Après Parthenope qui frôlait la sortie de route, La Grazia. Paolo Sorrentino signe une de ses oeuvres en apparence les plus sages, mais travaillée par ses obsessions de toujours. Moins de frime, moins de baroque. À la place, un film de seuil, presque de sortie, où l’on regarde un président en fin de mandat décider qui peut mourir, qui mérite de vivre, et ce que vaut une grâce quand il n’y a plus rien à gagner. Sorrentino y filme l’amour et la mort comme deux forces indissociables.
Cet homme fatigué, c’est Toni Servillo au corps usé, lent, silencieux. Il est la somme de toutes les figures de pouvoir qu’il a incarnées chez le cinéaste, condensées ici en un personnage arrivé trop tard. Un regard qui vacille, une autorité qui se délite : le pouvoir n’est plus un théâtre, mais un couloir sans fin, une asphyxie feutrée faite de dossiers et de décisions impossibles. Pourtant, le pouvoir ici n’est qu’un décor. Très vite, La Grazia glisse du politique vers l’intime. L’amour d’abord, celui d’une épouse disparue, infidèle, dont le souvenir revient comme une blessure mal refermée. Un amour qui ne sauve rien, mais rappelle la possibilité d’une autre vie hors de portée. Puis la relation avec sa fille, juriste sévère, miroir moral du film. La grâce publique se trouve ainsi contaminée par des affects privés, par la peur de mourir seul, par le désir tardif d’avoir encore aimé.
À ce point d’équilibre, le film touche très juste. Mais aussi trop juste, parfois. À force de vouloir tout tenir ensemble, Sorrentino cède à sa tentation : expliquer ce qu’il savait laisser flotter. La scène du cheval agonisant ou celle de l’astronaute en deviennent des symptômes, symboles appuyés là où le trouble suffisait. Reste l’essentiel : un film sur l’amour face à la mort, et sur la mort qui donne son poids définitif à l’amour. Et un acteur qui rappelle que la grâce, chez Sorrentino, n’est jamais un concept. C’est un accident.