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Si le titre du nouveau Tarantino est un clin d’œil au film de Sergio Corbucci, Django (qu’incarnait l’acteur italien Franco Nero), il ne s’agit que d’un emprunt, de même qu’Inglourious Basterds avait pris son titre, à une lettre près, à un film de guerre italien des années 70. Le reste est du pur Tarantino.D’après ce que montre la bande annonce de Django Unchained, les rapports avec le western italien sont en effet très lointains. Tarantino lui a emprunté le graphisme du générique (silhouettes noires découpées sur fond rouge) qui rappelle Le bon, la brute et le truand. Et probablement qu’il ira chercher quelques musiques d’Ennio Morricone ou Luis Bacalov pour illustrer certaines séquences, comme il a l’habitude de le faire. Mais aucune trace de cette filiation musicale dans le trailer dévoilé la semaine dernière, où l’on identifie un morceau de Johnny Cash (mais rien ne dit que le titre restera dans la version définitive), et un peu de funk 70’s, histoire de rappeler que la musique est pour Tarantino plus une question d’ambiance que de repère chronologique précis.Gros budget, gros castingVisuellement, à part quelques effets de style (le sang qui gicle), le film est très loin du western spaghetti. Rappelons que le caractère des productions italiennes était déterminé par leur économie. Elles fonctionnaient avec des budgets restreints. Les tournages avaient lieu en Espagne, en Italie ou en Yougoslavie, les décors et les costumes, minimalistes, étaient fabriqués sur place. Les premiers rôles étaient tenus par des inconnus pas chers (Eastwood) ou des acteurs de série télé en quête de second souffle (Lee Van Cleef), quand ce n’était pas des stars locales (Franco Nero, Thomas Millian, Klaus Kinski). Rien à voir avec Django Unchained, un film de studio au budget confortable à en juger par les costumes neufs et rutilants, la grande richesse des décors, et la variété des extérieurs. Rien que dans la bande annonce, on peut retracer l’itinéraire de la production, à commencer par les rochers ultra identifiables des Alabama Hills, à Lone Pine en Californie (qui servent de décor aux tournages hollywoodiens depuis les années 30). Les paysages d’hiver ont été tournés à Jackson Hole dans le Wyoming, et les multiples scènes de plantation trahissent la Louisiane près de la Nouvelle-Orléans.Côté casting, si Tarantino poursuit le clin d’œil aux productions italiennes avec un cameo de Franco Nero lui-même, Jamie Foxx et Christoph Waltz côtoient Samuel L. Jackson et Leo DiCaprio - on n’est pas exactement dans la série B.Vrai scénarioA l’évidence, QT cherche avant tout à se faire plaisir tout en s’assurant la complicité du spectateur. Mais derrière les images spectaculaires, pleines de violence cool et de dialogues rigolos, le script a l’air de tenir la route. L’histoire, qui a lieu juste avant la guerre civile, raconte comment l’esclave Django, libéré avec l’aide d’un blanc, profite de cette liberté pour aller chercher sa femme, Broomhilda, dont il a été séparé par la force. A l’époque, les esclaves n’étaient pas libres de s’unir parce que leurs sentiments les y poussaient. Les couples étaient formés par leurs maîtres qui cherchaient le meilleur mâle et la meilleure femelle pour donner des rejetons qui se vendraient le plus cher possible. La quête de Django est donc doublement symbolique parce qu’en retrouvant la femme qu’il a choisie (et qui l’a choisi), il affirme du même coup sa liberté. Ce qui donne au titre un supplément de sens. GD