher pour ça aussi !

Pourquoi, à votre avis ? Vos débuts 
en France ne présageaient pas une telle évolution.

Je n’en sais rien, c’est peut-être lié 
à l’exotisme européen dont les Anglo-Saxons ont besoin pour marquer l’étrangeté des personnages. Cela 
m’a emmenée vers des rôles sulfureux, dans des univers déconnectés de la réalité. Alors que je serais ouverte au fait de jouer des filles tout aussi sulfureuses dans des univers plus ordinaires.

Vous voulez dire plus naturalistes ?
Voilà, plus rêches. Le rêve, ce serait
 de rentrer en France travailler avec Audiard, par exemple. Mais on ne pense pas à moi. C’est comme si j’étais devenue trop sophistiquée aux yeux du cinéma français. Trop sophistiquée ou trop bizarre, si vous voulez...

En tenant le rôle-titre de Miss Peregrine... vous vous offrez plutôt une carrière comme celle de Helena Bonham Carter.

Ah ! Expliquez-moi...

Avant de tourner avec Burton, elle était la Marla Singer de Fight Club. Chez lui, elle est très vite devenue une sorte
 de gentille sorcière maternelle.
Alors je risque de perdre le label
 « femme fatale » en tournant avec
 Tim ? (Rire.) Helena Bonham Carter 
a quand même su conserver son étrangeté, donc cela ne m’angoisse pas plus que ça. Et puis, si je m’assagis un peu, pourquoi pas ? Ma mère me répète assez que je devrais arrêter de jouer systématiquement des tarées.

Miss Peregrine : du livre au film

Miss Peregrine et les enfants particuliers de Tim Burton sort en salles le 5 octobre. Bande-annonce :