Derrière les atermoiements d’un acteur menacé par son passé de déglingue, Jonah Hill passe surtout son temps à nous dire qu’il est quelqu’un de bien.
Pour son troisième film derrière la caméra, Jonah Hill entérine ce qu’on soupçonnait déjà fortement : il ne sait parler que de lui. 90’s ? Inspiré de son enfance. La méthode Stutz ? Un docu sur son psychiatre pour évoquer ses problèmes de santé mentale. Et Chantage, qui vient de débarquer sur Apple TV ? Encore une façon de se raconter, à travers la trajectoire d’une star du cinéma à l’ego boursoufflé. S’il n’est pas nécessairement un problème qu’un réalisateur passe son temps à se regarder le nombril (d’autres en ont fait une carrière), cela devient plus embêtant quand l’exercice confine à l’autojustification.
Dans Chantage, Hill met en scène Reef (Keanu Reeves), ancien enfant star devenu une immense vedette de cinéma. Un acteur à l’image publique immaculée, mais qui cache méticuleusement un passé d’héroïnomane et de déglingue. Sobre depuis cinq ans, Reef vit en vase clos avec un minuscule entourage, composé de deux amis de longue date (Cameron Diaz et Matt Bomer, qui n'ont pas grand-chose à jouer). Jusqu’à ce qu’un inconnu ne le menace de publier une mystérieuse vidéo privée… De quoi l’obliger à faire une tournée d’excuses plus ou moins sincères auprès gens qu’il a pu blesser, afin de tenter de démasquer le maître-chanteur.
On comprend vite que le film tout entier est censé expliquer en quoi le système hollywoodien produit des êtres autocentrés et narcissiques, avec à la clé des problèmes de santé mentale, de drogue ou d’alcool. L’idée n’est ni très nouvelle ni très saillante, mais ce qui irrite un peu, c’est cette petite musique qui voudrait nous amener à la conclusion que les stars imbues d’elles-mêmes sont au fond des gens biens, victimes de la solitude forcée par leur statut. Rien ne serait donc de leur faute.
Pour preuve, le choix pas innocent de Keanu Reeves, réputé pour être le mec plus sympa du métier, dans le rôle principal. Par ailleurs, Hill ne se prive de faire de Reef son avatar et donc de s’accorder lui-même l’absolution, tout en s’offrant un personnage d’avocat exubérant et bouffon afin de brouiller les pistes.
Un peu compliqué de se sentir concerné par tout ça, même si le film n’est miraculeusement pas détestable - l’effet Reeves joue à plein - et a la bonne idée d’emballer l’affaire en 1 h 20. Chantage contient par ailleurs quelques scènes de comédie bien charpentées, et même un moment émotion inattendu de la part de Martin Scorsese. L’occasion de se rappeler qu’il est, aussi, un excellent acteur.
Chantage, de Jonah Hill, avec Keanu Reeves, Cameron Diaz, Matt Boomer, Jonah Hill… Sur Apple TV.







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