Shutter Island
Paramount
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En 2010, Martin Scorsese détaillait dans Première ce qu’il avait conservé (ou non) du roman de Dennis Lehane.

Shutter Island a fêté ses dix ans cette semaine. Début 2010, Martin Scorsese avait accepté de décrypter son travail d’adaptation du roman de Dennis Lehane, qui sert de base au film, dans Première. Sans spoiler l’intrigue, il livrait les empreints majeurs au livre, mais aussi ses propres inventions, essentielles pour transposer intelligemment l’histoire à l’écran. Morceaux choisis.

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Le talent de Lehane ? Savoir jouer avec l’imagination du lecteur
Le cinéaste livrait par exemple une anecdote croustillante : au moment de lancer le casting de l’un des personnages féminins, il était persuadé que la jeune femme était décrite comme maigre dans le roman. Après vérification, Scorsese s’est rendu compte que son physique n’était jamais précisé par Lehane, mais que, par une association d’idées, sa photo rappelait à l’un des personnages les camps de concentration. D’où certainement l’idée de maigreur, ancrée dans son esprit, mais qui n’est jamais véritablement explicitée !

"Son écriture est cinématographique, dans la mesure où, comme dans un film, il coupe à travers l’espace et le temps. Mais il le fait dans le texte. Son travail est assez extraordinaire, avec une particularité très intéressante : ses mots ont un pouvoir d’évocation qui dépasse ce qui est écrit sur la page. (il prend alors pour exemple les photos d’un personnage qui disparaît au début de l’intrigue, Rachel, jouée par Emily Mortimer. En relisant le livre pour vérifier comment Lehane décrivait ces photos, je me suis rendu compte qu’il n’en disait rien ! (Rire.) J’étais persuadé qu’il l’avait fait. Je peux jurer qu’il a inscrit dans mon esprit une vision qui semblait détailler la scène dans son intégralité. En d’autres termes, j’avais déduit que la photo de Rachel devait la représenter émaciée. Or, le texte ne le spécifie aucunement ! Le livre est rempli d’exemples de ce genre."

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L'envie de retravailler avec Leonardo DiCaprio
Par tous ces petits détails, l’adaptation du roman n’a pas été de tout repos. Pour bien faire comprendre sa vision de l’histoire aux acteurs, Martin Scorsese leur a montré des dizaines de films, notamment Laura, d'Otto Preminger, et La Griffe du passé, de Jacques Tourneur. En particulier à Leonardo DiCaprio, qui devait comprendre les angoisses de son personnage d’inspecteur de police, afin de mieux les jouer… Le réalisateur avait placé tous ses espoirs en lui : "Dès la lecture, j’ai su que le premier rôle était pour Léo. Nous cherchions un projet commun depuis deux ans. Bien sûr, j’ai trente ans de plus que lui, mais je crois que nous voyons le monde de la même façon. DiCaprio correspond aux personnages que j’ai proposés au fil des ans à Robert De Niro et Harvey Keitel. Il n’a pas peur de se confronter à certains sujets et il a une façon intéressante d’aller à la découverte des rôles. Je ne dis pas ça à la légère : nous ne savons jamais vraiment à l’avance jusqu’où ce travail peut mener. C’est toujours intimidant au début. Il faut faire très attention lorsque nous commençons à détailler les multiples facettes d’un personnage. Cette fois, l’histoire s’y prêtait encore plus que pour Howard Hughes dans Aviator. Lorsqu’on a fini Shutter Island, Leo a été surpris du chemin parcouru psychologiquement et émotionnellement. Après les répétitions, nous pensions avoir deux ou trois niveaux de lecture dans chaque scène, mais en fait, il y en a plus. C’est en les tournant que ça s’est révélé."

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"Moins on en montre, mieux ça vaut."
Dans le livre, il y avait plus de flash-backs, et cela a été retravaillé en priorité par la scénariste Leta Kalogris. "Les flash-back étaient beaucoup plus présents dans le livre. En essayant de représenter ces flash-back (ou ces rêves), j’ai découvert que moins on en montre, mieux ça vaut. J’ai donc volontairement ignoré certains détails très précis. En revanche, dans le film, on voit immédiatement le visage de la femme de Teddy, Dolores (Michelle Williams). Avec Robert Richardson (le chef opérateur), nous avons choisi le Kodachrome pour les flash-back afin de les rendre très vifs et légèrement dérangeants. Pour évoquer Dachau, nous avons étudié les films que George Stevens a tournés en 16 mm Kodachrome à l’époque de la libération des camps. Nous nous sommes également demandé comment passer du rêve à la conscience et inversement – finalement, nous avons eu recours à des coupes au moment du montage. Ont-elles un effet au niveau psychologique ou émotionnel ? Quelles informations faut-il donner au spectateur lorsque le rêve commence ? Qu’est-ce qui vient en premier : la conscience de la pensée ou la pensée elle-même ? Ces questions nous ont poursuivis tout au long du montage du film. Nous voulions que les images glissent comme de la musique..."

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L’importance de la musique
D'ailleurs, si la BO de Shutter Island est si particulière, c'est parce que l'équipe a pris soin de faire en sorte qu'elle participe à l'ambiance oppressante du film : "La seule musique citée dans le livre est un morceau de Mahler. Nous l’avons utilisé. Pour le reste, avec Robbie Robertson, quia supervisé la bande originale, nous avons écouté et rassemblé une vingtaine d’heures de musique symphonique contemporaine composée par György Ligeti, Krysztof Penderecki, Max Richter, John Cage, Nam June Paik, John Adams, Brian Eno... Nous avons « surimposé » et parfois combiné deux ou trois morceaux. Cet accompagnement musical doit traduire non pas l’état d’esprit de Teddy, mais sa façon de percevoir ce monde qui est le sien et qui n’arrête pas de changer. La musique doit aussi être polyvalente, comme si elle servait en même temps d’effet sonore. Les premières notes entendues ressemblent au son d’une corne de brume. Le morceau – Fog Tropes d’Ingram Marshall – a une tonalité fantomatique, tout en exerçant une étrange séduction. Qu’est-ce qui attire Teddy dans ce monde ? La corne de brume ? La mer elle-même ? Le cri des mouettes ? Tout est musique. Je ne veux pas trop en dire pour ceux qui n’ont pas lu le livre ni vu le film, mais lorsque, sur le bateau, Teddy fait face à son miroir et qu’il se rince le visage en se disant de se contrôler, la musique reflète dès le début l’impression qu’il est au bord de la dépression."

Bande-annonce de Shutter Island :